TUNISIE
15/04/2019 17h:44 CET | Actualisé 15/04/2019 17h:46 CET

Nidaa Tounes se saborde: Le congrès accouche de deux clans et de sérieuses divisions

Alors qu’il croyait mettre fin à une série de tensions avec la tenue de son 1er congrès électoral, le parti s’enlise davantage dans une nouvelle crise.

Anadolu Agency via Getty Images

À Nidaa Tounes, la confusion règne. Le parti qui n’a pas arrêté de faire parler de lui au cours de ces derniers jours, se trouve face à un destin bien incertain. 

Un nouvel épisode s’ajoute à la série d’implosions internes du parti qui risque même de l’anéantir à quelques mois d’échéances électorales décisives.

L’agonie d’un rêve?

Sous le slogan “Réforme et engagement”, Nidaa Tounes espère, avec la tenue de son 1er congrès électoral, rebattre les cartes et donner un nouvel élan au parti, terni. 

Tourner la page et resserrer les rangs étaient les maîtres-mots des organisateurs du congrès, tant attendu. Un message qui a été d’ailleurs souligné par Béji Caïd Essebsi, président d’honneur du parti lors de son discours inaugural qui a livré la nécessité de rassembler les nidaiistes et de s’ouvrir sur les partis modérés et centristes dont Tahya Tounes, Machrou Tounes et El Badil. Mais rien ne semble s’arranger.

Pire, le congrès électoral a débouché sur une énième division: le parti a désormais deux présidents à savoir Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président, et Sofiane Toubel, le président du bloc parlementaire.

Tous les deux se sont fait élire président du parti, chacun par une frange dudit comité centrale. Une situation assez inédite qui remet en relief la faiblesse d’un parti en déclin. Mais comment le parti en est-il arrivé là?

Une guerre des clans?

Nidaa Tounes qui a tenu son congrès il y a une semaine à Monastir n’est pas parvenu à trancher les questions relatives à l’installation du comité central et du bureau politique.

“Le parti devra donc élire le samedi 13 avril 2019 le président de son comité central et ses deux adjoints à Hammamet”, annonce la présidente du congrès Samira Belkadhi.

Mais, dans un coups de théâtre, les membres du bureau du congrès de Nidaa Tounès ont annoncé jeudi l’annulation des résultats proclamés suite à l’élection du bureau politique du parti.

Ce clan du parti, attribué à son directeur exécutif Hafedh Caïd Essebsi, a révélé, lors d’une conférence de presse, des “défaillances” en appelant, lui aussi, à la tenue samedi 13 avril à Monastir de l’élection du président du comité central de Nidaa Tounes. 

Sous la pression, deux réunions ont donc eu lieu:  une a été organisée à Hammamet et l’autre à Monastir.

Un parti balloté entre Hafedh Caïd Essebsi et Sofiene Toubel

La réunion de Hammamet a réuni, samedi 13 avril, 118 membres sur les 217 élus que compte le comité central. Elle est donc légale, selon les présents, puisque le quorum a été atteint. De plus, la réunion a été présidée par Samira Belkadhi, la présidente élue du congrès.

“C’est une réunion “légale” qui est chapeautée par la présidente du congrès élue par 1800 congressistes”, s’était défendue Belkadhi, en allusion à la réunion qui se tient en parallèle à Monastir.

Refusant de commenter la décision des membres du bureau du congrès d’en annuler les résultats, elle a affirmé à l’agence TAP qu’en sa qualité de présidente du congrès, neutre et indépendante, elle refuse de commenter des déclarations politiques. 

Fraichement élu à Hammamet, le nouveau président du bureau politique, Adel Jarbouii, a déclaré à la TAP que la répartition des tâches s’est déroulée dans la transparence. 

La nouvelle structure du parti à savoir Sofiane Toubel, président du comité central, Abdelaziz Kotti, secrétaire général et Adel Jarbouii, président du bureau politique, a-t-il dit, est un message aux nidaistes et à tous les Tunisiens selon lequel le parti a retrouvé son équilibre. Il a appelé tous les nidaiistes y compris ceux réunis à Monastir et ceux qui ont rejoint d’autres partis à revenir à Nidaa Tounes et à renforcer les rangs de la famille modérée.

De l’autre côté, la réunion de Monsatir n’a réuni que 87 inscrits du comité central, une minorité de congressistes, bien que Hafedh Caïd Essebsi ait déclaré que c’est une réunion légale.

