TUNISIE
23/06/2018 11h:00 CET

Nouvelle augmentation du prix du carburant, les automobilistes inquiets

"Décider de cette augmentation le jour du match de la Tunisie et des résultats du bac, le timing est parfait pour faire passer la pilule”

Zoubeir Souissi / Reuters

À partir du samedi 23 juin 2018, à minuit, une augmentation de 75 millimes/litre sera appliquée sur les prix de vente au public des produits pétroliers, a annoncé, vendredi, le ministère de l’Energie, des mines et des énergies renouvelables.

Le ministère a ajouté que cette augmentation qui s’inscrit dans le cadre du mécanisme d’ajustement périodique, intervient suite à l’augmentation des prix du pétrole sur les marchés internationaux atteignant, au cours du deuxième trimestre 2018, près de 75 dollars/le baril.

Les prix de vente au public des produits pétroliers seront donc modifiés comme suit:

– Essence super sans plomb : augmentation de 75 millimes - nouveau prix 1925 millimes/litre.

– Gasoil super: augmentation de 75 millimes - nouveau prix 1685 millimes/litre

– Gasoil : augmentation de 75 millimes - nouveau prix 1405 millimes/litre.

Les prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL) demeure quant à lui inchangé.

Le ministère indique qu’il œuvre à maitriser davantage le système des subventions, rappelant que chaque hausse d’un dollar du prix de pétrole représente un surcoût d’environ 120 millions de dinars pour le budget de l’État.

Les automobilistes fulminent

Dans les différents kiosques de la capitale, l’incompréhension se mêle au ras-le-bol. Nadia, jeune étudiante de 23 ans a été surprise de voir à nouveau les prix augmenter: “Je sais qu’ils avaient dit qu’ils allaient encore l’augmenter mais là, c’est abusé. En quelques mois, le litre a pris plus 125 millimes. 10 dinars ne font plus rien!” déplore-t-elle. 

Pour Adel, qui gère une société de distribution, c’est la douche froide: “On nous demande de créer des entreprises, de faire travailler des gens, on nous casse la tête avec tout le tralala administratif et puis après on t’augmente les prix. Je fais quoi moi? Soit je vire un salarié, soit j’augmente mes prix. Qui va payer? Les citoyens” s’emporte-t-il. “Malheureusement, dans les prises de décisions du gouvernement, ,il n’y a aucune vision sociale. Un salarié, ce n’est pas qu’un chiffre. Ce ne sera pas une autre personne de plus au chômage, non, ce sera toute une famille qui va en payer le prix. Ce genre de décisions, surtout pour nous, qui sommes toujours sur les routes, c’est handicapant”.

Nouredinne, taxiste de 52 ans, est plus fataliste: “On le savait déjà. Depuis la semaine dernière, les pompistes nous l’avaient dit. Mais je ne m’attendais pas à ce que la hausse soit de 75 milimes. C’est beaucoup. Qu’on ne me dise pas que ce n’était pas préparé: Décider de cette augmentation le jour du match de la Tunisie et des résultats du bac, le timing est parfait pour faire passer la pilule”.

Pour lui, cela touchera encore plus au pouvoir d’achat du tunisien: “On va probablement augmenter encore nos prix, idem pour les transports publics, ce qui va handicaper encore plus les plus démunis pour se déplacer. En plus, je suppose que les fournisseurs vont augmenter leurs prix pour s’adapter à cette hausse, donc tous les prix augmenteront. C’est révoltant”.

Dans une déclaration accordée au journal “Le Maghreb” le 5 juin dernier, le ministre de l’Énergie et des Mines, Khaled Kaddour, avait nié les rumeurs d’une potentielle hausse du prix de l’essence.

Alors que la Tunisie avait tablé sur un prix du baril de pétrole à 54 dollars dans sa loi de finances 2018, celui-ci coûte aujourd’hui près de 75 dollars. Cette hausse qualifiée de “fulgurante” par le ministre aura pour effet d’engendrer un plus grand budget pour la subvention destinée au carburant et d’impacter donc le budget de l’État.

Selon lui, il ne serait pas impossible de changer la donne dans la loi de finances complémentaire concernant l’hypothèse émise sur le prix du baril de pétrole brut dans la loi de finances 2018.

Le Fonds Monétaire International (FMI) avait également appelé, le 31 mai dernier, la Tunisie a prendre des “mesures décisives” cette année “pour lutter contre l’inflation, réduire le déficit budgétaire et protéger les pauvres”.

Parmi les mesures proposés par le FMI, la réduction des subventions énergétiques, qu’il avait qualifié d’ “injustes”, appelant à une augmentation des prix “afin de suivre la tendance mondiale du prix du pétrole.”

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