ALGÉRIE
07/12/2018 12h:24 CET | Actualisé 07/12/2018 12h:24 CET

Opep: accord sur le principe de réduction et désaccord sur les quotas de baisse

La décision que prendra l’OPEP, si décision il y aura, devrait être soumise, par la suite, aux pays non-OPEP.

Anadolu Agency via Getty Images

En attendant la décision russe, les pays membres de l’OPEP ont terminé, jeudi à Vienne, une première journée de discussions sans parvenir à un accord sur une baisse de production en mesure de stopper la chute des cours.

Les discussions se poursuivent ce vendredi dans les espoirs d’aplanir les divergences entre les membres du cartel.

Pour l’Opep et ses alliés, une alliance de 25 pays au total qui assure environ la moitié de l’offre mondiale, il serait donc vertueux de ralentir la production.

Selon le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Faleh, “les négociations butaient sur la répartition des quotas de baisse de production entre les quatorze pays de l’organisation”. “Non, je ne suis pas confiant” qu’un accord sera trouvé, a-t-il reconnu au terme d’une longue journée de négociations au siège de l’Opep.

“Nous espérons qu’un accord pourra être trouvé demain”, a déclaré, pour sa part, le ministre irakien du Pétrole Thamer al-Ghadbane, ce qui laisse entendre que les pays membres de l’OPEP sont d’accord sur le principe d’une réduction de la production mais qu’ils ont du mal à s’entendre sur ses modalités pratiques. Visiblement la réunion, mercredi, du comité de suivi n’a pas permis de rapprocher les positions des uns et des autres sur la question.

Dans une déclaration exclusive à la radio Chaine 3, le ministre de l’énergie, Mustapha Guitouni explique que les pays de l’OPEP ont pris en considération les trois variables de l’équation constituées de « l’équilibre, le consommateur et l’investissement ».

Ce dernier considère impératif de réajuster la production aux fins de stabiliser les prix et relancer l’investissement sans, toutefois, pénaliser le consommateur.

Au terme des discussions du 06 décembre, les producteurs n’ont pas pu présenter d’accord chiffré de réduction, même s’ils ont témoigné de leur volonté de diminuer les extractions.

Car tous s’accordent sur un point: l’offre dépasse la demande et a conduit à une chute de plus de 30% des prix en deux mois. Une évolution qui satisfait les consommateurs, mais non des producteurs eux-mêmes très dépendants des revenus pétroliers.

Mais les poids lourds de l’or noir ont tous des raisons, plus ou moins officielles, d’attendre des efforts des autres producteurs.

Ainsi, pour la Russie, deuxième producteur mondial, il est “beaucoup plus difficile de réduire que pour d’autres pays étant donné nos conditions climatiques”, a affirmé jeudi depuis Saint-Pétersbourg le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, qui doit revenir à Vienne vendredi.

L’Arabie saoudite doit pour sa part faire face à la pression américaine, à un moment où le royaume est affaibli par les répercussions diplomatiques de l’affaire Khashoggi. Le président américain, Donald Trump, a exigé mercredi de l’Opep, qui pompe le tiers du brut mondial, le maintien de sa production à un niveau élevé.

Si M. al-Faleh a soutenu jeudi que Washington “n’est pas en position de nous dire ce que nous devons faire”, sa proposition d’une baisse d’un million de barils par jour pour le groupe de producteurs a déçu les marchés, nouveau recul de cours à la clé.

Son rival géopolitique et troisième producteur de l’Opep, l’Iran, a proposé une réduction plus marquée... tout en demandant à être exempté de toute baisse, estimant son secteur pétrolier déjà affecté par les sanctions des Etats-Unis.

Marchés peu convaincus

La question des exemptions, que le Venezuela et la Libye demanderaient également, selon l’agence Bloomberg, pourrait être cruciale lors des négociations de vendredi, tout comme le niveau et le calendrier d’une éventuelle baisse des extractions en Russie.

Le ministre irakien du Pétrole, Thamer al-Ghadbane, a, pour sa part, déclaré avoir “de l’espoir” pour ces discussions.

Pour les analystes, un éventuel accord sur une baisse de production devra être scruté à la loupe car ce sont ses détails qui dicteront le mouvement des prix.

“Une baisse d’un million de barils” pour l’ensemble du groupe, comme l’envisage Ryad, “devrait soutenir les prix”, à la condition toutefois que l’Iran ne soit pas inclus dans ce décompte, a expliqué à l’AFP Abhishek Deshpande, analyste chez JPMorgan.

Une telle baisse s’ajouterait en effet à celle, déjà programmée en raison des sanctions américaines, des mises sur le marché par l’Iran.

En juin, les producteurs avaient assoupli leur discipline avec pour objectif de permettre à la Russie et à l’Arabie saoudite d’extraire davantage pour compenser les pertes prévues de barils iraniens en raison du rétablissement des sanctions américaines liées au dossier nucléaire.

Mais les exemptions temporaires accordées au dernier moment par les Etats-Unis à huit pays importateurs, à des niveaux plus élevés que ne l’attendait le marché, ont contribué au plongeon des prix de ces deux derniers mois, effaçant les gains engrangés depuis début 2017. 

La décision que prendra l’OPEP, si décision il y aura, devrait être soumise, par la suite, aux pays non-OPEP.