MAROC
18/06/2018 18h:46 CET

Mondial 2018: "Nordin Amrabat n'a pas intérêt à retourner de sitôt sur le terrain" (EXPERT)

"Le fait de gifler est incontestablement une faute".

Pilar Olivares / Reuters

SPORT -  Après sa commotion cérébrale, Nordin Amrabat a rassuré son public samedi dernier, repris ses entraînements et a même déclaré aujourd’hui espérer affronter le Portugal, ce mercredi 20 juin. Des choix qui ne laissent pas insensible Abdelhamid Khadri, médecin du sport membre de la commission médicale du comité national olympique marocain (CNOM) et membre de la fédération internationale de la médecine du sport, convaincu que ce retour hâtif sur la pelouse relève d’“une imprudence”. ’“En matière de commotion cérébrale, la prévention reste la pierre angulaire”, affirme au HuffPost Maroc cet expert, par ailleurs formateur de futurs médecins.

Pour en attester, le Dr Abdelhamid Khadri cite le protocole auquel a abouti le Consensus international sur les commotions cérébrales dans le sport (5 conférence internationale tenue à Berlin – Octobre 2016). Ce référentiel comporte, entre autres, un test appelé “Scat 5” qui permet de suivre l’évolution d’une commotion cérébrale chez un footballeur. “Le premier point montre clairement que tout trauma additionnel peut mener au syndrome du second impact. C’est-à-dire que lorsqu’un joueur reçoit un coup, il tombe et se relève, mais lorsqu’il en reçoit un autre dans les heures qui suivent ou avant de récupérer, cela peut provoquer un oedème cérébral et donc la mort”, explique ce médecin de sport. 

La règle d’or consiste logiquement à éviter tout choc qui pourrait être fatal. “Une commotion cérébrale se traduit par des signes observables comme le regard vitreux, une personne qui ne réagit pas, la perte d’équilibre et la sensation d’être sur un nuage. Ce sont des signes bien codifiés dans le Scat 5 qui indiquent une suspicion d’une commotion cérébrale”, décrit le Dr Abdelhamid Khadri. Et de préciser que dans le cas de Nordin Amrabat, au vu des signes de désorientation et de sa démarche titubante, il était ”évident qu’il avait une commotion cérébrale”. Si la gravité de celle-ci ne peut être évaluée que par un diagnostic médical, pour ce médecin de sport, la gifle qui lui a été assénée à ce moment-là n’est certainement pas le geste adéquat.

Tout mouvement, notamment celui de bouger la tête et de se mettre debout, comme dans le cas de Amrabat, est tout simplement contre-indiqué. “Sans rentrer dans aucune polémique, j’estime, en mon âme et conscience en tant que formateur de futurs médecins de sport, qu’on ne peut pas et on ne doit pas apprendre à ces derniers un geste, certes, anodin, mais potentiellement dangereux comme celui de donner des claques vigoureuses à une personne obnubilée ou en perte de connaissance”, soutient le Dr Abdelhamid Khadri. Et d’ajouter que “la logique voudrait que la personne reste allongée et non se mette debout”, ajoutant qu’elle doit alors être évacuée rapidement au vestiaire pour ensuite procéder au test du Scat 5. “Même avec une commotion cérébrale bénigne, l’état peut se compliquer. C’est pour cela qu’il faut un suivi médical périodique et un temps minimal de repos d’un mois”, prévient-il. 

Comment alors expliquer le geste du médecin de la sélection nationale, Dr Abderazzak Hifti? Se refusant de porter un jugement sur un confrère, le Dr Khadri estime que “l’erreur est humaine et que entre deux médecins ayant suivi la même formation, la pratique peut différer”.  “Indépendamment des valeurs du médecin, c’est, à mon sens, l’observance d’un protocole qui est en question. Ce protocole universellement admis n’a pas été respecté et le fait de gifler est incontestablement une faute”.

Que Nordin Amrabat se sente bien, aujourd’hui, ne peut être, par ailleurs, un argument valable pour autoriser une reprise d’activité pour le sportif. “Mieux vaut un repos de plus que de perdre un sportif”, martèle Abdelhamid Khadri. Et de préciser que “la remise en jeu” ne se fait pas non plus d’une manière abrupte, mais “graduellement en commençant par des activités légères qui ne réveillent pas les symptômes: maux de tête, vision trouble, vomissements...”.

Prévention oblige, le Dr Khadri brandit les standards reconnus pour mettre en garde contre les conséquences que pourrait avoir le retour sur le terrain de Amrabat sur la vie du footballeur. “Le repos est nécessaire et sa période double lorsqu’il est question d’une deuxième commotion cérébrale”, ajoute l’expert, qui précise ne pas connaître le dossier médical de Amrabat. “Mieux vaut jouer la sécurité!”, recommande-t-il.