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16/10/2018 08h:23 CET | Actualisé 16/10/2018 08h:23 CET

Nidaa, un cancer pour le pays

Avec ce parti, la politique est devenue un business, un marché dans lequel la bataille des idées n’a aucune importance devant les puissances de l’argent.

Anadolu Agency via Getty Images

Le 14 octobre dernier, l’Union Patriotique Libre (UPL), le parti de Slim Riahi a annoncé sa fusion avec le parti du président de la République, Nidaa Tounes. Une annonce surprenante, mais surtout ridicule, au vu du climat général dans le pays.

Le 26 octobre 2014 au soir, Nidaa Tounes était annoncé vainqueur des élections législatives. Après une campagne électorale où il a su rassembler les voix “anti-islamistes”, le parti est arrivé premier à l’Assemblée des représentants du peuple. Ce parti portait l’espoir de centaines de milliers de Tunisiens qui voyaient en lui la seule alternative possible à l’obscurantisme islamiste. Les “utilons et utilettes” pensaient trouver dans Nidaa Tounes la maison des progressistes en Tunisie, le contrepoids d’Ennahdha, l’assurance de retrouver la stabilité et la prospérité économique. Mais rapidement, tous leurs espoirs sont tombés à l’eau. Le parti décide de s’allier à Ennahdha trahissant ainsi toutes ses promesses électorales. Plus tard, la première scission intervient avec la sortie de Mohsen Marzouk qui s’en va créer Machrou3 Tounes, qui sera suivi dans la foulée par plusieurs cadres du Nidaa, chacun suivant son propre chemin. 

Aujourd’hui, un an avant les élections, le parti tente de se reconstituer. Plusieurs cadres sont revenus, d’autres gravitent autour hésitant encore, mais le bras de fer entre Hafedh Caïd Essebsi et Youssef Chahed représente un obstacle majeur à cette réunion. Si les médias veulent nous faire croire qu’il s’agit d’un combat entre “les corrompus” de Nidaa et ses “patriotes”, il n’en est rien: Nidaa Tounes est un ramassis de prétendus corrompus et d’opportunistes à qui on ne peut faire confiance.

Ce parti a été construit autour d’une personnalité, celle du président. Aucun programme: ni politique, ni économique, ni social. Depuis 2014, tous les débats auxquels on a assiste ont été des débats autour des personnalités de Nidaa, aucune question de fond: chômage, pauvreté, inflation, déficit commercial, etc...

Tous ces éléments ne sont que des détails face aux intérêts particuliers des dirigeants de Nidaa. Pire que cela, on assiste aujourd’hui à une confusion entre l’État et le parti qui nous rappelle les meilleures années Ben Ali: le président de la République a convoqué plusieurs fois les députés et membres de son parti afin de discuter de la crise interne de Nidaa Tounes, le chef du gouvernement a de son coté utilisé la télévision nationale publique afin de régler ses comptes avec le fils du président. Avons-nous oublié la démission du directeur de la sûreté nationale Abderrahmane Bel Hadj Ali qui n’en pouvait plus “de l’ingérence des partis politiques”? Ou encore la déclaration de Chafik Sarsar qui accusait les partis de faire pression sur l’organisation des élections municipales défiant ainsi “les principes de la démocratie”? Plusieurs exemples de la sorte pourraient être cités, à l’instar de la pseudo lutte contre la corruption menée par Youssef Chahed en mai 2017, qui n’était en fait qu’un règlement de compte entre clans de Nidaa Tounes. Le fait est que ce parti est un véritable danger pour la démocratie et les institutions de l’État.

Venons-en au fond maintenant: Quel bilan après 4 ans de Nidaa Tounes au pouvoir? Une inflation à plus de 7% par an, un dinar qui est passé de 2,1 euros en 2014 à 3,3 en 2018, un taux de chômage qui dépasse les 15%, une dette publique à plus de 70% du PIB, une croissance molle qui peine à atteindre des 2.5%, aucune réforme structurelle de l’économie, un service public qui se détériore d’année en année, une corruption présente à toutes les échelles de l’État, des déficits commerciaux et budgétaires qui se creusent d’année en année, et la liste est encore longue. Aucun indicateur économique ne s’est amélioré depuis l’arrivée de Nidaa au pouvoir! Le parti reproduit les mêmes politiques menées depuis 20 ans en moins bien, le pays est toujours sous la tutelle des institutions étrangères et la nation perd de sa souveraineté jour après jour. Politiquement, cette période était censée voir la naissance d’une cour constitutionnelle, mais bien sûr, Nidaa a tout fait pour mettre le bâton dans les roues. Nidaa a aussi été à l’origine de la réhabilitation des corrompus par le biais de la loi de réconciliation et plusieurs têtes de l’ancien régime ont pu refaire surface, la plus emblématique étant Borhene Bsaies dont le culot ne saurait trouver d’égal! 

Mais en plus de la question purement matérielle et quantitative, Nidaa Tounes a réussi ce que personne d’autre avant lui n’a pu faire: dégoûter les Tunisiens de la politique. Ce parti s’était présenté comme porteur d’espoir, les Tunisiens lui ont fait confiance. Il a trahi et déçu. Aujourd’hui, la scène politique tunisienne est principalement composée de Nidaa et Ennahdha, deux partis désavoués, détestés par les électeurs tunisiens. À cause de leur incompétence, les Tunisiens ont abandonné la politique. Comment en vouloir au peuple lorsque l’on voit toutes ces déclarations ridicules et ces retournements de vestes des dirigeants? Comment convaincre le citoyen du devoir de s’intéresser à la politique lorsqu’il voit Slim Riahi, qui hier encore insultait Nidaa, rejoindre ce parti? Comment convaincre l’électeur d’aller voter lorsque l’alternative qu’on lui a présentée en 2014 s’est alliée à son ennemi? Nidaa Tounes, durant ces 4 années a tué le peu d’intérêt qu’avaient encore les Tunisiens pour la politique, et ça, c’est le pire des crimes qu’un parti politique puisse commettre. Avec ce parti, la politique est devenue un business, un marché dans lequel la bataille des idées n’a aucune importance devant les puissances de l’argent.

Pour résumer, Nidaa est un cancer pour le pays. Pendant ces 4 ans, tous les indicateurs économiques ont reculé, la démocratie a été mise en danger et la population a été définitivement dégoûtée de la politique. Nidaa Tounes n’a apporté au pays ni stabilité, ni prospérité, au contraire, le pays est dans une situation pire que celle dans laquelle il était en 2014. La tension sociale est à son comble et le futur est plus que flou. Si le processus de transition démocratique échoue, Nidaa en sera le premier responsable. En 2019, il faudra battre ce parti, ou c’est ce parti qui abattra le pays.

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