MAGHREB
23/10/2014 13h:25 CET | Actualisé 23/10/2014 14h:41 CET

Tunisie - Béji Caïd Essebsi face à Ennahdha: entre rupture et réconciliation

Facebook/Beji Caïd Essebsi
Meeting d'Essebi

Depuis la naissance du mouvement Nida Tounes en juin 2012, son leader, Beji Caïd Essebsi, n'a cessé d'attaquer le gouvernement de la Troïka et Ennahdha, son principal adversaire politique, non sans afficher une volonté de dialogue. Quelques jours avant les législatives, retour sur un exercice d'équilibriste entre ruptures et réconciliations.

Contre la Troïka

Dans son discours annonçant la création de Nida Tounes en 2012, Beji Caïd Essebsi pointait du doigt, d'emblée, les principaux adversaires du parti: le gouvernement de la Troïka (coalition au pouvoir regroupant Ennahdha, Ettakatol et le CPR) et l'extrémisme religieux.

A l'époque, le pays était en proie à de fortes tensions liées à des manipulations idéologiques sur "l'atteinte au sacré". Une exposition d'art au palais El Abdellia, jugée blasphématoire, avait provoqué des violences dans plusieurs régions du pays.

"Ceux qui nous gouvernent sont des amis (...) mais quand les trois grands du pays se réunissent (...) et insistent sur le fait qu'il y a eu atteinte au sacré, moi j'ai peur et je me demande si on vit dans la réalité ou dans la fiction".

"Que Dieu lui pardonne"

En 2012, Caïd Essebsi insistait beaucoup sur le fait qu'Ennahdha, parti d'idéologie islamiste, n'avait pas le monopole de l'islam. C'est ainsi qu'il n'hésite pas à puiser son argumentation dans la religion musulmane. En janvier 2012, il répondait par exemple à une attaque du ministre de l'Enseignement supérieur de l'époque, en disant:

"Que Dieu lui pardonne. Mais puisque sa référence est l'islam, il connait surement ce verset..." avant de réciter un extrait du Coran.

Clash en direct

Ces attaques lancées par médias interposés n'empêchent pas la confrontations directe. Même si Béji Caïd Essebsi ne se soumet que très rarement à des débats avec ses adversaires, il a participé en décembre 2012 à une émission où était présent Walid Bennani, député Ennahdha originaire de Kasserine. Une altercation avait alors eu lieu entre les deux hommes:

"Vous ne pouvez pas aller à Kasserine, je le sais, on vous a passé à tabac", avait-il lancé au député.

Le temps du dialogue

Après l'assassinat de Mohamed Brahmi le 25 juillet 2013, Nida Tounes se positionne encore contre le gouvernement de la Troïka, et renforce son leadership au sein du Front du Salut National (Union entre plusieurs partis de l'opposition).

Face à une crise politique qui perdure et alors que chacun campe sur ses positions, Béji Caïd Essebsi entamera une période plus conciliatrice, en interpellant le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi sur Nessma TV.

"Je conseille au parti Ennahdha, s'il veut bien accepter mes conseils, de changer de discours. C'est Cheikh Rached (Ghannouchi) qui décide (de la politique du gouvernement). Et moi je lui lance un appel (...) si vous voulez entamer le débat, nous sommes ouverts à cela".

Après la répression des Frères musulmans égyptiens par le général Al Sissi, la méfiance des dirigeants d'Ennahdha envers ses opposants s'est accentuée. Mais le président de Nida Tounes n'a cessé de les rassurer, au risque de se mettre à dos une partie de ses militants.

"Ennahdha est une composante indissociable du paysage politique. C'est un parti qui a le droit de participer à la vie politique (...) Nous n'exclurons personne", a-t-il déclaré sur Wataniya 1, en février 2014.

A un mois de la présidentielle, le discours de Béji Caïd Essebsi parait donc plus équilibré, même s'il est resté évasif quant à une éventuelle coalition avec Ennahdha.

"Nous irons dans le cadre de la constitution consensuelle" a affirmé Essebsi sur la Watanya 1. "Il doit y avoir des compromis. On doit gouverner dans le consensus mais il n'est pas encore temps de parler d'une coalition avec Ennahdha", a-t-il indiqué au début du mois d'octobre.

Le parti islamiste avait quant à lui clairement exprimé sa volonté de gouverner par le consensus, même avec d'anciens collaborateurs du régime de Ben Ali.

Comme un écho à l'appel qui lui avait été adressé en août 2013, Rached Ghannouchi a interpellé à son tour le leader de Nida Tounes, l'appelant à ne pas "diviser la société tunisienne".

Opposer "les islamistes aux laïcs, les musulmans aux mécréants, les modernistes aux rétrogrades", c'est vouloir cacher "les vrais problèmes", a-t-il déclaré dans un entretien mercredi à l'AFP.

Pour les législatives 2014, le mode de scrutin a pour particularité de favoriser une plus grande diversité dans la composition du Parlement et limite considérablement la possibilité pour un parti donné d'obtenir une majorité absolue des sièges. Des alliances seraient donc nécessaires pour pouvoir gouverner.

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