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14/06/2019 20h:41 CET | Actualisé 14/06/2019 20h:41 CET

Non à un coup d’État institutionnel en Tunisie

Je dénonce ici une triple tentative de coup d’État: institutionnelle, politique et morale.

Un coup d’État est en cours en Tunisie. Le gouvernement sortant vient de déposer un projet d’amendement à la loi électorale qui vise à interdire à certaines catégories de personnes de se présenter aux élections législatives et présidentielles.

Ces personnes interdites d’élection n’ont commis aucune infraction. Elles sont interdites d’élection au seul motif qu’elles possèdent un média ou qu’elles se sont engagées dans des associations de bienfaisance et qu’elles sont en tête de tous les sondages. L’objectif du gouvernement est clair: m’empêcher de concourir au scrutin. 

Je dénonce ici une triple tentative de coup d’État: institutionnelle, politique et morale.

Coup d’État institutionnel d’abord. Le gouvernement sortant veut amender les articles 20bis, 21, 40 et 42bis du code électoral à moins de 40 jours du dépôt des listes législatives et du début de la période électorale officielle. Selon Slim Laghmani, professeur de droit constitutionnel, “empêcher un citoyen de se porter candidat aux élections est une sanction de nature pénale à effet rétroactif. Or, les lois pénales rétroactives sont inconstitutionnelles”.

Lors de la révolution du jasmin, le peuple tunisien s’est fait une promesse à lui-même: ne plus jamais subir l’arbitraire du pouvoir, le fait du prince, c’est pour cela qu’il s’est doté en 2014 d’une constitution.

Aujourd’hui, le gouvernement sortant a bien voulu procéder à des élections, mais à condition de choisir lui-même les candidats! Suivant leur penchant naturel, les islamistes les plus radicaux ont décidé de s’acoquiner avec le parti du gouvernement (Tahya Tounes) en soutenant cet amendement liberticide. Ensemble, ils essaient de priver le peuple tunisien de son droit de choisir librement ses représentants. Ils se font juge à sa place. La définition même de la dictature!

La réalité, c’est que le gouvernement sortant est aux abois. Son bilan social et économique est désastreux. Déconsidéré par le peuple, tombé à 7,1% des intentions de vote dans le dernier sondage Sigma, le chef de ce clan aux abois tente de violer les droits du peuple tunisien.

En effet, je ne suis pas le seul visé par cette loi scélérate. Kaïs Saïed, Olfa Terras et Abir Moussi, sont trois candidats dont je ne partage pas forcément les idées mais qui sont comme moi dans le viseur de ce pouvoir sortant fossoyeur de liberté, effrayé par la révolution des urnes qui risquerait fort de l’emporter. La démocratie, c’est affirmer: “Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”.

Nous censurer, nous qui représentons tous les quatre plus de 60% des intentions de vote, c’est un coup d’État institutionnel et c’est un coup d’État politique. En tant que démocrate conséquent, je défends l’idée que chacun puisse se présenter librement au suffrage des Tunisiens, y compris le chef du gouvernement lui-même, si toutefois il en a le courage. Ce serait d’ailleurs la seule manière pour lui de retrouver sa légitimité perdue.

Par-delà le coup d’État politique d’un homme seul, émerge le coup d’État moral contre les valeurs que nous sommes des millions à porter.

Que me reproche-t-on au juste, si ce n’est d’avoir créé une association pour combattre l’extrême misère qui s’est abattue sur la Tunisie, en particulier depuis l’arrivée du clan au pouvoir? Ce pouvoir semble considérer que toute personne qui aide les plus démunis est un ennemi qu’il convient d’éliminer. Interdire à quelqu’un d’être candidat sous prétexte qu’il vient en aide au plus démunis via une association, c’est comme si en France, on avait interdit à l’abbé Pierre de se présenter aux élections législatives, sous prétexte qu’il avait fondé Emmaüs. 

Le gouvernement et ses alliés veulent choisir des opposants à leur main.

En ces moments difficiles où la démocratie vacille, les tunisiens ont besoin du soutien de tous les démocrates du monde. Je les invite tous à se mobiliser pour déjouer, le risque d’assassinat des acquis de la révolution tunisienne.

Le peuple tunisien a montré qu’il était capable d’abattre une dictature, il ne se laissera plus jamais bâillonner.

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