LES BLOGS
06/09/2018 12h:49 CET | Actualisé 06/09/2018 12h:49 CET

Nidaa Tounes ou le dilemme du porc-épic

Apparemment, il n’est plus possible pour Nidaa Tounes de survivre politiquement dans cette jungle sans accepter de souffrir.

FETHI BELAID via Getty Images

“Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’écarter les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de sorte qu’ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux maux jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable. Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur vie intérieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses manières d’être antipathiques et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance! Par ce moyen le besoin de se réchauffer n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui possède assez de chaleur intérieure propre préfère rester en dehors de la société pour ne pas éprouver de désagréments, ni en causer.”

De la même manière, la nécessité d’avoir des relations politiques, qui est intrinsèque à l’être humain, les pousse vers les uns et les autres. Mais les défauts et les incompréhensions les éloignent à nouveau, ce qui les pousse aussi à faire des allers-retours, coincés dans une sorte de limbe. La parabole des porcs-épics extraits des “Parerga et Paralipomena” d’Arthur Schopenhauer rappelle assez bien la vie politique de la Tunisie.

D’Ennahdha, qui est passé d’ “axe du mal” à lui tout seul lors des dernières élections pour devenir un “allié” de Nidaa, pour aujourd’hui redevenir un “porc-épic” aux piquants quasiment empoisonnés. De Mohsen Marzouk, l’ancien porc-épic apprivoisé du président qui, aujourd’hui en cette époque politique glaciale — mais surtout à l’approche des élections —, va tenter d’aller se réchauffer en réchauffant lui-même Hafedh Caïd Essebsi qui était en passe de mourir de froid.

Trouver la bonne distance en politique est certes très difficile, et la stratégie d’alliance est un des arts premiers dans cette faune sauvage. Mais apparemment, il n’est plus possible pour Nidaa Tounes de survivre politiquement dans cette jungle sans accepter de souffrir. Certes, on ne peut mener un parti politique sans avoir d’ennemis, mais on ne peut pas non plus faire de la politique sans “amis”.

Le porc-épic Nidaa Tounes va devoir, pour se réchauffer avec El Machrou, souffrir de ses piquants… et réciproquement.

Ce que Schopenhauer ne dit pas, c’est: Est-ce que les parents porcs-épics souffrent de la proximité de leurs enfants?

 

Le nom de l’auteur a été modifié à sa demande

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.