MAGHREB
10/12/2015 07h:41 CET | Actualisé 10/12/2015 08h:29 CET

Prix Nobel de la paix: Abdessatar Ben Moussa, président de la LTDH se dit "inquiet de la dérive sécuritaire" en Tunisie

ASSOCIATED PRESS
Tunisian President Beji Caid Essebsi, left, welcomes Abdessattar Ben Moussa, president of the Tunisian Human Rights League, in Tunis Monday, Nov.9, 2015. The 2015 Nobel Peace Prize went to the Tunisian National Dialogue Quartet who steered Tunisia away from civil war and toward democracy after its 2011 revolution. (AP Photo/Hassene Dridi)

Une des quatre organisations tunisiennes récompensées cette année par le prix Nobel de la paix s'est dite "très inquiète" jeudi de la dérive sécuritaire dans la fragile démocratie tunisienne en réponse à la menace jihadiste.

"On est très inquiets parce que, chaque fois qu'il y a un acte terroriste, plusieurs voix s'élèvent (...) pour dire que s'il y a du terrorisme, il faut mettre les droits de l'homme de côté", a déclaré à l'AFP Abdessatar Ben Moussa, président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH).

Conjointement avec le syndicat UGTT, l'organisation patronale Utica et l'Ordre national des avocats, la LTDH compose le quartet pour le dialogue national tunisien.

Ce groupe d'acteurs de la société civile s'est vu décerner le Nobel de la paix pour avoir contribué à sauver la transition démocratique du pays nord-africain en 2013 en organisant un long et difficile "dialogue national" entre islamistes du parti Ennahda et leurs opposants.

"Le meilleur moyen de combattre le terrorisme, c'est de respecter les droits de l'homme", a ajouté M. Ben Moussa lors d'un entretien accordé juste avant la cérémonie de remise du Nobel à Oslo.

Il a toutefois exclu un retour vers un régime autocratique, comme celui qui avait précédé la révolution déclenchée en décembre 2010, faisant valoir que de nombreux droits et libertés étaient désormais ancrés dans la Constitution adoptée en janvier 2014.

Suite à l'attentat perpétré par le groupe terroriste Etat Islamique contre un bus de la garde présidentielle et ayant entrainé la mort de douze agents, plusieurs voix se sont élevées pour pointer du doigt les multiples dérives sécuritaires.

Des journalistes avaient été agressés par les forces de l'ordre lors de la couverture de l'attentat de Tunis, ce qui a poussé plusieurs composantes de la société civile - dont le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et le Centre de Tunis pour la liberté de la Presse - à mettre en garde contre l'instrumentalisation du terrorisme pour bafouer les droits humains et notamment la liberté de la presse.

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Plusieurs perquisitions "musclées" ont également préoccupé des organisations de la société civile, notamment notamment celles qui s'étaient produites à la Goulette fin novembre.

Amnesty International s'était en ce sens inquiétée d'"un recours abusif aux mesures d'exception".

Si la Tunisie fait généralement figure de modèle au milieu du chaos du printemps arabe, le pays a été la cible de trois attentats majeurs depuis le début de l'année et se trouve aujourd'hui, pour la deuxième fois en l'espace de quelques mois, sous état d'urgence.

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