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18/10/2019 08h:39 CET | Actualisé 18/10/2019 08h:39 CET

Où va la Tunisie?

Les gens doivent comprendre que nous ne sommes plus dans la grille de lecture “Islamistes Vs progressistes” de 2012/2013, c’est une lecture dépassée.

Anadolu Agency via Getty Images

Dimanche, le peuple a choisi son président. Il a choisi un homme anti-système contre l’homme de tous les systèmes (Ben Ali, Ennahdha et BCE) qui s’est travesti dans les habits d’un anti-système pour sauver sa peau et celle du système. La farce du lascar qui se prend pour un filou et qui croit pouvoir manipuler l’électorat n’a pas fonctionné. Il a été battu à plate couture. Le peuple -et surtout la jeunesse qui a donné le ton- a fait barrage aux forces de l’argent sale.

Aujourd’hui, les tenants du système accusent le coup. Leur pouvoir vacille sérieusement mais arrogants comme ils sont, ils pensent que c’est un orage d’été et que les choses rentreront dans l’ordre bientôt. Ils pensent que la jeunesse qui a porté au pouvoir Kaïs Saïed dimanche va entrer de nouveau en hibernation et les laissera s’amuser avec l’avenir du pays. Ce n’est que le début.

La lame de fond ne concerne pas seulement les partis politiques -sanctionnés sévèrement lors des scrutins de ce mois d’octobre-, elle déferlera sur l’ensemble des corps intermédiaires (corps entre les individus à savoir les citoyens et l’Etat). Elle concernera les structures syndicales, les médias, les ordres professionnels, etc... Ces derniers devront faire le ménage à l’intérieur de leurs structures. L’UGTT contrôlée par une caste syndicaliste embourgeoisée et corrompue a ruiné le pays et massacré son économie tout au long de cette décennie en faisant subir son diktat à tous les gouvernements successifs et en contrepartie, leurs fortunes ont explosé. Les médias dans une large partie sont contrôlées par la racaille affairiste. Ils sont les voix de leurs maîtres. Ils font la propagande des candidats de la racaille affairiste et salissent, cassent, diabolisent, diffament et calomnient les candidats que la racaille affairiste veut abattre. Et dès qu’ils sont remis en cause, ils jouent les victimes. Ils s’assoient sur l’éthique professionnelle et dès qu’ils sont dénoncés, ils brandissent la liberté de la presse. Désolé, la liberté de la presse ce n’est ni le dénigrement ni la diabolisation ni l’arrogance et le mépris du choix des électeurs. On ne peut pas semer le vent et ne pas récolter la tempête. C’est contre-nature. Pour être respectés, il faut être respectueux à l’égard des autres.

Je ne sais pas si l’actuelle Assemblée éclatée et phagocytée fera émerger une majorité (car aucune majorité cohérente ne se dégage) et qui à son tour accouchera d’un gouvernement ou pas mais dans le cas où une majorité émergera et accouchera d’un gouvernement, la majorité sera faible, hétérogène et instable et elle accouchera d’un gouvernement fragile. Et pendant ce temps, la jeunesse qui a déjà sacrifié une décennie de son existence à cause de la morosité économique ne supportera pas de sacrifier toute sa vie. Elle sortira pacifiquement comme elle est sortie en 2011 dans le cadre de Kasbah I et Kasbah II et réclamera le changement de ce système périmé et à bout de souffle. Elle pourra réclamer l’instauration du système bottom up prôné par Kaïs Saïed. Le pays ne supporte plus les inégalités sociales et territoriales.

Les gens doivent comprendre que nous ne sommes plus dans la grille de lecture “Islamistes Vs progressistes” de 2012/2013, c’est une lecture dépassée. Nous ne sommes pas non plus dans un clivage droite/gauche. Nous sommes face à une fracture sociale qui est telle que la situation ne peut plus durer.

La racaille affairiste s’en fiche de la fracture sociale, elle s’en fiche des inégalités sociales et territoriales qui s’accroissent. Elle est soucieuse uniquement de ses intérêts et du maintien de ses privilèges, de ceux de ses enfants et de ceux de leurs clans. La petite bourgeoisie, dont l’égoïsme est sans égal, se plait et se complaît dans son confort. Tout changement lui fait peur et provoque en elle une sorte de psychose collective.

Ce qui est sûr c’est que le peuple -et surtout sa jeunesse- continuera à croiser le fer avec les tenants du système. Quand est-ce qu’aura lieu le grand changement? Comment? Et jusqu’à quelle mesure aboutira-t-il? Qui vivra verra.

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