MAROC
18/07/2018 18h:51 CET | Actualisé 19/07/2018 14h:23 CET

ONMT: L'accablant rapport de la commission d'enquête parlementaire

Entre autre dépenses "injustifiées", le loyer mensuel du logement de fonction du DG, de 50.000 dirhams.

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RAPPORT - Un office endetté, manquant de moyens, souffrant de mauvaise gestion financière... La commission d’enquête de la deuxième Chambre du Parlement vient de dévoiler son rapport sur l’Office national marocain du tourisme (ONMT). Elle y dresse un tableau noir de cet office qui devait booster la réalisation de la stratégie de développement du secteur “Vision 2020”. “Les indicateurs partiellement négatifs” de la mise en place de celle-ci, précise une synthèse du rapport, ont limité le taux de réalisation des objectifs escomptés à un taux entre 35 et 40%. Pour en comprendre les raisons, les députés ont décidé de remonter les origines des défaillances en constituant une commission d’enquête qui s’est donc penché sur l’ONMT, supposé l’allié du marketing touristique.

L’enquête a été menée tout au long de la période de 2010 à 2017 et s’est basée sur l’audition de responsables professionnels et politiques du secteur, mais aussi sur l’examen des documents comptables, des études et textes de loi et sur la synthèse du rapport d’audit de la Cour des comptes de 2013.

La commission a repéré des défaillances à tous les niveaux, à commencer par la gestion financière de l’office où des trous noirs n’ont pas laissé les enquêteurs insensibles. Le rapport indique ainsi que l’organisation des salons à l’étranger coûte de plus en plus cher, tandis que l’espace qui leur est accordé est, lui, de moins en moins important. “A cela s’ajoute l’anarchie et la mauvaise gestion qui marquent ces salons”, précisent les conclusions de l’enquête, soulignant que cette mauvaise gestion est relevée également au volet investissement. “Il y a absence de rationalisation des dépenses et des budgets destinés à l’investissement”.

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D’autres dépenses sont, pour les enquêteurs, absolument “injustifiées”. Et de citer, en exemple, le loyer mensuel du logement de fonction du directeur général de l’office qui est de 50.000 dirhams. La somme de 10 millions de dirhams est quant à elle consacrée chaque année aux loyers des fonctionnaires des délégations à l’étranger.

Le rapport pointe également du doigt le gouffre de l’endettement dans lequel se trouve cet office en raison du retard qu’il accuse à s’en acquitter et qui dépasse parfois les 200 jours, ce qui rajoute des pénalités de dépassement des délais de paiement. 

Une situation de déséquilibre financier dont l’ONMT souffre aussi en raison d’“un budget instable”. Le rapport constate que, dans le cadre de la “Vision 2020″, le budget annuel de 1.3 milliard de dirhams qui devait lui être alloué ne l’a été qu’à moitié. Il ajoute que l’office ne reçoit pas non plus la totalité des recettes fiscales que devraient engranger les nuitées d’hôtels et “qui pourraient atteindre 190 millions de dirhams annuellement, tandis que les montants réels perçus ne dépasse pas 120 millions de dirhams par an”. Ce qui, pour la commission d’enquête, soulève des doutes et laisse régner une certaine “opacité”. 

Aux défaillances financières, s’ajoutent celles des moyens humains et de gestion administrative. Le rapport indique ainsi que les délégations de l’office à l’étranger ne comptent que 2 à 3 fonctionnaires. “Ce qui a un impact négatif sur le rendement”, constatent les enquêteurs, recommandant que l’office fasse appel à des fonctionnaires résidant dans les pays où se trouvent les délégations. “L’ONMT ne parvient pas à se mettre au diapason de l’évolution que connait le marché touristique, surtout au niveau du marketing”, souligne encore le rapport. Et d’ajouter que l’office a réalisé plusieurs études à “des coûts exorbitants sans en profiter” et que la commission d’enquête n’a reçu aucune copie malgré ses demandes adressées à l’office.

La commission d’enquête fait état d’une “mort clinique” de l’office dont même l’organisation interne et les prises de décisions ne sont pas conformes à la loi. Et de citer, entre autres, la nomination des directeurs de l’office par décision unilatérale du directeur général. 

Estimant que l’office profite d’une absence de contrôle, la commission parlementaire recommande une révision du cadre légal de l’office, la mise en place d’une procédure claire pour assurer la transparence de sa gestion financière et l’activation de la commission de gestion paralysée depuis la réorganisation de l’office en 1974.

Le nouveau directeur de l’office, Adel El Fakir, nommé au conseil de gouvernement du 21 juin dernier, aura à accomplir une mission difficile. Il le sait d’ailleurs puisque les défaillances de l’office n’étaient pas inconnues avant le rapport de cette commission d’enquête parlementaire. En novembre dernier, l’ancien directeur Abderrafie Zouiten avait été remplacé par Rachid Hamzaoui, directeur financier et administratif de l’ONMT, qui devait assurer l’intérim.