MAROC
16/10/2019 09h:48 CET | Actualisé 24/10/2019 12h:14 CET

Parallells feat Maâlem Omar Hayat: Quand l’électro fusionne avec la musique gnaoua

Rencontre avec le duo de DJs franco-hollandais, qui a livré un live hors du commun au festival Moga à Essaouira.

Arnaud Moro
Parallells et Maâlem Omar Hayat, Essaouira, octobre 2019.

MUSIQUE - Samedi 13 octobre, lors de la 3ème édition du festival Moga à Essaouira, le duo de DJs franco-hollandais Parallells a fusionné avec Maâlem Omar Hayat et sa troupe de gnaouas. Un concert inédit qui a fait rentrer en transe un public surchauffé. Quelques heures avant leur prestation, le HuffPost Maroc a rencontré Julien et Thomas de Bie, les deux “lignes droites” du groupe Parallells. Les deux frères, qui sont tombés très jeunes dans la musique, habitent aujourd’hui à Amsterdam, où ils sont à la tête du label Klassified et vivent de musique depuis quatre ans. Ils nous racontent leur parcours et la genèse de cette fusion avec les gnaouas, une culture musicale à la fois lointaine et très proche de la musique électronique.

HuffPost Maroc: Quand êtes-vous tombés dans la musique?

Parallells: On est tombés dedans tout petits. On était à l’académie à 6 ans, et on a commencé la théorie. À 8 ans, on a choisi nos instruments: saxo pour Julien et piano pour Thomas, et on a fait ça toute notre scolarité. Primaire, secondaire, lycée… Ensuite, c’est quand on est arrivés aux Pays-Bas qu’on a été introduits à la musique électronique et qu’on est rentrés vraiment dedans, d’abord séparément, puis on a joint nos forces: deux lignes qui s’alignent, et qui créent une parallèle, d’où notre nom…

Qu’est-ce que ça fait de jouer entre frères?

C’est une chance, parce qu’on arrive à bien communiquer. On a une bonne communication depuis notre enfance, on a aussi reçu une bonne éducation, notre famille est soudée, ça aide beaucoup. Family business! (rires)

Vivez-vous uniquement de musique?

On ne vit que de musique, dans tout le spectrum musical. On organise des événements, on a notre propre maison de disques, qui s’appelle Klassified, et on joue aussi nous-mêmes, bien sûr. Voilà nos trois activités principales: diriger notre label, créer des showcases un peu partout dans le monde, et produire de la musique que ce soit pour des clubs ou pour des projets visuels tels que documentaires, films, publicités, etc. Et jouer autant qu’on peut!

Vous vous produisez au Maroc depuis combien de temps? Quelles sont vos impressions?

C’est la troisième fois qu’on vient au Maroc. On a déjà joué au Moga l’année dernière, ensuite on a joué à Casablanca et là c’est notre deuxième fois à Essaouira. On adore le Maroc. Si on pouvait venir dix fois par an on le ferait! On n’a pas encore joué à Marrakech, on a juste déjeuné là-bas et on s’est perdus dans la médina!

Connaissiez-vous la culture gnaoua avant de fusionner avec Maâlem Omar Hayat?

On avait vu l’année dernière au Moga la fusion entre les Stavroz et les gnaouas, et cette année, le festival nous a proposé de le faire. On a accepté directement. Pour être honnêtes, on ne connaissait pas Maâlem Omar Hayat. Il nous a donc envoyé plein de vidéos YouTube de ce qu’il faisait, parce qu’il n’a aucun recording ou aucune musique qu’on peut acheter sur CD ou trouver sur Internet. On est arrivés trois jours avant le live pour s’entraîner, c’était une belle surprise de l’entendre et de le voir pour la première fois en vrai. Il est super bon!

Comment se sont passées les sessions d’entraînement avant votre live?

On a passé trois jours avec les gnaouas. Le premier jour, on est allés dans un lieu où ils s’entraînent et on a jammé ensemble, sans jouer notre set d’abord. On ne leur a donné aucune direction, on a juste mis des séquences de rythmes et on leur a dit de faire ce qu’ils voulaient dessus. On a improvisé comme ça pendant 30-40 minutes, et ça a marché. On était très excités, on s’est dit que ça allait être incroyable! Le lendemain, on est venus avec quelque chose de plus structuré, parce qu’il y avait des moments où c’était un peu le cafouillage. Il fallait que tout soit clair, que chacun comprenne la culture musicale de l’autre et son rythme. On est, ensuite, restés presque non-stop avec eux pour s’entraîner, et on est devenus très proches. C’est la première fois qu’on a expérimenté de très près la culture gnaoua.

Où se rejoignent la musique électronique et la musique gnaoua? 

Il y a trois notes sur le guembri: une basse, une médium et une high. Du coup, il y a un peu tout le spectre des fréquences. Il y a aussi dans la musique gnaoua une sorte de mélodie répétitive qui fait rentrer en transe. Les crotales commencent, ensuite, à jouer des rythmiques qui sont, elles aussi, répétitives. À ce niveau-là, ça se rapproche beaucoup de la musique électronique. Mais il y a également un côté ultra acoustique, le gnaoua commence à chanter, faire une impro, des voix s’ajoutent. Il y a alors de la vie qui sort de cette répétition. Il peut aussi monter ou descendre en rythme. Cette répétition fait rentrer le public dans la musique, il la ressent davantage, comme la musique électronique. Nous, on vient d’un milieu très instrumental et acoustique, donc on se rejoint aussi à ce niveau-là avec les gnaouas. À la fin, ça fusionne pas mal!

Arnaud Moro
Le duo de DJs franco-hollandais Parallells, à Essaouira, octobre 2019.

Vous avez aussi pour habitude d’enregistrer des sons de la vie quotidienne que vous intégrez ensuite dans votre musique. Qu’avez-vous enregistré à Essaouira? 

Les babouches sur le sol, les jeux de dés, les mouettes, les vagues, le bruit du thé, les boîtes qui se ferment, les menuisiers, les vieilles portes qui claquent ou grincent, les tapis, des sons de foule, de scooters etc. On a enregistré beaucoup de sons. Certains ont servi pour l’intro de notre live, et les autres seront utilisés dans d’autres tracks.

Quand vous êtes sur scène, que souhaitez-vous transmettre au public?

Le but, c’est d’emmener les gens dans un voyage. Dès qu’ils prennent le train avec toi, c’est là où tu es le plus content. On veut les faire voyager, danser et sourire, tout simplement. Si les gens voyagent avec nous, avec nos chansons, c’est le plaisir ultime.