MAROC
01/04/2019 18h:10 CET

Abdellah Lasri, ténor: "Je vais enfin chanter un rôle principal devant le public marocain"

De la médina de Rabat aux plus grands opéras du monde.

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CULTURE - Œuvre phare de l’opéra italien créée en 1900 à Rome, “Tosca” de Giacomo Puccini s’invite à Rabat pour trois représentations inédites portées par l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OPM), les 13, 15 et 18 avril au théâtre national Mohammed V. Véritable rendez-vous des amateurs d’art et d’opéra, cette oeuvre a été marquée par la participation, dans le rôle titre, des plus grandes cantatrices, Maria Callas en tête, dans les années 50. Pour cette représentation, la soprano bulgare Stefanna Kybalova interprètera Floria Tosca, et partagera la vedette avec le ténor marocain Abdellah Lasri, dans le rôle de Mario Cavaradossi.

La carrière du ténor, qui fait partie des rares Marocains à briller dans l’univers de l’opéra international, a connu un véritable élan lorsqu’il a remplacé Roberto Alagna dans le rôle titre de Werther, de Massenet, sur la scène de l’Opéra de Paris en 2014. Sa prestation est accueillie chaleureusement. Il devient dès lors l’un des ténors les plus en vue et joue notamment les rôles de Rodolfo dans “La Bohème” de Puccini et Alfredo Germont dans “La Traviata” de Verdi. Le jeune R’bati nous raconte son parcours, de la médina de Rabat aux plus grands opéras du monde.

HuffPost Maroc: Un ténor marocain à l’opéra, ce n’est pas commun. Comment a commencé votre carrière?

Abdellah Lasri: J’ai découvert le chant à Rabat. J’habitais dans la médina, et là-bas, il y avait toutes les influences musicales imaginables mais pas beaucoup de musique classique. C’est à la fin du lycée que j’ai décidé de m’inscrire dans l’une des plus anciennes chorales de la ville, tenue par Louis Péraudin, un passionné de musique. J’avais environ 18 ans. Par hasard, j’ai eu l’opportunité de participer à une masterclass organisée par le consulat français, il y avait deux bourses à la clé. J’ai été sélectionné pour bénéficier de l’une des bourses me permettant d’aller en France pour étudier le chant. C’est ainsi que l’aventure a commencé. J’ai alors poursuivi ma formation au Conservatoire national supérieur de musique (CNSM) de Paris, puis au Staatsoper de Berlin.

Vos parents vous ont-ils soutenu dans cette décision?

A partir du moment où j’ai eu ma bourse et que j’étais autonome financièrement, mes parents étaient plus rassurés. Ils étaient heureux que je trouve ma voix et m’ont alors soutenu. Au Maroc, mais aussi partout dans le monde, les parents ont du mal à comprendre qu’un enfant puisse arrêter ses études pour suivre sa passion pour la musique ou le chant. En réalité, ils ont juste peur pour l’avenir de leur enfant.

Racontez-nous l’histoire de Tosca et celle du personnage que vous interprétez...

Cette oeuvre engagée de Puccini s’inscrit dans un contexte très intéressant, secoué par le fascisme. Le personnage que j’interprète, Mario Cavaradossi, est un peintre qui vient en aide à un prisonnier politique en fuite, activement recherché par Monsieur Scarpia, le redoutable chef de la police qui abuse de son pouvoir et traque tous les partisans de la liberté. Ce dernier convoite depuis longtemps la belle Floria Tosca, qui vit une histoire d’amour avec le peintre. Scarpia va user de tous ses pouvoirs pour l’avoir, mais le sort s’acharne contre les amoureux. C’est donc une histoire d’amour, mais aussi de manipulation, de trahison, d’émotion...

Combien de temps va durer chaque représentation? 

C’est une oeuvre unique dont la version originale devait durer environ 5 heures. Aujourd’hui, il est impensable de faire une pièce qui dure aussi longtemps. Nous allons présenter une interprétation qui dure moins de 2 heures, avec une musique incroyable qui nous accompagne de bout en bout, tout en gardant l’essence de l’opéra de Puccini.

C’est la première fois que vous chantez un grand rôle au Maroc et dans votre ville natale. Qu’est-ce que cela représente pour vous?   

Cela sera une aventure pour moi, d’abord parce que l’expérience humaine est très différente. Au Maroc, il n’y a pas vraiment de théâtre avec une fosse d’orchestre équipée pour l’opéra, ni de techniciens spécialisés. Je m’attends à ce que ça soit intense. Puis, je vais enfin chanter un rôle principal devant le public marocain. Cette représentation a aussi une valeur très personnelle puisque cela sera la première fois que mes parents vont me voir chanter!

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Une histoire transposée en 1930

Metteur en scène de la représentation, Jean Marc Biskup a fait le choix de transposer l’histoire (initialement située à Rome en 1800) dans les années 1930, pendant l’entre-deux-guerres et la montée du fascisme en Europe où émergent des régimes totalitaires.

“En déplaçant ainsi l’époque du drame, le metteur en scène rend l’essence de l’œuvre plus accessible et son propos plus percutant encore”, souligne l’Orchestre Philharmonique du Maroc dans un communiqué.

Allant de 50 à 350 dirhams, les billets sont en vente en ligne sur le site de l’OPM, à Casablanca au Carrefour des livres, à l’EIMD et à la Librairie Khalsi, ou à Rabat à l’EIMD, au Studio Flash, à Top Design ou directement au Théâtre National Mohammed V.