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13/12/2018 14h:07 CET | Actualisé 13/12/2018 14h:07 CET

Nu au théâtre: Ces musulmans qui se veulent plus pudiques que Dieu!

Au reste, si certains crient au diktat de l’étranger à propos de ce nu artistique public, ils ont absolument tort.

Facebook / Alaeddine Slim

La polémique autour d’un nu masculin de quelques minutes sur le théâtre municipal de Tunis doit être salutaire pour faire sortir le pays de la confusion actuelle des valeurs qui le fait appliquer la Bible et non le Coran en matière de nudité.

Il n’est nul péché de nudité en islam

En effet, on l’a bien démontré * : le péché de chair n’est pas islamique; il est juste dans la Bible. En islam, le nu n’est honteux que s’il s’accompagne d’intention maligne. Nombre de saints soufis déambulaient nus ou quasiment, et cela ne créait aucun problème. Sans parler des pauvres et démunis qui se couvraient à peine sans blesser le regard des passants et des vrais pieux.

En islam, au pis, on baisse les yeux, mais on n’élimine point ce qui pourrait être une tentation, et devrait donc constituer une occasion d’épreuve, toujours nécessaire et utile afin de prouver la sincérité de sa piété qui ne peut être nullement ostentatoire. C’est en cela que réside la justice de l’islam qui est tout autant justesse.

De plus, il est à rappeler que la nudité était honorée à La Mecque même par la tradition arabe du pèlerinage se faisant intégralement nu. C’est cette tradition qui est restée en islam qui l’a même respectée lors de son premier hajj après la conquête de la Mecque, puis l’a gardée, tout juste légèrement modifiée, avec la vêture d’ihram; elle est bien une nudité adaptée et non honnie.

Aussi, à l’occasion de cette nouvelle polémique, n’est-ce pas le moment de renouer avec une saine compréhension de nos valeurs, tant arabes qu’islamiques, en réhabilitant le nu? Ce qui suppose de se libérer de la pudibonderie actuelle bel et bien judéo-chrétienne et non musulmane.

Au reste, si certains crient au diktat de l’étranger à propos de ce nu artistique public, ils ont absolument tort; car oser le nu,  c’est plutôt sortir du diktat biblique de l’attentat à la pudeur et réhabiliter la nudité en islam en renouant avec la conception arabe du nu qui n’a rien de pornographique.

Ce ne sont que les pensées malignes des tartufes intégristes qui dénaturent ce qui n’est qu’un état naturel, l’humain naissant nu et retournant dans le même état auprès de son créateur. Or, celui-ci n’a pas honte de leur nudité; serions-nous plus pudiques que Dieu?   

Libérer la Tunisie des lois de l’étranger

Il est à rappeler, à ce propos, que le délit d’attentat à la pudeur a été introduit dans les mœurs arabes et musulmanes avec la religion de l’impérialisme à la faveur de la colonisation des pays d’islam. C’est la morale chrétienne qui se retrouve dans les lois tunisiennes issues du Code pénal colonial qui est toujours en vigueur. Jusqu’à quand donc l’appliquer en une Tunisie se voulant indépendante et désormais démocratique, martyrisant ainsi un peuple digne et libertaire, en se trompant et le trompant sur sa foi véritable? 

C’est ce Code honteux et obsolète de 1913 qui a créé de toutes pièces les délits d’attentat à la pudeur et du péché de la chair renvoyant au péché originel de la Bible dont il n’est nulle trace dans le Coran.

Cela a permis aux clones intégristes des impérialistes non seulement de créer la supercherie du voile islamique — également biblique et nullement islamique —, mais de transposer dans la foulée le puritanisme protestant des lois coloniales. Ce qui fait que ces lois de l’étranger continuent à être imposées à des peuples qu’elles ne concernent pas, et ce au nom de l’islam dont elles sont pourtant la négation. 

Or, cela s’est fait en allant dans le sens opposé de l’histoire, puisque l’Occident lui-même s’est libéré de ses lois religieuses grâce à la démocratie, remplaçant par exemple l’attentat à la pudeur par le délit de l’exhibition strictement encadré, n’interdisant pas le nu artistique et même réglementé dans les espaces publics. 

Aussi, si l’on veut vraiment évoluer vers la démocratie en Tunisie, il nous faut nous libérer au plus vite de ces lois scélérates introduites en notre pays par la colonisation. Car elles ont réussi là où a échoué la lecture intégriste du Coran, qui était le fait de jurisconsultes au mental dominé par la Bible. D’où les israilyet qui dominent le droit actuel supposé musulman, comme l’a si bien démontré Ibn Khaldoun.

Notre fiqh est bel et bien issu de l’imaginaire de savants, clients des musulmans à l’origine, qui avaient l’imaginaire baignant dans la tradition judéo-chrétienne prégnante dans la société d’Arabie de l’islam primitif. Pourtant, il n’a eu de prise sur la société que depuis sa reproduction dans les lois civiles coloniales, ne relevant jusque-là que des cogitations doctrinales.

Par conséquent, il est temps de renouveler ce fiqh obsolète par la technique de l’ijtihad qui est à rouvrir en islam, et en Tunisie, urgemment afin de revitaliser sa foi devenue criminelle. C’est la mère des batailles en notre Tunisie Nouvelle République !

Note :

* cf., par exemple, le tome 3 de la trilogie : Ces tabous qui défigurent l’islam : la nudité, le sexe et le voile 

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