ALGÉRIE
07/08/2018 14h:56 CET

Ouargla, la prière et les charognards de la morale

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Un nouveau phénomène, qui consiste à protester contre l’organisation de galas musicaux par les habitants de plusieurs wilayas, s’est accéléré depuis quelques jours. De Ouargla à Sidi Bel Abbès, en passant par Béchar, la revendication est la même : annuler ces galas car la priorité, selon les populations locales, est le développement des infrastructures de base.

Avec cette mobilisation, les protestataires se sont attirés les foudres des autorités et de plusieurs intellectuels. Mais c’est bizarrement ceux du sud du pays qui ont été les plus stigmatisés et les plus dénoncés.

Pourtant, plusieurs annulations de concerts ont été constatées auparavant, en l’occurrence pour des motifs inacceptables, mais sans que cela ne suscite d’indignation particulière. Le 1er novembre 2017, suite à une campagne de protestations sur les réseaux sociaux contre la prétendue “homosexualité” du chanteur de raï Houari Manar, sa participation à un concert au Zénith de Constantine a été annulée par le wali, soutenu par le ministre de la Culture.

En mai dernier, à Bejaïa, un autre concert qui regroupait plusieurs chanteurs de raï qui devaient se produire sur la scène de la maison de la Culture a été annulé par des manifestants qui dénonçaient les “mœurs légères des chanteurs dépravés”.

Mais, c’est aux habitants du sud en général, et ceux de Ouargla plus particulièrement, que les autorités et plusieurs intellectuels s’en sont violemment pris. A Ouargla, arrivée l’heure de la prière, quelques manifestants ont prié devant la scène où devait se produire Kader Japoni. Le concert a été annulé.

L’écrivain Kamel Daoud, dans son article intitulé “Kader Japoni est le problème, le FIS est la solution” traitent les manifestants de Ouargla de “petits Allahs dont on a peur”, qui ont obtenu l’annulation du concert avec “les slogans de Abassi” et dont l’annulation du concert leur a permis de “faire du Djihad assis, d’aller au Paradis, de démontrer le courage des sournois, remonter au “maquis”″.

Pour sa part, la journaliste Hadda Hazem, directrice du journal El Fadjr traite, dans son papier “Entre Ouargla et Tiferdoud” tous habitants du sud de l’Algérie de “fanatiques religieux, hostiles aux arts et à la culture …(et) au comportement sauvage”. Toute autant stigmatisante était la réaction du pouvoir central, à sa tête le premier ministre Ahmed Ouyahia.

Au lieu de chercher les causes profondes de ce phénomène qui consiste, dans le sud du pays, de s’en prendre aux galas musicaux pour revendiquer le développement, Kamel Daoud, Hadda Hazem et autres intellectuels qui pratiquent la dénonciation à géométrie variable ont sorti leurs fusils, pour tirer sur des citoyens diminués, usés par des décennies de marginalisation et de mépris.

Leur misérable situation ne leur a été d’aucune empathie, si tant est que les charognards de la morale aient décidé qu’ils étaient tous des terroristes. Mais il est, certes, plus facile de s’en prendre à ceux qui sont au plus bas de l’échelle de la domination. La manifestation des habitants de Ouargla, n’en déplaise aux charognards de la morale, leur a permis d’obtenir une réduction de 65% sur leurs factures d’électricité, a annoncé le ministère de l’Energie.

Quoique légitime, la requête d’une partie des habitants de Ouargla pour l’annulation d’un gala de musique pour attirer l’attention de l’opinion publique sur leurs conditions de vie, peut être dénoncée, d’autant plus que le choix de la prière devant la scène était injustifiable.

Mais pour être cohérent dans sa position de lutte contre l’intégrisme et l’intolérance, il ne faudra pas être sélective dans l’indignation. Autrement, il est question de cibler et de stigmatiser une population particulière, pour tenter de l’empêcher de revendiquer ses droits élémentaires.