MAROC
09/05/2018 18h:05 CET

PAM: Y a-t-il un leader pour réparer le Tracteur? (ANALYSE)

"Le PAM s'est senti marginalisé et a enfin pris la décision sage et responsable qu'il devait prendre il y a neuf mois".

PAM

ANALYSE - La question secoue le PAM. Depuis la confirmation, hier, par son secrétaire général Ilyas El Omari de sa démission, l’élection d’un successeur est dans tous les esprits. Il faut dire que cette succession intervient à un moment de crise qui a relégué le parti au banc de touche dans l’échiquier politique. Le politologue Mustapha Sehimi en est, en tout cas, convaincu. Pour lui, le PAM a été “anéanti par de faux calculs”.

Mauvais calculs 

Et c’est à l’annonce, en août dernier, par Ilyas El Omari de sa démission que se situe le début de ces “faux calculs”. “Une semaine après le discours royal du Trône, qui a été strict envers les collectivités locales, les politiques, les députés, etc., Ilyas El Omari a démissionné, estimant ainsi reconnaître que le bilan royal négatif engageait la responsabilité de tous”, explique Mustapha Sehimi, soulignant que le secrétaire général du PAM s’attendait “dans son esprit” à ce que sa démission suscite un effet domino auprès d’autres responsables de partis. “Son calcul ne s’est pas avéré exact. Et le principal mis en cause dans les dysfonctionnements relevés dans le cadre des événements d’Al Hoceïma, n’était autre que le PAM qui dirige la région”, fait remarquer le politologue.

Démission déposée, la marche arrière a posé un sérieux problème au parti. “Ilyas El Omari a convoqué une réunion du conseil national en septembre, puis en octobre, pour résoudre la situation du PAM après la démission”, rappelle-t-il. Et de préciser que c’est à ce moment-là que le secrétaire général a encore “fait un autre calcul”. Ce dernier s’est traduit, selon le politologue, par la tenue d’une session extraordinaire du conseil national en janvier dernier. “Ilyas El Omari attendait, en fait, de connaître l’aboutissement du 8e congrès du PJD et plus précisément si Abdelilah Benkirane sera maintenu à sa tête”, souligne Sehimi affirmant que “l’agenda PAM était collé à celui du PJD”. “El Omari pensait alors que si Benkirane était reconduit, cela pouvait conforter sa place au PAM parce qu’il estime être le mieux placé pour combattre le PJD”, soutient le politologue. 

Saad-Eddine El Othmani à la tête du PJD, El Omari s’enlise dans l’impasse de devoir céder sa place. Une situation devenue ingérable, indique Mustapha Sehimi, précisant que 80% des membres du conseil national ont “boudé” la session tenue il y a trois semaines pour contester “les manœuvres d’Ilyas El Omari”. Et pour cause, l’ordre du jour, qui devait intégrer la question de succession, a été consacré uniquement au sujet de l’évolution du dossier du Sahara. 

“Fronde” au PAM

Inéluctable,“la fronde sourde au début” commence à se faire entendre. Selon Mustapha Sehimi, la situation de “déshérence” s’est emparée des composantes du parti au Parlement et dans la gestion communale suscitant son inertie. “Avec un secrétaire général qui part et ne part pas et un parti absent dans l’exercice de sa fonction dans l’opposition, place aux interrogations”, observe l’analyste, soulignant que “le rapport de force actuellement au PAM pousse Ilyas El Omari vers la sortie”. 

Des pressions exercées, d’après l’analyste, par la présidente du conseil national Fatima-Zahra Mansouri, par d’anciens dirigeants du PAM comme Mustapha Bakkoury et Mohamed Cheikh Biadillah et par des parlementaires du parti, dont Abdellatif Wahbi reste le plus farouche des contestataires d’Ilyas El Omari et de l’impasse dans laquelle se trouve le PAM. “Actuellement, sur la scène politique, le PAM n’est ni visible ni audible, alors qu’il est censé l’être pour remplir son rôle à l’opposition”, assure le politologue. 

Aux problèmes interne de direction, cette situation d’éclipse totale s’est accentuée, pour Mustapha Sehmi, par la grande dynamique du RNI et le ralliement par le parti de l’Istiqlal du rang de l’opposition. “Devant l’échec du PAM face au PJD s’est substituée une autre formule aux mêmes effets avec cette fois-ci le RNI sur scène”, observe Mustapha Sehimi. Pour ce dernier, le parti de Aziz Akhannouch s’est accaparé la scène politique par ses 12 congrès régionaux auquel s’ajoute un 13e à Paris avec les Marocains résidant à l’étranger (MRE) et des déplacements réguliers dans différentes villes du royaume. “Le PAM s’est senti marginalisé et a enfin pris la décision sage et responsable qu’il devait prendre il y a neuf mois au lendemain de la démission de son secrétaire général”.

