MAGHREB
29/10/2014 17h:15 CET | Actualisé 08/11/2014 13h:38 CET

Tunisie: Le parti Nida Tounes vu par les médias français

Facebook/ Nida Tounes
Conférence de presse du 26 octobre

Bourguibiste ou RDC, affairiste ou syndicaliste, progressiste ou ultra-sécuritaire? Définir brièvement le parti Nida Tounes, créé autour de la personnalité de Béji Caïd Essebsi, devient un vrai casse-tête pour les journalistes. C'est à cet exercice périlleux que sont confrontés les médias français, particulièrement depuis que le parti a été donné vainqueur aux législatives.

Confusions sémantiques

A partir de résultats préliminaires du scrutin du 26 octobre, des médias français ont commencé à disserter sur ce "séisme" où "pour la première fois dans l’histoire de l’islam politique, les islamistes sont battus démocratiquement, par les urnes", comme l'indiquait l'universitaire Hamadi Redissi au journal Libération.

Le 27 octobre, un article de Marianne clamait la victoire des "laïcs" sur les "islamistes". Ce genre d'opposition a agacé internautes et journalistes qui déploraient une analyse caricaturale et biaisée de la situation politique du pays par certains médias français.

Les journalistes français ont usé de plusieurs termes afin de qualifier le parti gagnant: parti "anti-islamiste" pour l'AFP, formation appartenant au "camp laïc" pour Libération. Sauf que ces définitions sont toujours incomplètes et le parti déroute par son aspect "hétéroclite".

C'est ainsi que France 24 s'interroge: Comment le qualifier? Qui est vraiment Nida Tounes?

"S’il ne fait aucun doute qu’Ennahdha est un parti islamiste, peut-on réellement qualifier son adversaire Nida Tounes de "laïque" ? Si le terme semble incongru aux yeux de nombreux tunisiens, c’est d’abord parce qu’il renvoie à une notion davantage liée à l’histoire de France et à son rapport avec le christianisme".

L'article tente une réponse:

"Et si Nida Tounes, chantre d’un "État moderne et de progrès", était tout simplement un parti libéral?"

La fin des certitudes

Thibaut Cavaillès, envoyé spécial de France Inter en Tunisie, est conscient du fait que le terme "laïc" est sémantiquement inapproprié.

Il cite Albert Camus sur son compte Twitter, pour illustrer l'avis prudent qu'il a livré sur les ondes de France Inter:

Dans son intervention, il explique au journaliste Nicolas Demorand que la laïcité en Tunisie "est plus ou moins synonyme d'islamophobie".

"Les gens pensent tout de suite à l'interdiction du voile en France. Au parti Nida Tounes, on préfère le terme 'séculier' à l'anglo-saxonne, c'est à dire comme au Etats-Unis où l'Etat ne s'immisce pas dans le religieux mais clame 'In God we trust'".

Cavaillès indique en ce sens que "la Constitution tunisienne commence par "Au nom de Dieu, clément et miséricordieux et que le premier de ses chapitres proclame l'Islam comme religion du pays".

"Avec ça, on est bien avancés. Il va bien falloir trouver un terme", lance alors Demorand, "Est-ce qu'on peut dire que ce sont des démocrates?". Cavaillès réplique: "Ben, ce ne serait pas très précis".

Le nouveau terme en vogue pour définir Nida Tounes est "anti-islamiste". Mais là encore, cela pourrait poser problème, dans le cas d'une éventuelle alliance entre Nida Tounes et Ennahdha.

"Allez expliquer aux auditeurs français que les anti-islamistes de Nida Tounes se sont alliés aux islamistes d'Ennahdha, ça va être un peu compliqué", indique Thibaut Cavaillès.

Ainsi, il propose momentanément à ses auditeurs la traduction du terme arabe "Al madaniine", "les civilistes", pour qualifier Nida Tounes, jusqu'à ce que sa position idéologique face à Ennahdha s'éclaircisse.

Nida Tounes pourrait, en effet, dans les prochaines semaines et en fonction des résultats officiels, s'allier à Ennahdha afin d'obtenir une majorité à l'assemblée.

LIRE AUSSI:Portrait de Béji Caïd Essebsi, leader de Nida Tounes, donné vainqueur aux législatives

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