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15/04/2019 14h:22 CET | Actualisé 15/04/2019 14h:22 CET

Nidaa tounes: Diviser pour régner

La crise actuelle de Nidaa lors de son Ier congrès se situe donc bel et bien dans l’ordre normal des choses...

Anadolu Agency via Getty Images

Le parti Nida Tounes a une nouvelle fois mis en exergue les dissensions qui n’ont cessé de le miner depuis sa création, et dont après de multiples scissions, il n’arrive toujours pas à se dépêtrer.

C’est ce que vient de démontrer de manière éclatante le dernier congrès du mouvement, à l’issue duquel deux présidents du comité central ont été élus.

Il faut se rappeler à cet effet que ce mouvement avait été la traduction politique de l’injonction délivrée au parti Ennahdha alors au pouvoir, par Beji Caid Essebsi, de se conformer à ses engagements antérieurs, de respecter le délai d’une année, en vue de l’élaboration de la nouvelle Constitution, au terme de laquelle les élections législative et présidentielle auraient été tenues dans le pays.

Mais très vite ce mouvement était apparu pour ce qu’il était vraiment, celui d’un regroupement de notables désireux de sauvegarder leurs intérêts dans la nouvelle conjoncture politique issue du 14 Janvier 2011. Il avait mis l’accent sur deux objectifs principaux: l’abandon du pouvoir par Ennahdha, qui, après ses échecs multiples sans précédents dans l’histoire du pays, sur les plans politique, économique, sécuritaire, administratif, ne demandait qu’à le faire, et cela n’avait pas été très difficile à obtenir, probablement moyennant certaines contreparties inavouables; et la réconciliation nationale, traduite pour certains en impunité, et menacée aux yeux de certains autres, autant par la justice transitionnelle, que par les ambitions personnelles de Sihem Ben Sedrine.

Avec l’élection de Beji Caid Essebsi à la présidence de la République, et le vote de la loi de réconciliation nationale, par l’Assemblée des Représentants du Peuple, on peut sans risque de se tromper dire que Nidaa a rempli la mission historique qui lui avait été impartie par son fondateur et ses bailleurs de fonds.

Fait notable, ce mouvement politique n’avait pas eu besoin d’un congrès constitutif du parti pour atteindre ses objectifs et s’en était tenu à des déclarations d’intention, et à une structure rudimentaire, associant un comité constitutif à un autre, exécutif. On peut même penser qu’il n’a jamais eu l’intention de se constituer en parti politique, et plus encore, qu’il ne l’a jamais désiré, probablement parce que cela a permis à deux reprises au Président de la République de nommer au poste de Chef du gouvernement les personnes qui lui seyaient personnellement sans en référer à une quelconque organisation partisane.

En effet dans les démocraties parlementaires, c’est le parti vainqueur des élections qui désigne le candidat, chargé de constituer la majorité parlementaire par le président de la République. Or ce n’est pas du tout ainsi que les choses se sont passées en 2014, puis en 2016, et bien évidemment, l’absence de Cour Constitutionnelle n’a pas peu contribué à perpétuer cet état des choses.

La crise actuelle de Nidaa lors de son Ier congrès se situe donc bel et bien dans l’ordre normal des choses, et tout comme les première scissions au sein du bloc parlementaire, en Machroû Tounes, puis en Tahya Tounes, transformés en partis politiques d’un coup de baguette magique, il ne pouvait pas en être autrement. 

On s’est donc retrouvé avec un Comité Central qui s’est choisi comme Président à Hammamet Soufiène Toubal, et le même Comité qui à Monastir a désigné pour le même poste le fils du Président. Mais pour s’être focalisés durant tout ce temps sur la personne de Hafedh Caid Essebsi, on en a oublié l’essentiel, à savoir que c’est Youssef Chahed, qui doit assumer seul, la responsabilité d’une alliance politique honteuse, avec le parti islamiste, dont il n’a véritablement pas été l’initiateur, tout en faisant face à la tempête sociale, et que, quoiqu’en disent les augures, son avenir politique risque de s’en trouver fortement compromis.

Fallait-il dans ces conditions essayer de lui faire aussi porter une part de responsabilité dans la dislocation de Nidaa en le soumettant à un choix cornélien, celui de sa réintégration? Tout compte fait les problèmes de Nidaa ne sont nés que d’une seule ambition, celle de contrôler pendant un quinquennat la présidence et l’appareil de l’État, en trahissant des engagements électoraux antérieurs, et par voie de conséquences d’empêcher l’émergence d’un parti fort susceptible de gouverner selon les normes de la démocratie parlementaire.

Tous ces combats de chefs sont bien sûr et d’abord l’affaire des Nidaaistes. Mais prétendre que le pays n’en subirait pas les conséquences serait faux. Que durant tout un quinquennat le parlement ait fonctionné en l’absence de Cour Constitutionnelle, n’en est certes pas la moindre.

Et rien ne garantit désormais, après les prochaines élections, que le parlement cessera de fonctionner...anticonstitutionnellement.

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