MAROC
17/09/2019 11h:20 CET

Oasis Festival: Le retour aux sources de Chromeo à Marrakech (INTERVIEW)

Le duo électro-funk canadien était de passage dans la ville ocre. Un retour aux sources pour l'un des deux membres...

CHROMEO/FACEBOOK
Le duo canadien Chromeo, composé de David Macklovitch aka "Dave 1" (à gauche) et Patrick Gemayel aka "Pee Thugg" (à droite), le 15 septembre 2019 à l'Oasis Festival, à Marrakech.

MUSIQUE - Depuis plus de quinze ans, le duo canadien Chromeo, composé de David Macklovitch, aka Dave 1, et Patrick Gemayel, aka Pee Thugg, envoûte les oreilles des mélomanes avec leur musique mêlant funk, électro et paroles romantiques. Cette année, pour la première fois, ils se sont produits au Maroc à l’occasion de la cinquième édition du festival Oasis, qui a pris ses quartiers d’été à Marrakech du 13 au 15 septembre, dans l’enceinte de l’hôtel Fellah. Samedi soir, ils ont livré entre 3h et 5h du matin un set explosif. Quelques minutes avant leur show, le HuffPost Maroc s’est entretenu avec Dave 1, dont la mère - qui l’accompagnait au festival - est marocaine. Un retour aux sources pour l’artiste.

HuffPost Maroc: C’est la première fois que vous venez au Maroc?

David Macklovitch: Ma mère étant marocaine, elle vient tous les ans ici, et d’ailleurs elle est avec moi aujourd’hui! Moi, je suis venu deux ou trois fois. Mais c’est la première fois qu’on joue au Maroc, c’est incroyable. J’aimerais pouvoir venir plus souvent, car ma mère a de la famille et des amis ici. J’aurais aussi aimé avoir une plus grosse connexion avec le Maroc, d’autant plus que je connais Marjana Jaidi, la fondatrice du festival, depuis très longtemps. On se côtoie à New York depuis une dizaine d’années. Avec le Maroc, j’ai une relation personnelle, familiale et intime. J’ai grandi avec de la nourriture et de la famille marocaine, c’est la moitié de qui je suis - en terme d’origine en tout cas.

Cela a-t-il influencé votre parcours artistique?

Ça n’a pas forcément eu une influence sur mon parcours artistique mais plutôt sur mon parcours personnel. Je suis né au Canada et ma mère, qui est francophone, m’a envoyé dans un lycée français à Montréal, où j’ai rencontré Pat’, mon collègue dans Chromeo. Lui est d’origine libanaise, il est venu au Canada pour les mêmes raisons que ma famille et nos parents font partie de ces immigrés issus d’anciennes colonies françaises qui ont envoyé leurs enfants dans des lycées français pour avoir la même instruction qu’eux. A fortiori, cet héritage maghrébo-français a influencé tout mon développement personnel. Ça n’a pas une influence musicale directe sur Chromeo, qui est plus tributaire de la culture américaine, mais on est culturellement très proches de la France et de la francophonie.

Connaissez-vous la scène électronique marocaine?

Je ne connais pas assez la scène électronique marocaine. Je vois passer quelques trucs, j’ai des amis qui sont d’origine marocaine qui font de la musique un peu partout dans le monde, mais je ne connais pas bien la scène locale. La plupart des artistes que je connais programmés au festival sont des artistes internationaux. Il va falloir que je me familiarise un peu avec les artistes marocains!

Et le patrimoine musical marocain?

C’est à ma mère qu’il faut en parler (rires)! C’est ce qu’elle écoute à la maison. Comme tout le monde, je suis allé à Essaouira, j’ai découvert la musique gnaoua là-bas. Chez moi, j’ai grandi avec la musique orientale de ma mère, quand mon père daignait qu’on écoute ça, parce que lui, ce n’est pas du tout son truc!

Comment décririez-vous votre style musical?

Notre style musical, c’est de l’électro-funk romantique. Romantique parce que nos chansons parlent d’amour. Il y a des paroles, ce n’est pas de l’électronique au sens traditionnel, mais plus un format chanson, style années 80. Des chansons à penchant anti-héroïque, tragicomique! À prendre entre le premier et le second degré.

Quand avez-vous commencé à faire de la musique?

La musique, je l’ai dans le sang depuis que je suis petit. J’en ai toujours fait, même si je ne pensais pas devenir musicien. J’ai fait l’École normale supérieure à Paris, puis un doctorat en littérature française à New York. Je voulais être prof de lettres, mais je faisais Chromeo en même temps. Et à un moment, le projet est devenu tellement “busy” que j’ai dû faire un choix.

Cela fait une quinzaine d’années que Chromeo existe. Pourquoi avez-vous persévéré? 

J’ai persévéré parce que je fais de la musique avec mon meilleur ami. On fait de la musique depuis qu’on est ados, en fait. On s’est rencontrés quand j’étais en troisième et lui en quatrième. J’avais 15 ans, et j’en ai 41 aujourd’hui. On a découvert la funk ensemble et on est devenus inséparables depuis.

Quand vous êtes sur scène, que cherchez-vous à transmettre à votre public?

Ça dépend si on joue live ou si on mixe. On joue principalement live, pour des questions logistiques et de compatibilité avec les festivals qui nous invitent. Mais, ici, à Marrakech, on va mixer parce que c’est un festival électro plutôt puriste. On essaie de communiquer une émotion qui est un peu différente de celle de la techno par exemple, contre laquelle je n’ai rien par ailleurs, j’adore la techno. Mais c’est une émotion un peu plus fun et chaleureuse qu’on veut transmettre. On essaie aussi d’amener avec nous ces musiques américaines qui nous ont tellement fascinés dans notre adolescence, quand on les a découvertes, que ce soit de la house de Chicago, de la funk de la Californie, ou de l’électro de New York des années 80.

Quel est, selon vous, le pouvoir de la musique électronique?

C’est une question intéressante, je viens d’ailleurs de lire quelque chose là-dessus. La musique électronique, en commençant par la techno et la house, c’est de la musique qui a été conçue en Amérique par, très souvent, des membres de la communauté LGBT et des minorités ethniques, pour créer des espaces sûrs où ces gens-là pouvaient s’exprimer et être eux-mêmes, au début des années 80. Ce qui a mené à la house de Chicago et à la techno de Détroit, ce sont des extensions de musiques des communautés noires et latines, avec une grande importance LGBT.

Ce sont là, les origines de la musique électronique, avant que ce soit récupéré par les Allemands de Kaftwerk, les Daft Punk ou la scène rave de Manchester des années 90. Avant cela, il y avait un truc communautaire, solidaire et connecté à une histoire culturelle américaine remplie de douleur et d’oppression. Il y a donc quelque chose de très, très puissant dans la musique électronique. Ce dont il faut se souvenir, c’est de cet aspect solidaire, communautaire et culturel des débuts de la musique électronique, ça a un pouvoir et une charge énorme.