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27/05/2019 08h:35 CET | Actualisé 27/05/2019 08h:35 CET

Nouba… oui mais pourquoi ?

Nouba entrera définitivement, et par la grande porte, dans le patrimoine culturel national.

Facebook/Nessma Tv

Nouba fait une entrée fracassante dans le paysage télévisuel tunisien et personne n’en sortira indemne. Ni ceux qui l’ont vu, et encore moins ceux qui ne l’ont pas vu parce qu’ils sont en train de passer à côté du meilleur feuilleton tunisien de cette décennie. Ce n’est en aucun cas une exagération, c’est un simple constat. Limpide. Il me tarde encore de connaître quelqu’un qui a vu Nouba et qui, au bout de quelques épisodes, n’y a pas senti les prémices d’une œuvre admirable.

D’abord, Nouba c’est un univers. Un univers authentique, brut. Abdelhamid Bouchnak aime tellement cet univers que sa sincérité en est débordante. Jamais il n’essaie de tricher, jamais il n’essaie de grossir le trait. Il nous invite dans son monde, mais avec subtilité et retenue. Il n’est pas là à quémander notre attention. Pas besoin. Le téléspectateur mord à l’hameçon et il s’y accroche. Le piège se referme. Tu ne regardes plus de l’extérieur, tu débarques à l’intérieur de l’écran. Tu fais désormais partie de cet univers. Pendant la durée de l’épisode, tu es pris dans une machine à remonter le temps. Tu es en 1991, dans ce quartier de Tunis. Tu es habillé comme eux, tu sens la musique comme eux, tu parles comme eux, et tu réfléchis comme eux. Tu es l’un d’eux.

Côté scénario, Bouchnak évite l’un des écueils les plus classiques de l’écriture: la construction manichéenne des personnages. Il n’y a pas le bien d’un côté et le mal de l’autre. Comme le dit George RR Martin, auteur des livres dont est tirée la série Game of Thrones: “la vraie bataille entre le bien et le mal ne se joue pas entre différents personnages, mais à l’intérieur même du cœur de chaque personne”. C’est le cas dans Nouba. Aucun personnage n’est tout blanc ou tout noir. Nous avons à faire à des individus qui couvent au fond d’eux l’espoir et le doute, l’amour et l’aigreur, les rêves et les blessures… Tout est nuancé, et malgré cela l’unité narrative ne s’en trouve pas affaiblie. Au contraire, elle en sort plus profonde, plus palpable.

Ces personnages prennent vie grâce à un casting exceptionnel. Il y a une manière très simple pour savoir si un acteur a réussi son rôle, il suffit de se demander: est-ce que je pourrais voir un autre acteur dans le même rôle? Passez en revue le casting de Nouba et la réponse sera à chaque fois: non! Pour ne citer que quelques-uns… Bahri Rahali (Baba Hédi) et Hcine Mahnouch (Ganouch), deux vieux briscards qui éclaboussent l’écran de leur charisme. Performance prodigieuse de Chedly Arfaoui qui franchit encore un palier avec ce rôle de Bringa. Héla Ayed (Wassila) est tout simplement la meilleure actrice de ce ramadan. Amira Chebli (Hbiba) est débordante de sincérité, assurément l’une des plus belles performances cette année. Yasmine Dimassi (Farah) confirme son talent et enchaîne, après Dachra, une deuxième prestation de très haute volée. Aziz Jebali (Wajdi) est aussi convaincant dans les scènes de comédie que dans les scènes dramatiques; il réussit ce grand écart avec brio. Enfin, Bilel Briki dans le rôle principal (Maher) nous offre par moments des éclats de génie propres aux grands acteurs. Sa transition d’un jeu minimaliste dans les premiers épisodes à une éclosion puissante mais parfaitement maîtrisée dans la deuxième partie du feuilleton n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées bien entendu, la trajectoire ascendante d’Al Pacino dans le Parrain I. Cette brochette d’acteurs est servie par des dialogues cousus sur mesure. Cela donne parfois des scènes d’anthologie.

Nouba touche à sa fin. Merci pour l’escapade... Merci pour l’évasion! Une deuxième (et peut être une troisième saison) est prévue. Les attentes seront plus hautes, les téléspectateurs plus exigeants. Mais si l’équipe continue de travailler avec la même rigueur et la même sincérité, Nouba entrera définitivement, et par la grande porte, dans le patrimoine culturel national.

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