28/04/2018 09h:14 CET | Actualisé 28/04/2018 09h:14 CET

Parité: Le taux d'activité des femmes du Maghreb est l'un des plus bas du monde

Elles rencontrent des difficultés juridiques et financières.

Bartosz Hadyniak via Getty Images

INCLUSION - Mettez un homme et une femme dans une même salle et lancez le débat sur la question de l’égalité de l’héritage au Maroc, vous obtiendrez toujours une discussion passionnée. C’est le type d’ambiance qu’on a pu retrouver ce vendredi 27 avril lors d’une conférence organisée par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) en partenariat avec la Société financière internationale (IFC) autour de la thématique de la participation des femmes à la vie économique au Maghreb.

D’abord serein, le débat a rapidement gagné en intensité lorsqu’une des intervenantes, directrice de stratégie dans un groupe industriel tunisien, a évoqué la question de l’égalité de l’héritage comme preuve d’iniquité entre les genres. Une remarque qui n’a pas été du goût d’un membre de l’assistance qui n’a pas hésité à intervenir.

Le taux d’activité des femmes en régression depuis le début des années 2000

Il n’empêche qu’à part cette question épineuse, tout le monde était d’accord pour reconnaître qu’il y avait encore du chemin à parcourir pour une meilleure intégration des femmes dans l’économie. Ces difficultés ont d’ailleurs été synthétisées dans le nouveau rapport du groupe de la Banque mondiale dont les conclusions ont été présentées pour la première fois lors de la conférence. Une occasion pour les experts présents de discuter des obstacles qui empêchent toujours les femmes de contribuer pleinement à la croissance et à la prospérité économique du Maghreb.

“Avec un taux d’activité des femmes entre 20% et 22%, le Maghreb est à la traîne et dispose d’un des taux les plus bas du monde”, déplore Xavier Reille, directeur IFC pour la région Maghreb. Un taux qui a régressé par rapport au début des années 2000 quand il était de 30%. “Cela veut dire que partout où l’on regarde, que ce soit au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, on fait mieux que le Maghreb”, ajoute-t-il.

Un revenu par habitant nettement supérieur si plus de femmes avaient accès au marché du travail

En effet, et malgré un fort taux d’alphabétisation des femmes de l’ordre de 72%, la région continue d’enregistrer le niveau le plus bas de participation féminine (16%) et de femmes associées dans une entreprise (23%) à l’heure où le monde enregistre des taux de respectivement 33% et 35% selon les chiffres du rapport. Cela est principalement dû au fait que l’amélioration des systèmes d’éducation et de formation n’a malheureusement pas généré d’opportunités économiques pour les femmes.

Ce qui représente un manque à gagner important. “Le revenu par habitant au Maroc serait 50% supérieur à ce qu’il est actuellement s’il y avait autant de femmes que d’hommes sur le marché du travail”, a indiqué Leyla Channawi, présidente de la Commission financement des entreprises de la CGEM.

Mais pour y parvenir, beaucoup d’améliorations sont à prévoir dans deux domaines. Le premier concerne le volet juridique. Selon le rapport, la région du Maghreb a connu au cours des cinq dernières décennies le moins de réformes juridiques concernant l’égalité des sexes. Ainsi, 104 économies sur les 189 étudiées restreignent le travail des femmes dans certains secteurs, tels que le secteur minier ou le travail de nuit, ce qui limite la carrière de plus de 2,7 milliards de femmes dans le monde.

18 pays autorisent encore les hommes à empêcher leur épouse de travailler

Toujours selon les conclusions du rapport d’IFC, 68 économies restreignent les libertés des femmes à se déplacer et agir, 18 autorisent légalement les maris à empêcher leur épouse de travailler et 75 économies restreignent les droits de propriété des femmes. Une aberration lorsqu’on sait que ces dernières sont moins susceptibles d’occuper des postes de direction au sein de l’entreprise quand elles ne disposent pas de tels droits. Un cercle vicieux s’enclenche alors puisque sans propriété, pas de garantie de prêt et donc pas de possibilité de créer son entreprise.

Cette difficulté d’accéder au financement constitue le deuxième volet auquel se sont intéressés les intervenants. “Faisant partie des groupes les moins desservis par le secteur financier, les femmes se tournent vers le circuit informel afin d’obtenir les fonds dont elles ont besoin”, fait remarquer Ibtissam El Anzaoui, directrice de l’inclusion financière à Bank Al-Maghrib. Pour y remédier, l’idée a été proposée de créer des plateformes pour leur permettre d’accéder aux financements.

De telles plateformes auront d’ailleurs le double avantage d’encourager les femmes à faire le premier pas pour prendre contact avec les institutions financières. Car “si les femmes n’ont pas accès aux banques de la même manière que les hommes, c’est en partie parce qu’elles sont elles-mêmes en manque de confiance et non pas parce que les banques ne s’adressent pas à elles”, précise la responsable au sein du régulateur bancaire.

À noter que l’IFC a prévu d’injecter un milliard de dollars au Maghreb sur les cinq prochaines années à travers plusieurs programmes afin de financer des projets portés par des femmes. Histoire de rappeler que le fait de répondre aux besoins croissants des femmes en matière de services financiers n’est pas uniquement un impératif moral, mais aussi une logique commerciale au vu des profits que de tels projets peuvent générer.

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