ALGÉRIE
30/07/2014 10h:38 CET | Actualisé 31/07/2014 05h:09 CET

Les Etats européens financent Al-Qaïda: 125 millions de dollars versés depuis 2008, selon le New York Times

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Les gouvernements occidentaux ont été les plus grands financiers d’Al-Qaïda au Maghreb, Aqmi, indique le New York Timesdans une enquête publiée mardi 28 juillet.

Depuis 2008, ils ont payé la bagatelle de 125 millions de dollars à l’organisation terroriste. Pour la seule année 2013, le "budget" d’Aqmi a été alimenté de 66 millions de dollars par les Etats européens où seule la Grande Bretagne refuse de "passer à la caisse".

Le montant des rançons versées par pays

L’Europe est le principal financier d’Al-Qaïda affirme le journaliste Rukmini Callimachi, ancien de l'Associated Press (AP), auteur d’une enquête fouillée qui s’appuie sur des documents trouvés au Mali, des témoignages d’anciens otages, de négociateurs et de déclarations de hauts responsables américains.

Tous confirment que les gouvernements européens payent des rançons même s’ils nient avec aplomb à chaque libération d’otages. Ironie de l’histoire, ces versements sont généralement budgétisés sous les chapitres généreux de l’aide au développement et de l’aide humanitaire.

La France est le meilleur payeur d’AQMI. Elle a payé 58,1 millions de dollars depuis 2008 dont 44,4 millions de dollars entre 2010 et 2013.

Les Rançons versées à AQMI

Les Rançons versées aux Shebab

Les rançons versées à AQBA

Une industrie du rapt très lucrative

Dans cette industrie du "rapt du blanc" pratiquée par les organisations terroristes, Aqmi se taille la part du lion devenant la filiale la plus "lucrative" de la nébuleuse d’Al-Qaïda.

Le groupe Amari Saïfi alias Abderrezak le Para a fait dans le low-cost en monnayant ses 32 otages pour la modique somme de 200.000 dollars. Depuis la valeur marchande d’un otage occidental est de 10 millions de dollars et l’industrie du rapt représente la moitié du "chiffre d’affaires " d’Al-Qaïda.

C’est, a écrit Nasser al-Wuhayshi, le chef d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique, "un commerce rentable et un précieux trésor" avec un "minimum de perte pour l’organisation ".

La pratique est rodée, les trois groupes affiliés à Al-Qaïda, AQMI, les Shebab et al Qaida dans la péninsule arabique, ont recours à des groupes criminels pour minimiser les risques. Une fois les otages pris, une longue période de silence est imposée pour mettre les proches dans l’angoisse et les gouvernements sous pression.

Quelques semaines ou mois plus tard, des vidéos sont diffusées montrant les otages suppliant leur gouvernement de négocier.

Le journaliste fait les comptes : un tiers des 53 otages capturés par les trois filiales au cours des 5 dernières années étaient des français. "Des pays comme l'Autriche, l'Espagne et la Suisse, qui n'ont pourtant pas de nombreux expatriés dans les pays concernés, représentent plus de 20% des otages."

Des versements dissimulés sous le label de l’aide !

Pour payer les rançons, les Etats ont recours à des subterfuges en les budgétisant dans "l’aide au développement " ou en passant par des intermédiaires. La libération des quatre otages français d'Arlit au Niger, détenus au Mali par Aqmi a été obtenue après le versement par leur employeur, Areva, d'une rançon de 30 millions d'euros.

A l'époque, les médias français n’avaient avancé qu’une somme entre 20 à 25 millions d'euros. En 2009, deux ressortissants suisses et un Allemand détenus par Aqmi ont été libérés après le versement d'une rançon de 8 millions d'euros. La même année, la Suisse a justement fait voter une ligne budgétaire supplémentaire pour l'aide humanitaire au Mali, raconte, sous couvert d'anonymat, un négociateur helvétique. Leur compagnon d'infortune, un Britannique, avait, lui, été exécuté par ses ravisseurs.

Dans la péninsule arabique, la libération de quatre Européens otages au Yémen en 2013 a coûté plus de 20 millions de dollars payés par le Qatar et Oman.

Les seuls pays en Occident qui refusent de payer sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni, affirme le New York Times.

Ces deux pays négocient avec les terroristes, indique l’auteur de l’enquête en citant le récent échange d’un prisonnier américain contre 5 talibans, mais ils refusent de payer des rançons

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Le choix des américains et des britanniques a été lourd de conséquence. Si des dizaines d’européens ont été libérés contre paiements, quelques américains et britanniques chanceux ont pu s’enfuir ou ont été libérés par les forces spéciales mais les autres ont été tués ou sont encore détenus.

Le Trésor américain estime à 165 millions de dollars les versements faits à Al-Qaïda.

"Les enlèvements contre rançons sont devenus la plus importante source de financement du terrorisme aujourd'hui", a affirmé en 2012 David S. Cohen, sous-secrétaire au Département du Trésor en relevant que "chaque transaction encourage une autre transaction."

"Ils payent toujours"

Cela fait des ressortissants occidentaux des "otages potentiels et les rend vulnérables hors de leurs frontières" note pour sa part Vicki Huddleston, secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires africaines et ex-ambassadrice des Etats-Unis au Mali en 2003, lorsque l'Allemagne a payé la première rançon.

Pour elle, "les gouvernements européens doivent répondre de cette politique désastreuse".

Le journaliste du New York Times a sollicité les ministères des Affaires étrangères de l'Autriche, la France, l'Allemagne, l'Italie et la Suisse qui ont nié en bloc. "Les autorités françaises ont indiqué à plusieurs reprises que la France ne paie pas de rançons", lui a déclaré Vincent Floreani, directeur adjoint de la communication au Quai d’Orsay.

Détenue pendant une année en 2012 dans des conditions éprouvantes au Mali, Mariasandra Mariani raconte au journaliste qu’elle a expliqué à ses ravisseurs que sa famille était modeste et que son gouvernement refusait de payer les rançons. Son ravisseur l’a rassuré. "Vos gouvernements disent toujours qu'ils ne payent pas. Quand vous retournerez chez vous, dites aux gens que votre gouvernement paye vraiment. Ils payent toujours".