LES BLOGS
21/03/2018 16h:09 CET | Actualisé 21/03/2018 16h:09 CET

"Non au séparatisme islamiste": Un appel dans le vide

"Cet appel n’ajoute rien à ce qui est dit et redit par certains militants de la cause laïque et qui saturent les médias par leur présence et leur visibilité."

Philippe Wojazer / Reuters

SOCIÉTÉ - Il y a “L’appel de 100 élus locaux contre l’abandon des territoires par Macron”, l’appel des 100 pour “favoriser l’irruption citoyenne pour construire l’alternative”, l’appel “pour la piétonisation des voies sur berge” etc. Les appels se comptent à la pelle. Le chiffre 100 est censé symboliser une force magique de pression. C’est un autre appel des 100 qui vient d’être lancé hier sur le journal LeFigaro.

100 intellectuels français issus de tous horizons y ont signé une tribune intitulée: “Non au séparatisme islamiste”, dans laquelle ils dénoncent ce qu’ils appellent “le nouveau totalitarisme islamiste”. La liste des signataires est un fourre-tout: on y trouve l’écrivain, l’ancien médecin, la journaliste, l’éditeur, l’historien etc. LE spectre est large et connu du public par ses prises de positions politiques. Il y a Alain Finkielkraut, Bernard Kouchner, Rémi Brague, Gérard Challiand, Sylvain Tesson, Yann Queffélec, Luc Ferry, Françoise Laborde ou encore Élisabeth Lévy.

Fawzia Zouari, Boualem Sansal, Ibn Warraq et Waleed al-husseini sont les Arabes parmi les signataires. Ces derniers s’inquiètent de la régression de l’universalisme et de l’humanisme au profit d’une poussée islamiste qui tente de “se faire passer pour une victime de l’intolérance”. Il y a donc danger en la demeure, estiment ces signataires. Un “nouveau totalitarisme” qui se manifeste sous la forme d’une ségrégation entre hommes et femmes est à l’œuvre, relèvent-ils encore.

Ils considèrent que l’islam, religion minoritaire, est malmené par une laïcité instrumentalisée et devrait donc avoir toute sa place pour qu’elle cesse d’être humiliée. Cet islam se situe aux antipodes de l’islamisme séparatiste qui “veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues”.

Cet appel ne manque pas d’appeler certaines remarques:

1- Ce que l’on appelle ici intellectuel est une appellation abusive et incontrôlée. Il s’agit d’une banalisation du concept. Certains noms dans la liste ne représentent en rien la culture ou la pensée.

2- Certains concepts comme “apartheid”, “ségrégation” ou “séparatisme” relèvent d’une rhétorique gratuite puisqu’ils sont destinés à frapper les esprits plus qu’à donner à réfléchir.

3- Cet appel n’ajoute rien à ce qui est dit et redit par certains militants de la cause laïque et qui saturent les médias par leur présence et leur visibilité.

4- Nulle échéance, électorale ou autre, ne justifie un tel appel. Reste que cet appel démontre une chose: la République n’a pas encore réglé ses problèmes ni avec l’islam, ni avec l’islam politique, et que le débat est loin d’être clos sur ces sujets. Ce genre d’appel n’est finalement qu’un cri dans le vide.

DU MÊME AUTEUR: Les maux du livre marocain