MAROC
09/10/2018 18h:41 CET

Nouzha Skalli: “Il est incompréhensible que l’on ne puisse pas avancer vers l’abolition de la peine de mort"

Le Maroc doit franchir le pas du vote du moratoire.

Nouzha Skalli/Facebook

PEINE DE MORT - Elle ne rate aucune manifestation pour l’abolition de la peine de mort. Nouzha Skalli, ancienne ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité a assisté, ce mardi 9 octobre, à la conférence de la Coalition marocaine contre la peine de mort. Une façon pour elle de réitérer son appui pour la cause. “Mon engagement remonte à bien longtemps”, déclare-t-elle au HuffPost Maroc. Du dernier condamné à mort exécuté au Maroc en 1993, Mohamed Tabit, celle qui se bat pourtant pour les droits de la femme au sein de son parti le PPS, n’avait pas hésité, à l’époque, à témoigner de sa déception.“Malgré les actes abjects commis par ce commissaire à l’encontre de ses victimes, des femmes, j’étais contre sa condamnation à mort”, se souvient-elle.

Depuis, Nouzha Skalli n’a pas changé d’avis. Elle continue de militer à travers sa participation à des événements, faisant le plaidoyer de l’abolition de la peine de mort. Membre du comité scientifique du Congrès mondial contre la peine de mort, elle s’apprête à participer à sa 7ème édition qui se tiendra au mois de février 2019 à Bruxelles.

Pour elle, le Maroc ne peut pas se soustraire à l’abolition de la peine de mort. “Cette abolition va dans le sens de l’histoire. Nous sommes à l’ère des droits de l’homme et de la dignité humaine”, estime-t-elle, précisant que le choix s’impose de lui même: “l’humanité a aboli l’esclavage, elle ne reviendra pas en arrière”. 

La roue de l’histoire tourne et, pour Nouzha Skalli, le Maroc ne peut faire l’exception. “Il est incompréhensible que l’on ne puisse pas avancer vers l’abolition de le peine de mort, parce que le Maroc dispose de tellement d’arguments en faveur de ce choix”, soutient-elle. Et de citer, entre autres, les recommandations de l’IER et l’article 20 de la constitution qui stipule clairement que “le droit à la vie est le droit premier de tout être humain” et que la loi est appelée à le protéger.

L’ancienne ministre met aussi en exergue la volonté de certains partis politiques de soutenir l’abolition de la peine de mort. “Nous avons un réseau de parlementaires qui compte 240 membres de tous bords, sauf du PJD”, insiste-t-elle. Et d’ajouter que ce réseau est allé à la rencontre de plusieurs partis pour les convaincre de cette cause. “Nous avons rencontré trois catégories de partis: la première se compose de ceux fermement et, par principe, opposés à la peine de mort. Il s’agit notamment du PPS, de l’USFP et du PAM. L’autre comprend des partis qui penchent pour l’abolition pour la peine de mort, mais restent hésitants”, explique-t-elle.

La dernière catégorie, elle, ne contient qu’un seul parti: le PJD. “Il n’a pas accepté de nous recevoir ni en tant que parti, ni en tant que gouvernement dans le temps de Benkirane”, regrette Nouzha Skalli. Le réseau de parlementaires n’a pas encore interpellé l’actuel gouvernement de Saad-Eddine El Othmani, mais le risque de déception, semble, pour lui évident. “Nous n’avons pas encore fait la démarche auprès d’El Othmani, mais il est clair que seul ce parti a une orientation idéologique dans le sens du maintien de la peine de mort”, estime la militante. 

Elle constate, toutefois, que le parti islamiste “ne s’affiche plus aussi clairement comme parti anti-abolitionniste”. Ce qui, pour le mouvement, peut susciter de l’espoir. “Mais je ne comprends pas pourquoi on ne franchit pas au moins le pas du vote du moratoire. Nos voisins, l’Algérie et la Tunisie l’ont fait. Alors pourquoi pas ne pas capitaliser sur ce que nous avons comme arguments en votant ce moratoire?”, se demande-t-elle.

Pour Nouzha Skalli, le Maroc doit impérativement se positionner et ne pas justifier son hésitation par une société qui n’est pas prête. “C’est faux, selon une étude qui avait été réalisée par le CNDH sur ce volet de l’acceptation de la peine de mort par la société a montré une sorte d’équilibre entre ceux qui sont pour l’abolition de la peine de mort et ceux qui se montrent plutôt réservés sur la question”, souligne-t-elle. 

Faisant le constat de son militantisme au sein de ce mouvement abolitionniste, Nouzha Skalli précise que, souvent, les personnes qui émettent des réserves sur cette question le font spontanément, en pensant qu’un meurtrier, par exemple, doit être condamné à la peine de mort. “Lorsqu’on leur explique les conditions vécues par ce condamné, les circonstances de son crime, ils changent d’avis pour se ranger du côté des abolitionnistes de la peine de mort”, soutient-elle, convaincue qu’un débat public et des campagnes de sensibilisation éclaireront mieux la société marocaine sur les principes de cette abolition attendue et qui tarde à devenir réalité.