TUNISIE
17/10/2019 13h:56 CET

Offensive de la Turquie en Syrie: qui compose les coalitions "de bric et de broc"

D'un côté, les Kurdes se sont résolus à demander l'aide de l'armée de Bachar al-Assad. De l'autre, les Turcs s'appuient sur une coalition hétéroclite composée notamment d'anciens membres de l'État islamique.

Burak Kara via Getty Images
Qui combat dans le nord de la Syrie?  (Ici des membres de l'armée syrienne libre qui combattent aux cotés des turcs, photographiés le 16 octobre alors qu'ils retournaient sur leur base d'Akcakale en Turquie)

SYRIE - La Turquie face aux Kurdes? Pas tout à fait. Depuis le mercredi 9 octobre, Ankara mène une offensive dans le nord de la Syrie afin d’établir une zone tampon de 32 km de profondeur pour séparer la frontière turque des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG). Baptisée “Source de paix”, cette opération est la troisième que mène le pays en Syrie depuis 2016.

Mais contrairement à la bataille d’Al-Bab, qui avait entraîné la mort d’une centaine de soldats du régime en janvier 2017, Recep Tayyip Erdogan entend bien cette fois-ci ”économiser du sang turc”, comme l’explique au HuffPost le spécialiste de la Syrie Stéphane Mantoux. Pour cela, il envoie au front une milice hétéroclite baptisée “armée de libération syrienne” pour cacher en réalité une troupe de mercenaires faits d’anciens terroristes d’Al Nosra ou de l’État islamique, mais également de rebelles anti-régimes plus modérés.

En face, la situation tend à s’organiser avec l’aide de l’armée du régime de Damas. Certes moins hétéroclite que la coalition de l’Armée de libération syrienne, elle est composée toutefois de différentes milices réunies par Bachar al-Assad. Mais au front, ce sont principalement les Kurdes qui se battent.

Côté turc

  • L’armée turque

Déployés sur le terrain, les militaires turcs ne sont pas directement en prise avec les guerriers kurdes. Ils sont situés à l’arrière des combats et bombardent avec l’artillerie et l’aviation l’arrière du front. “La Turquie est économe de ses soldats”, explique au HuffPost Fabrice Balanche. Le spécialiste de la Syrie, maître de conférence à Lyon, estime que la stratégie turque découle aujourd’hui de ce qu’Ankara avait mis en place pour la bataille d’Afrine. 

Contrairement à Al-Bab, les troupes d’Erdogan se sont battues en deuxième ligne, laissant les supplétifs Syriens anti-régime monter au front. Le président turc a ensuite profité de la situation pour enrôler des combattants d’Afrine ou d’Idlib pour les former et structurer une seule et même milice. C’est elle, regroupant les rebelles du Front national de libération et de l’Armée nationale syrienne qui combat.  

  • L’Armée nationale syrienne

 “Vous avez de tout”, résume Stéphane Mantoux pour décrire les rangs qui composent l’Armée nationale syrienne. “Ce sont des mercenaires motivés par les salaires et les équipements (...) c’est un bien grand mot pour cacher d’anciens combattants de Daesh ou d’Al Nostra”, tranche pour sa part Fabrice Balanche. 

Lire aussi: cette carte résume les quatre enjeux de l’offensive turque en Syrie

Dans le fond, cette troupe, qui sert d’infanterie à l’armée turque regroupe effectivement de nombreuses milices -jihadistes ou non- anti-Bachar al-Assad et apparaît particulièrement hétéroclite. Toutes possèdent toutefois un point commun: elles sont alignées à la Turquie car elles dépendent désormais totalement d’Ankara. “De par l’évolution du conflit, les rebelles non-jihadistes n’ont plus de soutien, excepté la Turquie. Alors il s’aligne”, explique encore Stéphane Mantoux. 

On retrouve ainsi au sein de cette “Armée nationale syrienne”, officiellement rattachée au “gouvernement” en exil de l’opposition syrienne, des rebelles venant du sud ou de l’est du pays. Mais également des populations qui ont été chassées de leurs terres par Daech ou encore des Turkmènes, plus proches du régime d’Erdogan que les autres.

Côté kurde

  • Les Forces démocratiques syriennes

Face à cette coalition baroque, les Kurdes sont appuyés par l’armée du régime de Bachar al-Assad. Mais ce sont eux qui se battent au front. 

Et c’est la milice des YPG, considérée comme “terroriste” par Ankara qui est en première ligne. “Le YPG est une milice très organisée, homogène et soudée”, analyse Fabrice Balanche. Ces guerriers, qui opèrent habituellement au sein de la coalition baptisée “Forces démocratiques syriennes”, aux côtés de minorités chrétiennes ou arabes issues de l’est de la Syrie, se retrouvent pour ce conflit, amputés d’une partie de leurs alliés.

“Les milices arabes ont fait désertion, ce n’est pas leur guerre”, nous explique effectivement le spécialiste de la Syrie.

  • L’armée syrienne

Pour faire face à l’offensive turque, les forces kurdes se sont donc résolues à demander l’aide de Damas. Mais l’armée envoyée par Bachar al-Assad -bien qu’elle bénéficie de l’appui des Russes- est elle aussi constituée de bric et de broc... affaiblie par des années de guerre civile. 

“On prend ce qu’on a sous la main”, estime Stéphane Mantoux avant de détailler: “Du côté du régime, c’est le branle-bas de combat. Ils dépêchent tout ce qu’ils peuvent, prennent ce qu’ils ont sous la main et essaient de rameuter des combattants. Ce qui donne une armée sacrément hétéroclite, un conglomérat de soldats de l’armée régulière et de milices.”

De son côté, Fabrice Balanche se montre moins catégorique et estime que les troupes dépêchées par Damas sont bien plus organisées que les milices du côté turc. “C’est une armée régulière”, tranche-t-il en admettant toutefois qu’une grande partie du travail de Bachar al-Assad ces derniers mois consistait à “regrouper des milices” dans son armée. 

En sept jours, 71 civils, 158 combattants des Forces démocratiques syriennes ainsi que 128 combattants proturcs ont été tués, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Ankara déploré de son côté la mort de six soldats et vingt civils tués par des tirs de roquettes.

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