LES BLOGS
14/05/2019 14h:46 CET | Actualisé 14/05/2019 14h:46 CET

Parcours d'une matérialiste gâtée*

"Jeune fille, elle se demande: pourquoi j’hériterai moins que mes frères?"

Marka via Getty Images

* Cette histoire est inspirée de faits réels. Toute ressemblance avec des personnes existantes n’est pas involontaire.

Petite fille, elle se demande: pourquoi mes frères jouissent de plus de liberté que moi-même?

On lui répond: tes frères sont nés mâles, ils sont plus forts et plus autonomes. Ils résisteront aux agressions extérieures. Alors que toi, t’es une princesse, douce et sans force. Tes frères te protègent, quand tu grandiras ton mari te protégera.

Ainsi fut-elle, une princesse avec une liberté restreinte qui, un jour, aura son propre protecteur vaillant.

Puis, jeune fille, elle se demande: pourquoi j’hériterai moins que mes frères?

On lui répond: tes frères seront de futurs maris. Ils prendront en charge les dépenses de leur foyer car les femmes sont censées vivre comme des reines et ne sont pas obligées de participer aux dépenses du ménage. Les maris s’occupent d’elles et des enfants. Alors les garçons doivent hériter davantage que leurs sœurs qui seront à leur tour les reines de leurs époux.

Ainsi fut-elle, la future reine d’un mari protecteur qui la comblera d’abondance et d’honneur.

La demoiselle a une autre question: pourquoi mon futur mari pourrait me trahir en épousant une autre femme?

On lui répond: au cas où tu ne pourrais pas remplir ton rôle d’épouse, ton mari bienveillant ne te laissera pas tomber, il épousera une autre. Il sera tenu d’être juste avec toi au même titre qu’avec L’autre. Il ne te jettera pas dans une société qui stigmatise les femmes répudiées. Il te gardera toujours à ses côtés.

Ainsi fut-elle, la demoiselle en attente de ce futur mari qui la protégera, la comblera et ne la laissera pas tomber au cas où elle faillirait à son solennel engagement de remplir ses devoirs d’épouse.

Enfin, juste une petite question: et si je me marie avec un non-musulman?

On lui répond: tu ne pourras te marier qu’avec un homme de confession musulmane, capable de te protéger et de préserver ta dignité car il craint Dieu et se conforme à ses ordres.

Soit.

Elle grandit ainsi chez ses parents, voit ses frères partir l’un après l’autre vivre avec leurs “reines”. Elle reste ici, en attente d’un homme protecteur et vaillant qui la comblera d’abondance et d’honneur.

Le temps passe et ses prétendants sont partis sans retour. Tant pis, ils ne sont pas assez forts pour la protéger ou pas assez riches pour soutenir une famille. Son prince à elle viendra un jour.

Les parents vieillissent et ont besoin d’assistance. Heureusement, la princesse est toujours là avec son petit revenu. Elle veille sur eux, prend soin de la maison. Son prince ne s’est toujours pas manifesté. Peu importe, les parents d’abord.

Le père est rappelé à Dieu, la mère aussi. Vieille fille orpheline, ses frères lui demandent de quitter les lieux. En tant que bon musulmans ils doivent absolument récupérer leur part d’héritage. Frustrée et indignée, elle refuse de quitter la maison qu’elle avait entretenu de son propre argent quand tout le monde était parti. Elle y a vécu toute sa vie et maintenant elle ne sait pas où aller.

On frappe à la porte, l’huissier de justice lui remet une convocation. On a remis l’affaire au tribunal car les frères s’impatientent. Ils n’acceptent pas de voir leur sœur, la matérialiste gâtée qui a toujours repoussé ses prétendants, jouir toute seule de leur part d’héritage. Les textes de loi leur donnent raison.

C’est le drame dans la famille, l’affaire perdure et la tension augmente. Elle est décidée, elle ne cédera pas. Les associations sont là pour l’aider. Ces féministes, avec leurs revendications insolentes aux yeux de la société masculine, l’orientent et l’assistent dans son combat. La loi d’héritage est quant à elle religieusement immuable. Jalousement glorifiée par cette société qui privilégie ses garçons tout en racontant à ses filles l’éternel conte de fées d’un modèle de mari qui se fait rare.

L’espoir de ces femmes “matérialistes” en quête d’une vie “gâtée” s’expatrie alors à cause d’une économie pesante et une misère accrue. Là-bas, ils sont plus riches et ils viennent passer leurs vacances chez nous. Alors pourquoi pas? Ils sont musulmans eux aussi et facilement abordables...