MAROC
05/12/2018 15h:44 CET

Ouvrières marocaines de Huelva: Les ONG de défense des femmes et le gouvernement se mettent d'accord sur les priorités

"La réunion a eu lieu lundi en présence de toutes les représentantes" des associations de défense des femmes.

ABDELHAK SENNA via Getty Images

EMPLOI - Satisfaites, mais prudentes. Les représentantes de la coordination des 4 associations, la Fédération de la ligue démocratique des droits des femmes (FLDDF), l’Union de l’action féminine (UAF), Jossour et l’Association marocaine de lutte contre la violence à l’égard des femmes (AMVEF) ont été reçues lundi 3 décembre par le ministre du Travail et de l’Insertion professionnelle, Mohamed Yatim. “Il nous a appelées suite à notre communiqué de presse publié au lendemain des mesures annoncées par son département sur l’encadrement du travail des ouvrières saisonnières marocaines à Huelva” en Espagne, déclare au HuffPost Maroc Latifa Bouchoua, présidente de la FLDDF.

Ces mesures en question ont fait l’objet d’un communiqué de presse publié le 25 novembre par le département de Yatim. On y précise que les deux partenaires, Maroc et Espagne, se sont mis d’accord pour donner à cette opération “un aspect culturel, humain et éducatif”. Des mesures sociales et d’autres assurant la sécurité des ouvrières saisonnières sont sur la liste de tout un arsenal dans lequel ces associations ont, toutefois, soulevés des lacunes.

Ainsi, cette coordination, interpellée par le HuffPost Maroc dès publication de ce communiqué, avait estimé que cet effort, aussi louable soit-il, ne répond pas à certaines attentes prioritaires pour les bénéficiaires. Contrat de travail, accompagnement et frais du visa posent toujours problème aux yeux de la coordination pour qui “le gouvernement avait mal négocié pour ces femmes”.

Des points sur lesquels a porté l’ordre du jour de la réunion à laquelle le ministre a convoqué cette coordination. “La réunion a eu lieu lundi en présence de toutes les représentantes. Nous y avons salué l’initiative d’améliorer les conditions dans lesquelles travaillent les ouvrières saisonnières et ouvert les négociations sur ce qui reste à faire”, précise Latifa Bouchou.

PJD.ma

Au cours de cette réunion, les associations ont plaidé pour une coopération mutuelle. “Nous avons convenu d’un mécanisme de partenariat pour intégrer la société civile dans la partie sensibilisation, information et suivi”, indique-t-elle. 

En attendant que ce mécanisme soit mis en place, ces associations ont appelé, en premier, à concrétiser les mesures prises dans l’accord bilatéral Maroc-Espagne, notamment celles liées aux conditions de vie des saisonnières sur place. Il s’agit de mettre à la disposition de ces femmes un logement conforme aux normes et une protection assurée, entre autres, par les inspecteurs du travail en cas de violations. “C’est une priorité absolue d’activer cette partie des mesures”, insiste Bouchoua, rappelant qu’une nouvelle opération de recrutement concernera ce mois-ci près de 20.000 femmes appelées à travailler sous cette formule en Espagne.

Autre priorité: l’annulation des frais du visa. “Nous en avons parlé au ministre en lui précisant que plusieurs femmes se sont plaintes de ces frais qui représentent un fardeau pour elles. Il nous a assuré que ce point sera sur la liste des prochaines négociations avec la partie espagnole”, annonce la présidente de la FLDDF.

Ces négociations devraient également porter sur la traduction des contrats de travail, actuellement en espagnol, en langue arabe, et l’octroi d’une copie aux employées. Elles devraient, par ailleurs, intégrer la condition de “non discrimination” revendiquée pas les associations. Celles-ci estiment que les opérations de recrutement ne doivent pas privilégier une catégorie, en l’occurrence des femmes mariées et mères, mais s’ouvrir sur d’autres catégories pour que toutes les femmes puissent en profiter.  

“On nous a aussi assuré que le problème des intermédiaires pour ce genre d’opération au Maroc sera traité en tant que priorité par le ministère de l’Intérieur. D’ailleurs, nous avons été appelées à alerter le département de Yatim dès que nous constatons à travers nos relais locaux la présence d’intermédiaires”, signale la militante.

En Espagne, des visites régulières et officielles de la partie marocaine devraient se poursuivre. “Le département de Yatim dispose désormais d’une carte de toutes les fermes où travaillent les ouvrières saisonnières et cela permettra le suivi”, estime-t-elle. Sur place, une médiatrice parlant arabe pour 25 ouvrières marocaines sera disponible pour les aider à effectuer les démarches administratives nécessaires. “Nous avons été informées aussi que le ministère chargé des Marocains résidant à l’étranger veillera sur l’organisation d’activités culturelles en Espagne en coordination avec des associations au profit de cette catégorie”, ajoute Bouchoua, soulignant que plusieurs des bénéficiaires de ces opérations leur ont témoigné, en effet, qu’elles vivaient “dans la solitude”. 

Pour les associations, l’espoir est donc ravivé mais à condition que ces mesures ne restent pas lettres mortes. “Nous espérons qu’elles seront accompagnées d’une volonté réelle de les concrétiser”, souhaite la militante. C’est la raison pour laquelle ces associations veulent activer le mécanisme de partenariat gouvernement-ONG au plus vite.