ALGÉRIE
19/10/2019 12h:54 CET

Nouvelle journée de manifestations contre le pouvoir au Liban

Un manifestant masqué court avec une grenade lacrymogène lors de heurts avec les forces de sécurité, le 18 octobre 2019 à Beyrouth, au Liban|JOSEPH EID
Un manifestant masqué court avec une grenade lacrymogène lors de heurts avec les forces de sécurité, le 18 octobre 2019 à Beyrouth, au Liban

De nombreux Libanais se sont rassemblés samedi pour une troisième journée de manifestations contre l’incapacité d’une classe politique accusée de corruption à s’attaquer à la crise économique, un mouvement inédit depuis des années qui a paralysé le pays.

En dépit d’une intervention des forces de l’ordre pour disperser dans la nuit la foule devant le siège du gouvernement à Beyrouth et des dizaines d’arrestations, les manifestants se sont mobilisés à nouveau à Beyrouth et dans d’autres villes du pays, selon des correspondants de l’AFP sur place.

Le matin, l’armée a rouvert des autoroutes en enlevant les barricades dressées par des manifestants, qui n’ont pas tardé en installer d’autres.

Des volontaires nettoyaient le centre-ville de Beyrouth qui ressemblait à un champ de bataille avec de la fumée se dégageant de pneus et bennes à ordures incendiés la nuit. Des débris de verre brisé des vitrines de magasins et de banques jonchent le sol.

Les services de sécurité ont fait état de «l’arrestation de 70 personnes pour actes de sabotage, incendies et cambriolage dans le centre-ville».

Lors des manifestations déclenchées jeudi par l’annonce d’une nouvelle taxe -depuis annulée- les manifestants conspuent l’ensemble des dirigeants dans leurs fiefs les appelant «voleurs» et déchirant leurs portraits.

Un manifestant a affirmé à un média local, dans un fief du puissant Hezbollah chiite: «notre combat est contre le confessionnalisme. Nous souffrons depuis 30 ans à cause de la classe politique. Ils essaient de nous présenter comme des canailles mais tout ce qu’on fait c’est réclamer nos droits».

- «Aux portes des hôpitaux» -

A Tyr (sud), où le puissant chef du Parlement Nabih Berri a été accusé d’escroquerie la veille par les manifestants, des dizaines de ses partisans s’en sont pris samedi aux protestataires, selon un témoin.

A Tripoli (nord), une manifestante, Hoda Sayyour, la cinquantaine, a accusé la classe politique d’avoir «pris nos droits les plus fondamentaux (...)». «Nous sommes en train de mourir aux portes des hôpitaux!»

«Je resterais dans la rue (...) Ils nous exploitent et ne font rien pour améliorer les services».

Alors que plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque Mondiale, la classe politique, quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990), est accusée de corruption et de népotisme, cherchant à privilégier les mesures fiscales qui ne compromettent pas ses intérêts.

 

Elle est aussi accusée d’affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence -pénurie chronique d’électricité et d’eau potable- et où la vie est chère.

Vendredi, écoles, universités, banques et institutions publiques avaient fermé. Les banques sont restées fermées samedi.

Vendredi, M. Hariri a défendu les réformes qu’il veut faire adopter, en accusant des membres de sa coalition gouvernementale d’entraver ses efforts. Il leur a donné jusqu’à lundi pour se prononcer clairement en faveur des réformes. Il a aussi insinué qu’il n’avait aucun problème à céder sa place à quiconque proposerait une autre solution.

Avant lui, le chef de la diplomatie Gebran Bassil, gendre du président Michel Aoun, a dit être opposé à une démission du gouvernement, qui pourrait «aggraver» la situation.

- «Deux grands dangers» -

Dans un discours, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, poids lourd de la politique libanaise, a accusé, sans les nommer, des responsables de tenter de jeter «la responsabilité sur les autres», semblant rétorquer à M. Hariri.

Il a appelé «à répondre au message retentissant» des manifestants, en saluant «un mouvement populaire (...) qui dépasse les appartenances confessionnelles, régionales ou politiques».

Mais il a dit «ne pas soutenir une démission du gouvernement», et son refus de l’imposition de nouvelles taxes.

Le pays fait face à «deux grands dangers: le premier serait l’effondrement financier et économique (...) et le second une explosion populaire», a-t-il averti.

 

Un manifestant s’est ensuite adressé sur une télévision locale à M. Nasrallah, dont la formation combat au côté du régime dans la guerre en Syrie: «le Liban est plus important que la Syrie!»

Des milliers de manifestants de tous bords ont envahi de manière spontanée les rues jeudi après l’annonce de la décision du gouvernement de taxer les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp. Une décision aussitôt annulée.

Le Liban s’est engagé en 2018 à engager des réformes en contrepartie de promesses de prêts et de dons d’un montant total de 11,6 milliards de dollars. Sa dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB, troisième taux le plus élevé au monde.