MAROC
23/11/2015 02h:56 CET

Le PAM, un parti en manque de repères?

Facebook/PAM
Milouda Hazib, Mustapha Bakkoury, Hakim Benchamach et Aziz Benazzouz du PAM, Rabat, novembre 2015

AUTO-CRITIQUE – "La jeunesse est la seule force pouvant réguler la structure interne du parti, lui permettant de rester fidèle à sa ligne politique, sa philosophie", explique Mohamed Maazouz d’une voix sereine devant une cinquantaine de membres de la jeunesse du Parti authenticité et modernité (PAM), conviés le jeudi 19 novembre au soir au siège central du parti, à Rabat.

Celui que l’on présente comme l’idéologue du parti pense fermement que "le bureau politique actuel, préoccupé par les élections, a relégué au second rang le référentiel idéologique du parti". "C’est ce qui a causé ce flou que nous vivons actuellement au sein du parti", tranche-t-il. Pour Maazouz, le parti a commis quelques "gaffes au niveau de la communication". "Il ne fallait pas qu’on réponde aux attaques des responsables du PJD dans le passé", concède-t-il.

Mais comment se définit le PAM?

Le PAM est-il de gauche, de droite, un parti centriste? Difficile de statuer sur le positionnement du parti fondé par Fouad Ali El Himma en 2008. "Au Maroc, ces catégories sont désuètes. Ici, il y a deux projets qui se distinguent: l’islam politique extrémiste et les autres", répond Mohamed Maazouz, qui revient par la même occasion sur les fondements premiers énoncés lors de la création du PAM.

"Nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne pouvons être ni de gauche ni de droite. La gauche a prouvé, à travers le centralisme démocratique, qu’elle va à l’encontre des libertés individuelles et peut même porter atteinte aux libertés collectives. La droite, même si elle respecte les libertés, est sauvage par le libéralisme et le capitalisme. Ce système ne fait qu’appauvrir les pauvres et enrichit davantage les riches."

Pour Maazouz, "il nous fallait quelque chose de libéral et de social à la fois. Une équation qui a donné naissance à la démocratie sociale". La tête de liste du PAM à la préfecture de Aïn Chok lors des dernières élections a même tenu à rappeler aux membres du parti présents la signification du nom du parti. "La modernité c’est de ne pas s’accrocher au passé, aux totems et aux idées figées. C’est de refuser la stagnation", explique-t-il. L’authenticité, elle, Maazouz dit la puiser "dans les valeurs universelles partagées par nos aïeux".

"La culture amazighe, à titre d’exemple, croit en les libertés individuelles, et ce, bien avant l’avènement de l’islam en Afrique du nord", assure l’idéologue du PAM, qui en profite pour rappeler que "le roi et la religion s’ajoutent à cette équation et représentent les constantes du pays".

Le PAM en quête d’une vision globale

"Les idéologies ne se combattent pas avec les armes. Elles se combattent avec les idées", précise l’anthropologue de formation, qui ajoute "qu’en l’absence d’un projet de société, l’extrémisme religieux ne pourra que se répandre davantage". Une responsabilité qu’il impute aux partis politiques. "Est-ce que nos partis s’intéressent aux intellectuels, ou est-ce qu’ils sont obsédés par les élections et le gouvernement?", s'interroge celui qui est également romancier.

Pour y remédier, "le PAM doit construire des projets précis dans plusieurs domaines. Le parti doit proposer des solutions pour l’éducation, la santé et l’environnement. Il doit traduire ses références idéologiques en politiques publiques", souligne Maazouz, qui s’inquiète néanmoins pour la jeunesse du parti. "J’ai peur que cette jeunesse se transforme en poupées, qu’elle fasse des amalgames entre ses intérêts personnels et le devenir d’un projet politique", conclut-t-il.

Une inquiétude qui se manifeste également chez ces jeunes, qui ont pris la parole après l'allocution d’une trentaine de minutes du senior du parti. "Si l’on demandait à un caricaturiste de représenter un militant du PJD, il le dessinerait tout de suite barbu et conservateur. Les militants du PAM n’ont aucun trait distinctif, on dirait que ce parti réunit tous les déçus des autres partis", déclare un militant de la formation politique, la vingtaine. "Lorsque nous faisions campagne pour le parti lors des dernières élections, je ne savais quoi répondre lorsque les citoyens me demandaient de leur expliquer le projet du parti", confie une jeune femme.

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Une jeunesse qu’il faudra encadrer davantage

Si Mohamed Maazouz du PAM reconnaît sans complexe l’échec de l’actuel bureau politique sur le volet idéologique, il semble bien déterminé à y remédier. "Nous avons entamé un plan d’action pour la formation des jeunes sur les plans idéologique et politique", nous confie-t-il. Dans ce sens, le prochain congrès national du PAM, qui aura lieu les 22 et 23 janvier prochains, sera décisif. "Il faudrait que le parti prenne en considération les défis actuels dans lesquels nous baignons. A savoir le terrorisme."

"Cet évènement devra se faire dans un esprit démocratique", souligne Maazouz qui entend former personnellement la jeunesse du parti au lendemain du congrès. "Après le congrès, je vais entrer en contact avec nos jeunes de par le Maroc pour les former à la démocratie et à la réflexion", révèle-t-il. Un moyen pour notre interlocuteur de promouvoir la démocratie "en interne" d’abord. "On ne peut pas parler de démocratie sans que les jeunes n’aient confiance en eux, qu’ils aient un esprit de débat et qu’ils disent les vérités telles qu’elles sont", conclut-t-il, optimiste.

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