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16/01/2019 10h:22 CET | Actualisé 16/01/2019 10h:22 CET

Non, la révolution n’est pas responsable !!!

Dans ce marasme, un certain discours commence à faire entendre sa musique, celui d’une révolution responsable de tous les maux (...) D’où la question cruciale, à mon humble sens, est-ce que la révolution en est vraiment la cause?

FETHI BELAID via Getty Images

“Et vous bénirez les ténèbres comme vous aimeriez bénir la lumière”. Le prophète – Jibran Khalil Jibran

Economiquement, socialement et politiquement, la Tunisie va mal…très mal même.

Les concitoyens ne cessent de déplorer une qualité de vie qui se détériore avec un horizon incertain qui laisse très peu de chance à l’optimisme.

Les institutions nées au lendemain de la révolution dans la joie de la démocratie et la liberté d’expression, et bien qu’elles soient confirmées par les nombreux scrutins qui ont eu lieu après 2011, n’ont pas permis à garder la stabilité économique et sociale du pays vu la crise politique qu’il traverse due essentiellement à la médiocrité de la classe politique dont le leitmotiv est de s’asservir au lieu de servir.

Dans ce marasme, un certain discours commence à faire entendre sa musique, celui d’une révolution responsable de tous les maux. Certains citoyens commencent même à regretter le départ du président déchu tant le quotidien est devenu invivable.

D’où la question cruciale, à mon humble sens, est-ce que la révolution en est vraiment la cause?

Certes la concomitance des faits – la dégradation de la qualité de vie - est un raccourci tentant pour qu’on soit d’emblée dans l’affirmation, mais attention, un tel chemin nous mènera tout droit vers un cul de sac.

De prime abord, j’ose croire que ceux qui pleurent le temps d’avant pour cause d’une conjoncture actuelle moribonde ne versent pas de larmes ni sur la dictature, ni sur son despote. Ils déplorent la gabegie et le laisser aller et donc, au fond, ils regrettent la coercition. Le bâton qui faisait que l’instituteur enseignait ses élèves, que le phosphate quittait la mine pour faire le monde entier, la chaussée qui constituait un bien commun, les rues sures, les prix abordables, etc.

Or dans un pays civilisé et où chaque citoyen se considère comme un modèle, que ce soit de vertu ou de modernisme, la répression (car dans une tyrannie, la coercition n’a pas d’autre synonyme) ne devrait avoir aucune place car, théoriquement, les valeurs de respect, d’honnêteté, de travail que tout chacun prétend en être dépositaire, doit être le socle commun autour duquel nous nous regroupons pour avancer ensemble.

Aujourd’hui, force est de constater que la liberté obtenue le 14 janvier 2011 a été détournée au profit d’intérêts qui dépassent le bien commun, voire dans certains cas en parfaite opposition avec lui. Ce qui parait comme une défense de droits est devenue un empilement de luttes corporatistes sans foi ni loi. Chacun, que ce soit sur une échelle collective, ou même à titre individuel, tire la couverture à soi dans un combat presque à mort. Nos enfants sont pris en otages, notre économie est séquestrée, notre intégrité physique est menacée… une jungle à qui ne manque que la loi du talion. (On peut trouver dans mes propos de l’exagération, mais quand le plus élémentaire des codes - à commencer par celui de la route - est violé chaque seconde, je  me demande, bien au contraire, si je ne pêche pas par un excès d’optimisme).

Nous n’y trompons pas. La dictature n’a pas fait que le pays soit meilleur. Elle a donné l’impression que les choses fonctionnaient car elles fixaient les rangs et obligeait chacun à les suivre. Elle a mâté toute opposition, même la plus légitime, même la plus banale, du coup, elle nous donne l’impression qu’elle a évité les abus. La dictature n’a fait que masquer un état de fait, celui d’une société en perte de valeurs. Nous sommes emportés dans un tourbillon vertigineux aggravé par l’éclatement du noyau familial, la “mercantilisation” de l’école, la soif du gain, etc.

Non, la révolution n’est pas responsable. Elle n’a fait qu’ouvrir la boite de Pandore pour voir une société perdue, divisée, qui se cherche. La perte des valeurs est la cause de tous les maux…Le reste n’est que une question de conjoncture et de temps.

Avant la révolution, il y a eu beaucoup de nos concitoyens qui ont réussi. Ils n’ont pas été ni dévots, ni apparatchiks de l’ancien régime. Ils doivent leur réussite à la seule force de leurs mains et je comprends que l’état actuel du pays puisse les ébranler. Mais au fond, ils savent que la liberté et la démocratie sont la clé d’un pays prospère. Ce n’est pas la pauvre personne que je suis qui le dit, mais le mouvement de l’histoire.

Le tableau n’est pas totalement noir. Nous avons réussi des choses. La constitution 2.0 a été un endroit pour se retrouver. Certes, il y a eu affrontement, il y a eu du sang, mais il y a eu aussi le dialogue (national).

Alors capitalisons sur les acquis et avançons. Ce n’est pas important qu’on soit d’accord sur tout (d’ailleurs, c’est pour cela que la démocrate existe), il faut qu’individuellement, notre conscience soit notre lanterne. Il faut revenir aux “abc” où travail et respect ne sont pas que des mots, mais une réalité qu’on vit à chaque instant, car tant que la devise de chacun reste “après moi le déluge”, notre monnaie continuera sa décente vers les abysses…

Cette conscience doit autre aussi notre boussole dans les isoloirs aussi, car le choix exprimé dans les urnes est aussi crucial que des choix plus personnels comme le travail qu’on veut, la façon d’élever ses enfants, etc.  Le choix de nos gouvernants (car nous ne pouvons faire autrement qu’être gouvernés) conditionne notre présent et le futur de nos enfants. Il ne doit être l’expression de notre intérêt. Pour cela le rendez-vous de 2019 doit être celui du bilan et du renouveau de cette classe politique incapable et incompétente.

Même si le 14 janvier 2011 n’a pas eu lieu, le jasmin était déjà dans son bourgeon. Il allait éclore. Là aussi, ce n’était qu’une question de temps. Alors évitons de pleurer sur un malheur en espérant le retour du bâton. Assumons-nos responsabilités, vivons ensemble, travaillions ensemble, choisissons ensemble. À la fin, chacun de nous réussira…

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