TUNISIE
26/06/2018 13h:47 CET

Noùl: Une immersion dans le monde en péril des "soyeux de la médina"

Zoom sur un monde en voie de disparition à la médina de Tunis.

Noul/ Sonia Kallel

La médina de Tunis entre splendeur et décadence, entre la somptuosité de certains monuments et le délabrement d’autres, entre des métiers qui naissent et d’autres en voie de disparition, autant de paradoxes fusionnés dans l’ouvrage de l’universitaire et artiste tunisienne Sonia Kallel, “Noùl: Les soyeux de la médina”. 

Docteur en arts plastiques, Sonia Kallel est à la fois universitaire et artiste.  Depuis 2010, elle entreprend un projet quasi anthropologique basé sur des rencontres, des entretiens,etc avec des communautés cachées, conférant une dimension social à son travail artistique. 

“Noùl: Les soyeux de la médina” est une immersion dans le monde des soyeux de la médina, les rares qui résistent au changement d’époque et de modes. Jadis, ils habillaient les femmes et les hommes tunisiens, confectionnant leur safsari, leur hrem, leur jebba et autres habits. Ce monde est révolu, mais des hommes et des femmes continuent à faire ce qu’ils ont toujours su et aimé faire: tisser. Ils témoignent dans cet ouvrage de leur passion, du passé et des craintes autour de l’avenir de leur métier. 

Noul/ Sonia Kallel

 

“Je me sens libre dans ce métier. C’est une passion, une affaire de patience aussi (...) C’est toute une vie...Sans passion on peut pas exercer le métier de la soie, il faut une telle concentration, tout le corps est sollicité. Sans cette ardeur, on ne peut pas durer dans le métier”, témoigne l’un d’eux. 

“Cela fait quarante ans que je suis dans la soie, mon métier a toujours été une priorité. Dieu soit loué, nous en avons bien vécu de père en fils”, ajoute un autre artisan. 

L’ouvrage met en lumière le savoir-faire de ces artisans, dépoussière leurs fondouk (s), leur donne des noms et des visages. Il témoigne aussi de la transmission du métier entre les générations. En cela, l’ouvrage de Sonia Kallel est un véritable travail de mémoire.

Noul/ Sonia Kallel

 

Face au péril du métier des soyeux, l’ouvrage ne sombre pas dans la morosité, il transmet des histoires de passion, de persévérance, tout un mode de vie. 

Trilingue (français, anglais et arabe), dans Noùl l’image épouse les mots pour illustrer “le rapport fusionnel entre les artisans et l’histoire des lieux qu’ils occupent. Chaque moment photographique est une saisie intuitive, une implication forte dans le réel, un temps de contemplation instantané (...)”, écrit Sonia Kallel dans son ouvrage. 

Ici le choix du sens de la lecture est libre, le lecteur peut sauter les pages. Chaque page renvoie à un récit et à une photographie. “Ce sont des discours ‘d’autrefois’, se référant à notre répertoire patrimoine, un langage qui se perd (....) Le champs du discours photographique et les paroles transcrites se croisent et se complètent. Ils repoussent le sujet au delà de son contexte et nous plongent dans un univers nostalgique et contemplatif. L’auteur devient le médiateur et le spectateur devient interprète, libre de naviguer...”, souligne Sonia Kallel. 

Noul/ Sonia Kallel

 

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