TUNISIE
22/10/2018 21h:48 CET | Actualisé 23/10/2018 11h:28 CET

Olivier Poivre d'Arvor: La Méditerranée est un enjeu commun entre le Nord et le Sud (INTERVIEW)

Olivier Poivre d'Arvor s’est livré au HuffPost Tunisie sur les enjeux autour de la Méditerranée.

Anadolu Agency via Getty Images

Les alertes se succèdent ces dernières années sur le désastre environnemental qui risque d’engloutir la mer méditerranéenne. Aujourd’hui, le plastique représente 95% des déchets flottant en Méditerranée, selon le nouveau rapport du WWF (Fonds mondial pour la nature). 

Le bassin méditerranéen, c’est 150 millions de personnes, qui font partie des plus gros producteurs de déchets urbains solides, entre 208 et 760 kg par an et par habitant. Les touristes (plus de 200 millions de personnes chaque année), provoquent une augmentation de 40% des déchets marins en été. La Méditerranée, c’est la mer la plus prisée et la plus menacée.  

Afin de prévenir ce danger, un Forum méditerranéen sur l’économie bleue a été tenu, le 21 octobre, par l’Institut tunisien des études stratégiques, en partenariat avec le gouvernorat et la municipalité de Bizerte, ainsi que l’Union pour la méditerranée, l’Union européenne, l’ambassade de France en Tunisie et plusieurs composantes de la société civile, avec la participation d’experts et de spécialistes tunisiens et étrangers dans la protection et la gestion des ressources de la mer et des océans. Le but est de penser la transition environnementale entre les différents pays méditerranéens. 

L’ambassadeur de France en Tunisie, Oliver Poivre d’Arvor s’est livré au HuffPost Tunisie sur les enjeux de ce Forum.

HuffPost Tunisie: Dans son allocution au Forum, l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, a parlé d’un enjeu civilisationnel concernant la Méditerranée. Partagez-vous cette idée? 

Olivier Poivre d’Arvor: La Méditerranée, c’est les Phéniciens, les Carthaginois, les Gaulois, etc. En somme, un patrimoine et une richesse. Reste que tout cela est derrière nous et qu’il faut penser la Méditerranée aujourd’hui et demain. Et cette zone est désormais synonyme de disparités économiques, d’injustices, de drames autour de la migration. Le but de ce Forum est de redonner à la Méditerranée son utilité et sa valeur dans le respect des équilibres environnementaux, d’où l’enjeu civilisationnel.

Les pays du sud comme du nord sont-ils conscients de cet enjeu et ont-ils mis les moyens pour y faire face?

On voit partout les arbres à plastiques et autres saletés. En Tunisie, un réflexe de civilité est à promouvoir en prenant conscience de la nécessité de sauvegarder l’espace public. Ce n’est donc pas seulement une question de moyens.

Au nord, l’environnement est une thématique qui s’est imposée depuis quelques années. Au sud, on commence à en parler.

Il faut savoir que les moyens à débloquer sont dérisoires: 0.5% du PIB mondial. Quelques milliards de dollars pour sauver la Méditerranée, c’est rien au regard des bénéfices potentiels en investissant dans une économie propre qui va générer des milliers d’emplois.

Une Méditerranée en danger, c’est la fin du tourisme, des vagues de migration de plus en plus importantes.

Alors que les blocages sont multiples entre le sud et le nord, l’environnement peut-il les unir?

Au nord comme au sud, cette mer nous unit. Nous sommes tous concernés par cet enjeu car en négligeant cette question, nous en sortirons tous perdants. Donc au-delà de nos différences, nous pouvons être tous d’accord sur la nécessité de mettre en place des politiques qui tiennent compte de la fragilité de la Méditerranée. La société civile, les jeunes joueront un rôle déterminant pour défendre cet espace commun entre la rive sud et la rive nord.

Est-ce que vous avez fixé des objectifs à atteindre avant la prochaine édition du Forum?

Le fait de réunir autant de responsables des deux rives n’était pas une tâche facile. À mon échelle, j’ai essayé de faire bouger les choses en Tunisie, en faisant venir le prochain sommet de la Francophonie et en créant ce rendez-vous annuel autour de la mer. Des centaines de personnes sont venues débattre de cette question. Le processus d’appropriation de l’importance de cette question est en cours, les résultats suivront.

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