Un parti à deux têtes 

La réunion de Hammamet a élu Soufiane Toubal comme président du comité central de Nidaa Tounes avec 115 voix, alors que celle de Monastir a élu Hafedh Caïd Essebsi comme président du même comité avec 83 voix.

Un membre de Nidaa Tounes, Ons Hattab, a qualifié d’ “illégal” le congrès de Monastir qui a élu Hafedh Caïd Essebsi à la tête du parti. 

Hafedh Caïd Essebsi a rejeté ces accusations et s’est dit surpris par le comportement de certains dirigeants du parti qui ont organisé un congrès parallèle, dont les effets pourraient selon lui être néfastes.

“J’espère que l’autre clan, réuni à Hammamet réfléchira bien et nous examinerons à l’avenir l’éventualité qu’il rejoigne Nidaa Tounes”, a déclaré à chaud Hafedh Caid Essebsi, peu après la proclamation des résultats à Monastir.

Des accusations à la pelle

Intervenant sur les ondes de Shems Fm, Sofiene Toubel a estimé que le dossier de candidature du clan de Hafedh Caïd Essebsi n’est pas légal. Il a fait savoir que conformément au souhait du président de la République de rassembler les nidaiistes et les partis centristes, son parti fait de son mieux pour unifier les rangs et créer un front pour les prochaines élections.

Il a d’autre part dévoilé qu’il mène actuellement des pourparlers sérieux avec Machrou Tounes et le mouvement “Tahya Tounes” pour les convaincre à rejoindre le parti.

 La légitimité remise en question 

À la première heure, lundi, le clan de Toubel s’est précipité pour déposer son dossier juridique à la présidence du gouvernement pour valider sa liste élue, conformément aux règles.

“Mais c’est une question de légitimité et non d’être le premier à déposer son dossier”, réagit Mongi Harbaoui sur les ondes de Shems Fm en affirmant que le clan de Caïd Essebsi a déposer lui aussi son dossier juridique auprès du gouvernement.

 

Un château de cartes qui s’écroule?

Selma Elloumi Rekik qui a brillé par son absence lors du congrès a précisé dans un post publié, dimanche, sur sa page Facebook qu’elle refuse de prendre part ”à la division et la dispersion de Nidaa Tounes”. 

“J’appelle tout le monde à la rationalité et à faire prévaloir l’intérêt général du pays surtout que le pays est face à des élections législative et présidentielle décisives” martèle-t-elle dans l’espoir d’apaiser les tensions.    

Quant à Fawzi Elloumi qui n’aurait pas accepté les résultats annonçant l’élection de Abdelaziz Kotti, secrétaire général du parti et Adel Jarbouii, président du bureau politique aurait quitté la réunion de Hammamet, rapporte la TAP. 

De son côté, Néji Jalloul, à peine élu, a quitté le 10 avril le bureau politique en tirant son épingle de jeu. D’après certains bruits de couloirs, il a l’intention de quitter, carrément, le parti.

Fatma Mseddi a déjà franchi le cap et a décidé de démissionner. Une démission définitive, selon ses dires. “Etant donné la médiocrité et l’absence de démocratie constatés lors du congrès du parti” explique-t-elle dans un post publié vendredi sur sa page Facebook. 

À ce rythme, le parti fondé par le président Beji Caïd Essebsi n’aura pas le potentiel nécessaire pour faire face à son rival de taille, Ennahdha, et arriver sur le podium lors des prochaines élections...

Béji Caid Essebsi entre en piste?

Dans une déclaration accordée à la radio Shems FM, Mongi Harbaoui a affirmé que le président de la République et président d’honneur de Nidaa Tounes Béji Caid Essebsi a adressé “une liste supplémentaire qu’il a proposé” pour rejoindre le comité politique du parti. 

Cette liste se compose de Lazhar Karoui Chebbi, Aissa Hidoussi, Majdouline Cherni, Houda Naguedh, Hachemi Ouahchi, Ali Hafsi, Moez Belkhouja, Noureddine Ben Ticha, Sameh Dammek, Fatma Mseddi et Imed Hidri.

Cette déclaration venant du clan de Hafedh Caid Essebsi semble donner de l’épaisseur à l’appui implicite du président de la République au clan de son fils, bien que jusqu’à ce moment, aucune déclaration officielle de sa part n’a confirmé ou infirmée l’existence d’une telle liste.

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