TUNISIE
19/01/2019 00h:36 CET | Actualisé 19/01/2019 00h:36 CET

Paris : “Machmoum Photo Festival”, un hymne à la danse en Tunisie

"En Tunisie, la danse est un secteur à construire et non pas à réformer"

Collectif Machmoum/Kevin Mercier

Du 24 au 27 Janvier 2019, le Collectif Machmoum, une association culturelle basée à Paris, organise une exposition de photos à la Galerie La La Lande dans le 14 ème arrondissement de Paris, mettant en scène des danseurs dans
l’espace public, en Tunisie.

La présidente du collectif, Rim Abdelmoula revient sur le parcours insolite d’un photographe, Kevin Mercier, et de ses modèles, des danseurs pas comme les autres...

HuffPost Tunisie: Pourriez-vous nous dire un mot sur “Machmoum Photo Festival”?

Rim Abdelmoula: Initialement, le but était d’avoir des photos de la Tunisie de meilleure qualité que celles qu’on trouve sur les moteurs de recherche ou sur les brochures. Et surtout de sortir du cliché de la plage, du chameau dans le désert et des palmiers.

Il suffit de taper “Tunisie” sur les moteurs de recherche pour se rendre compte que c’est l’image qu’on véhicule sur la toile. On a aussi souhaité mettre en valeur notre patrimoine dans les zones intérieures plutôt que de nous restreindre à la côte.

Comment avez-vous eu l’idée d’introduire les danseurs dans ce décor et de confier le travail à un photographe français?

L’objectif du Collectif Machmoum est de renforcer la collaboration entre les artistes tunisiens et les artistes étrangers. C’est ce qu’on a fait pour le “Machmoum Photo Festival”. On voulait un nouveau regard porté sur le pays, et on a jeté notre dévolu sur Kevin Mercier, un jeune photographe à l’œil aiguisé.

Concernant les danseurs, lorsqu’on avait lancé un appel sur les réseaux sociaux, on redoutait le fait de ne pas en trouver qui seraient tentés par l’expérience. Finalement, on a eu des réactions provenant de villes différentes.

Les danseurs sont au nombre de dix: quatre garçons et six filles ... on a effleuré la parité sans faire exprès.

Qui sont-ils?

Ils ont entre 16 et 35 ans, les garçons sont plutôt des danseurs urbains dont un qui est spécialisé dans les spectacles de cirques. Pour les filles, on a eu une ballerine, une danseuse de salsa, une professionnelle du Dancehall et deux danseuses contemporaines. La plupart sont des autodidactes.

En Tunisie, la danse est un secteur à construire et non pas à réformer"

 

En Tunisie, l’absence de formations décentralisées en danse est alarmante, lorsqu’on compare la multiplication des conservatoires, on se doute que la danse reste une discipline marginalisée et parfois taboue... puisqu’elle met en scène une expression corporelle. Par ailleurs, beaucoup de danseurs ont eu des problèmes avec leurs familles et entourage proche pour avoir choisi la danse comme métier.

Que pensent ces danseurs de la situation de la danse en Tunisie?

Je ne peux pas me prononcer à leur place mais j’ai ressenti beaucoup d’amertume dans leur discours. Ils ont le sentiment de passer à côté de leur vocation à cause de l’absence d’encadrement et de reconnaissance. J’invite les autorités à donner de l’importance à cette discipline. En Tunisie, on n’a pas la notion de diplôme de danse alors que partout en Europe, on entame des études de danse comme on entame des études d’ingénieur ou de médecine: c’est
un secteur à construire et non pas à réformer.

Certains danseurs ont assisté à la séance photo des autres danseurs et je me rappelle de leurs regards contemplatifs portés sur les gestes précis de la danseuse classique et regrettant ne pas avoir eu la chance d’être formés correctement.

Malgré vents et marrées, nos dix danseurs ont été d’un professionnalisme remarquable. Ponctuels, perfectionnistes et passionnés. Je n’ai jamais vu des gens aussi déterminés. Ils ont pris la tâche très au sérieux, malgré le fait qu’ils ne soient pas rémunérés.

Collectif Machmoum/Kevin Mercier

 

Quel était le circuit que vous avez parcouru?

On a fait huit lieux en tout: le village de Sidi Bou Said, les Grottes et la Medina de Bizerte, la Basilique du Kef et le mausolée de Sidi Bou Makhlouf, le site archéologique de Dougga, le Colisée d’El Jem, sans oublier les villes de Nefta, Chebika et enfin La Medina de Tunis.

Lorsqu’on a préparé le voyage et qu’on a demandé où est ce qu’on pourrait se rendre, la majorité des personnes nous ont suggéré des endroits classiques à visiter. Par ailleurs, on n’aurait jamais pu apprendre l’existence de la Basilique Saint Pierre au Kef si on s’était contenté des recherches sur Google.

C’est l’une des danseuses, une habitante de la ville qui nous en a parlé. C’est pour cela qu’on a choisi de nous rendre sur le terrain et on a demandé aux épiciers du coin: Les gens qu’on a rencontrés ont été d’une aide précieuse. A
la Médina de Tunis, ils sont même allés nous chercher les clés pour accéder aux toits. De quoi réjouir notre photographe, amateur des hauteurs.

Parlez-nous un peu de l’exposition...

De retour à Paris, on avait 8000 photos à trier et le public en découvrira une quinzaine le 24 janvier prochain, à la Galerie La La Lande. Les photos qu’on avait publiées sur le compte Instagram du collectif seront différentes de celles
qu’on a réservées pour la rétrospective. On a introduit les danseurs dans le paysage et c’est le sentiment qui sera communiqué au public à travers la disposition des visuels et la vidéo qui sera projetée à cette occasion.

Par ailleurs, je saisis cette occasion pour remercier toute l’équipe qui a œuvré pour que ce projet aboutisse, notamment notre vidéaste Yasser Machat, notre Chauffeur Hamadi Ben Abdeslem, ma binôme Hajer Brahem et tous les jeunes
talents qui nous ont fait confiance.

Collectif Machmoum/Kevin Mercier

 

Où aura lieu l’exposition?

Ça sera à La Galerie La La Lande dans le 14éme arrondissement de Paris. Elle est dirigée par le peintre Elyes Massaoudi et le galeriste Sofiane Trabelsi. Ils ont été heureux de nous accueillir à partir du 24 Janvier. On est très content de notre partenariat et on espère voir du monde à l’exposition. Kevin Mercier et moi-même avons beaucoup d’anecdotes à raconter sur le circuit et tout le long du projet, on a œuvré pour que la rétrospective soit atypique et inédite. On est plutôt content du résultat.

 

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