Deux grands enjeux   

Mais, pour sortir concrètement de l’impasse, le PAM devra affronter deux enjeux existentiels. Le premier concerne “son rôle”, affirme le politologue. Ce dernier explique qu’au sein de l’opposition où le PI “dispose désormais d’une force et d’un savoir faire”, le PAM devra faire face à une rude compétition. Le parti du Tracteur est “pénalisé par la crise de la démission d’Ilyas El Omari, par son passif de gestion dans la région d’Al Hoceïma, mais aussi par les conditions de sa création,faisant de lui ‘un parti administratif’ dont les résultats électoraux restent suspects”, souligne-t-il. 

Aux yeux du politologue, l’identité du PAM “n’est pas bien claire”, car sa naissance est liée à la création d’une “machine électorale contre le PJD”. “Au sein du PAM, d’ailleurs, il y a d’anciens gauchistes recasés, un grand réseau de notables, qui avaient besoin du parti considéré comme proche du makhzen, et toute une cohorte d’opportunistes qui pensait que la PAM pouvait servir ses intérêts”, décrit-il.

Sans identité, le PAM doit, à présent, relever un deuxième défi: trouver un leadership. “Au jour d’aujourd’hui, il n’y a pas au PAM une tête qui dépasse”, constate Mustapha Sehimi liant son constat à “l’instabilité de la direction” ayant connu une succession de secrétaires généraux à la tête du parti. Hassan Benaadi, Mohamed Cheikh Biadillah, Mustapha Bakkoury et Ilyas El Omari, des profils très différents, fait remarquer l’analyste, estimant que cette diversité atteste de “la difficulté de trouver un profil correspondant au format PAM”. Une difficulté qui soulève, aujourd’hui, la question de qui pourrait diriger le nouveau PAM. “Habib Belkouch avait assuré l’intérim, mais il reste un homme de transition. D’ailleurs, il a été absent, pendant cette période, parce qu’il n’avait pas de marge de manœuvre face à Ilyas El Omari et aux potentiels candidats déclarés ou non”, explique-t-il. 

Des candidats? 

Changement tant attendu, le PAM devra donc s’y préparer d’ici le 26 mai, date de la tenue de la session extraordinaire de son conseil national (parlement du parti). A ce moment-là, les membres de ce dernier devront désigner par la voie d’une élection le nouveau ou la nouvelle secrétaire général(e) du PAM. “Honnêtement, aujourd’hui, il n’y a pas de candidat susceptible d’être fédérateur au sein du PAM. Ce qui pourrait émerger, par contre, c’est un candidat par défaut”, estime Mustapha Sehimi. Et pour ce dernier, c’est Fatima-Zahra Mansouri, présidente du conseil national du PAM, qui correspond le plus à ce profil. “Même si elle affirme ne pas être intéressée par cette candidature, une pression amicale pourrait bien l’amener à changer d’avis”, laisse supposer l’analyste.  

Si elle représente une candidate potentiellement favorite, Fatima-Zahra Mansouri, ancienne maire de Marrakech, sera sur une liste qui comptera certainement d’autres candidats à la succession de Ilyas El Omari. L’un des plus en vue est l’avocat et député PAM, Abdellatif Wahbi, qui n’hésite pas à exprimer ses opinions avec virulence. Au HuffPost Maroc, il déclare étudier la possibilité de déposer sa candidature à ce poste soulignant que plusieurs membres de son parti l’ont sollicité à ce sujet. Pour le politologue, un défaut est tout de même à relever sur la personne de Wahbi: “il n’est pas consensuel”. 

Mustapha Sehimi ajoute, par ailleurs, que “le clan rifain” (origine d’Ilyas El Omari) au sein du PAM aura certainement une force de proposition à l’occasion de cette succession.

Quant à un retour providentiel des anciens secrétaires généraux:  Mustapha Bakkoury, Mohamed Cheikh Biadillah et Hassan Benaadi, le politologue n’en est pas convaincu. Et pour cause, pour lui, Bakkoury  président de MASEN et du Conseil de la région de Casablanca-Settat est tout simplement bien trop pris! “Pour Biadillah, son passage à la tête du PAM n’a pas été probant et Hassan Benaadi ne dispose pas de soutien”, affirme le politologue. 

L’actuel président de la Chambre des conseillers, Hakim Benchamach, ancien président du conseil national du PAM, même s’il avait déjà précisé qu’il souhaitait se consacrer entièrement à sa mission actuelle, serait également sollicité par des membres du partis. S’il est rifain, “il n’est pas consensuel” lui aussi, d’après Mustapha Sehimi, ajoutant que le “PAM souffre d’une crise de leadership parce que le parti n’a pas su promouvoir ses élites”, Et d’estimer que “Ilyas El Omari a asséché les possibilités de cooptation de nouvelles élites. Le parti est verrouillé!”

Le conseil national sera face à une mission difficile le 26 mai prochain. S’il n’arrive pas à tenir cette élection, il pourrait bien la reporter à une nouvelle date. 

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