MAROC
10/11/2019 08h:20 CET | Actualisé 10/11/2019 13h:49 CET

Nomads: "Avec l’électro au Maroc, les mentalités peuvent évoluer"

Les deux jeunes DJs sont en train de percer sur la scène électronique marocaine.

HuffPost Maroc
Les "Nomads" Amine Bennani et Mehdi El Amrani, le 13 octobre 2019 lors du festival Moga à Essaouira.

MUSIQUE - Il y a deux ans, Mehdi El Amrani, 32 ans, juriste la journée et DJ le soir, et Amine Bennani, 24 ans, producteur et DJ à plein temps, ont lancé le duo “Nomads”. Après avoir débuté derrière leurs platines dans plusieurs soirées et clubs de Casablanca, les deux amis font désormais vibrer les amateurs de musique électronique aux quatre coins du Maroc. Mi-octobre, ils étaient à Essaouira pour la troisième édition du festival Moga, où ils ont livré un set planant. Désormais, les deux jeunes artistes viennent de créer leur propre boîte de production et s’apprêtent à lancer leur premier événement auto-produit, le 20 décembre à Casablanca. Genèse du projet, réflexions sur le DJing, partage avec le public... Les deux Casablancais se confient.

HuffPost Maroc: Comment le projet “Nomads” a débuté?

Mehdi: On se connait depuis tout petits. Amine est le meilleur ami de mon petit frère, il venait à la maison tout le temps donc je l’ai vu grandir. J’ai fait mes études à Toulouse, lui à Montpellier. Il y a deux ans, je suis rentré au Maroc et lui aussi. Un jour, Amine m’a dit qu’un de ses amis fêtait son anniversaire, et il m’a proposé de venir mixer avec lui pour cette soirée.

Amine avait déjà lancé son projet techno, alors que moi je faisais plutôt de l’électro down tempo, orientale. Je me suis demandé comment on allait faire pour mixer ensemble. Mais on s’est suivis. On a fait un set de 8 heures pour nos amis et c’était juste magique. Du coup, on s’est dit qu’on allait monter un projet ensemble. On a ensuite obtenu une résidence au V Club, à Casablanca. Ça a commencé comme ça.

Quand êtes-vous tombés dans la musique électronique?

Amine: J’ai commencé quand j’avais 14 balais! Au début, j’écoutais beaucoup de rock, mais j’ai très rapidement voulu apprendre à mixer. Et c’est en apprenant à mixer que je me suis intéressé à la musique électronique. J’ai alors commencé un peu à digger, à chercher plein de genres de musiques.

Mehdi: C’est notamment grâce au DJ Daox, que je connais depuis longtemps et qui à l’époque mixait de la transe, que je suis tombé dans l’électro. On avait 16, 17 ans, et on organisait régulièrement des soirées. Ensuite, il a créé le label Runtomorrow et je l’aidais beaucoup, puis j’ai créé mon projet perso, j’ai commencé à mixer en 2012, 2013.

Nomads, qu’est-ce que c’est? Comment décririez-vous votre style, vos influences?

Mehdi: Ça reflète vraiment notre vie. On joue parfois dans des lieux “high class”, luxueux, mais ça ne change pas ce que nous sommes, on vient comme on est, avec notre matériel, notre glacière, comme des nomades.

Amine: Cet instinct nomade, on le retrouve dans notre musique: on n’a pas d’influences particulières, on peut jouer de la house, de la disco, de la techno, du hip hop... On n’a pas de barrières, on ne se cantonne pas à un genre de musique. Notre culture musicale est très riche, on a plein de palettes différentes.

Qu’est-ce qui fait, selon vous, la qualité d’un DJ?

Mehdi: La première chose, c’est la sélection des sons et le contact avec le public, savoir quoi jouer à quel moment. Tu as beau préparer un set, quand tu vois ton public en face de toi et que ta playlist ne marche pas, tu prends une autre direction, tu fais autre chose.

Amine: La deuxième chose importante, c’est la production. Si tu ne produis pas, que tu ne fais pas de musique, tu ne décolles pas.

Vous avez bien décollé depuis deux ans: on vous voit dans plusieurs festivals et événements à Casablanca, Rabat, Marrakech... Comment gérez-vous ça?

Amine: On ne se met pas trop de pression, on s’amuse! Mais pour Mehdi, c’est un peu plus dur, parce qu’il est juriste à côté.

Mehdi: Quand on joue souvent et que je travaille à côté, ce qui est dur, c’est de prendre le temps de renouveler nos playlists. Je n’aime pas rejouer tout le temps les mêmes morceaux, ça m’ennuie, mais je ne trouve parfois pas le temps de faire de nouvelles playlists. C’est pour ça que je suis content d’être en binôme, Amine est mon back up!

Quel est votre plus grand plaisir derrière vos platines?

Amine: C’est de voir les gens danser, kiffer, être heureux et à fond devant nous, devant notre musique. Ça procure une vibe incroyable, et c’est ça qu’on a envie de ressentir tout le temps. On a des remerciements après nos sets, c’est une satisfaction personnelle énorme. On se dit que tout le travail qu’on fait n’est pas là pour rien.

La scène électro explose au Maroc depuis 5 ans, il y a de plus en plus de festivals, de soirées, d’événements, et de jeunes DJs qui s’y mettent. Qu’est-ce qui manque aujourd’hui à cette scène?

Amine: Plus de musique électronique pour le grand public. Je pense qu’avec l’électro au Maroc, les mentalités peuvent s’ouvrir, évoluer. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est l’impression que j’ai.

Mehdi: Je pense qu’il devrait y avoir plus d’événements gratuits, et qu’il faudrait sensibiliser davantage le grand public. Les gens sont réceptifs, il faudrait que ça se démocratise plus. Il faut plus d’ouverture, sortir des lieux fermés. C’est sûr que les gros DJs internationaux coûtent cher, mais la scène locale existe et si demain on nous appelle pour un projet où l’entrée est gratuite pour sensibiliser les gens, bien sûr qu’on viendra jouer gratuitement! Notre fierté, c’est de se faire booker parce qu’on a aimé notre musique.

N’y a-t-il pas un peu trop de concurrence entre les DJs marocains qui se lancent sur la scène ces dernières années?

Amine: Il y a une concurrence, mais elle est bénéfique pour la scène parce que tout le monde essaie de se surpasser.

Mehdi: Il devrait cependant y avoir plus de communication entre les labels, les artistes, et moins de compétition.