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28/07/2019 15h:24 CET | Actualisé 28/07/2019 15h:24 CET

Notre devoir à tous: Le sens des mots, les leçons du passé

Ramzi Boudina / Reuters
  1. Nous devons, collectivement, tirer les leçons du passé afin de ne pas refaire les erreurs tragiques des dernières décennies, comme, par exemple, le choix funeste du mode électoral (uninominal à deux tours) choisi pour les élections législatives de décembre 1991. 

  2. Quelles qu’aient été les motivations des décideurs de l’époque, ce choix a été fait au détriment du choix de la proportionnelle qui, s’agissant des premières élections législatives pluralistes en Algérie, aurait reflété le plus fidèlement possible, dans les circonstances de l’époque, le poids relatif des forces politiques en compétition, et donc la domination relative du FIS (moins d’un tiers de l’électorat) qui serait arrivé en tête sans pour autant obtenir la majorité absolue au parlement. 

  3. Les Algériens auraient alors été contraints de discuter entre eux et de poursuivre la compétition électorale par la confrontation politique, idéologique et intellectuelle, de négocier des compromis, de former des coalitions, d’argumenter et de convaincre, de rechercher l’adhésion de la population à leurs idées, de prendre en compte et de respecter l’opinion des citoyennes et des citoyens, de faire de la politique, de faire l’expérience de la démocratie. 

  4. Au lieu de cela, le mode électoral choisi conduisait à donner la majorité absolue au FIS, et pour s’opposer à un résultat non maîtrisé par les décideurs, ceux-ci ont décidé «d’interrompre le processus électoral», précipitant ainsi le pays dans une crise politique gravissime qui, exacerbée par la violence, s’est transformée rapidement en une horrible guerre intérieure ; cette guerre, innommable désastre moral aux innombrables victimes et aux incommensurables conséquences, intervenant une génération à peine après la libération du pays, a manqué de le détruire.  

  5. Ceci pour illustrer le fait que des mots, des définitions, des choix qui peuvent paraître secondaires ou anodins, peuvent, au contraire, avoir des conséquences vitales pour le pays. Il en va ainsi aujourd’hui de la nature du “dialogue”, de la composition du gouvernement, des notions de légitimité, de légalité, de constitutionalité, etc. etc. etc.