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29/05/2015 12h:12 CET | Actualisé 29/05/2016 06h:12 CET

On ne veut pas voir...

CINÉMA - Les gens et ceux qui nous gouvernent s'insurgent contre "Much Loved" parce qu'il cristallise toutes les frustrations de la société marocaine: le sexe. Un sujet qui fait mal surtout au cinéma, parce que nous sommes face à l'image qui nous interpelle, contrairement à la littérature qui laisse place à l'imaginaire.

Capture d'écran

CINÉMA - Les gens et ceux qui nous gouvernent s'insurgent contre "Much Loved" parce qu'il cristallise toutes les frustrations de la société marocaine: le sexe. Un sujet qui fait mal surtout au cinéma, parce que nous sommes face à l'image qui nous interpelle, contrairement à la littérature qui laisse place à l'imaginaire.

Le sexe est le grand tabou du monde arabe comme la mort est le dernier tabou de la société occidentale. On accepte le sexe quand il vient de l'occident: "Fifty Shades of Grey", "Basic Instinct"... Mais chez nous, la sexualité est un sujet qui dérange parce qu'elle est vécue dans la culpabilité et dans le péché. On peut la vivre cachée, mais on n'a pas le droit de la montrer. Le poids des interdits et des frustrations nous rend aveugles, contradictoires et surtout très agités.

Selon Google, nous sommes parmi les cinq premiers pays consommateurs de pornographie sur Internet, et après nous nous insurgeons contre "Much Loved" qui montre la prostitution dans notre pays. C'est montrer encore une fois l'hypocrisie dans laquelle on vit!

On ne veut pas voir, on ne veut pas penser, on ne veut pas se remettre en question. Pourtant on est plus fort en acceptant nos fragilités qu'en les niant. Voilà nous, Marocains, ce que nous sommes: nous mettons toute notre énergie à paraître au lieu d'être. Nous voulons donner une belle image de notre pays, de notre culture. Nous sommes tout en surface, mais l'intérieur est abîmé. Il faut cesser cette schizophrénie! Il faut arrêter d'être dans le déni! Ayons le courage de nous regarder en face et de prendre à bras le corps nos problèmes et nos fragilités pour avancer.

Arrêtons de nous cacher derrière ce vernis, derrière nos peurs, derrière les compromis pour devenir plus grands, plus beaux dans la vérité de qui nous sommes.

Un artiste ne travaille pas pour le ministère du tourisme. Son rôle est d'interroger une société, d'en pousser les limites et de transgresser les codes. Un artiste se doit d'être libre de dire, de raconter, de chanter, de dessiner, d'écrire ce qu'il ressent du monde qui l'entoure. Nous construisons la culture d'un pays sur l'expression de ces artistes, penseurs, peintres, écrivains et cette expression doit être libre.

Ce combat est fondamental pour toute société. Il autorise les générations futures à penser, à aimer et à vivre librement. Aujourd'hui, il faut combattre les idiots, les censeurs, ceux qui veulent entraver ce chemin. Ceux qui veulent nous dicter leur mode de pensée obscur.

On va résister parce qu'on peut tout nous prendre sauf nos rêves. On ne peut pas modérer notre parole, on ne peut pas être dans le compromis juste pour faire plaisir. On n'est pas là pour être aimés mais pour défendre des idées.

Ce débat est nécessaire parce qu'il réveille les consciences et oblige les gens à réfléchir. Merci Nabil Ayouch d'avoir jeté ce pavé dans la mare. Ce n'est pas un complot sioniste comme certains le pensent quand on est à court d'argument, mais juste le devoir d'artiste de Nabil de montrer une certaine réalité du Maroc: la prostitution. Il a toujours traité de sujets de société forts. Il continue à le faire malgré le chemin difficile, mais il n'est pas le seul, il y a toute une armée et une belle jeunesse derrière...

Bravo aux actrices et aux acteurs qui ont eu le courage d'aller au bout de cette aventure. Ils ont su dépasser le regard des autres au prix de leur réputation et des menaces pour raconter cette histoire. J'admire le courage de ces femmes et de ces hommes qui devraient être un exemple de résistance pour nous tous!

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