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15/01/2019 15h:21 CET | Actualisé 15/01/2019 15h:36 CET

Néo-panarabisme au pays de Bourguiba

Qui est donc l’ennemi du progrès ? Où est ce qu’il trouve ses racines? Mon humble avis, fait qu’il se trouve d’abord dans le néo-nationalisme arabe que prône Ennahdha, mais pas que.

Nicolas Fauqué/Corbis via Getty Images

Le calendrier électoral fait bien les choses, et en Tunisie, on perçoit déjà l’arrivée des échéances de par l’agitation des acteurs politiques. Alors nous, blogueurs, artistes, étudiants, journalistes, nous nous devons de formuler clairement notre requête a nos représentants: Plus le moindre compromis avec l’extrémisme politique, qu’il soit modéré ou radicale. Ceci est un appel à nos politiques, de la droite jusqu’a la gauche: Les alliances contre-natures, nous n’en voulons plus.

La Tunisie, serait facile a peindre, si on allie régionalisme et conservatisme mais on ne peut se permettre ce raccourci: Si la capitale fleurit par sa société civile et sa jeunesse, c’est aussi le cas des zones excentrés. Et oui, le traditionalisme existe aussi dans la capitale. La dernière mesure municipale l’atteste. De par l’arabisation des enseignes de Tunis, on ne peut affirmer que la capitale est l’unique vivier du progressisme.

Qui est donc l’ennemi du progrès ? Où est ce qu’il trouve ses racines? Mon humble avis, fait qu’il se trouve d’abord dans le néo-nationalisme arabe que prône Ennahdha, mais pas que. Ce fut, pendant une période, un des axes du Front Populaire de Hamma Hammami.


Les nationalismes et leurs limites


Nous sommes tous d’accord pour dire que la Tunisie est un pays arabe, et la constitution nous accompagne vers cette vérité. Néanmoins, ce n’est pas uniquement l’arabisation qui fait notre culture, et cela se reflète dans plusieurs domaines comme l’architecture ou la langue.

La Francophonie hérité de la période coloniale, l’influence Italienne de proximité, la culture Carthago-Romaine antique, les différentes origines berbères et Amazighs et enfin, linguistiquement, notre dialecte Tunisien qui se distingue par le multiculturalisme et surtout par son omniprésence dans l’espace public.
Les politiciens, les journalistes, les animateurs et les artistes ne s’expriment presque plus en arabe littéraire.

C’est aussi le cas de la population. Mais alors que gardons-nous des codes de la culture arabe, si ce n’est, l’alphabet et la religion majoritaire?

Tous ces arguments montrent qu’il existe des limites au nationalisme arabe, qu’il n’a pas (ou n’a plus) la légitimité populaire qu’il pourrait avoir dans des pays ethnocentrés, reste alors aux adeptes du panarabisme de rediriger leurs arguments sur deux choses: soit l’Islam pour Ennahdha, soit “l’anti-impérialisme” du Front Populaire.

Si l’Islamisme est un danger pour la République et la démocratie, l’anti-impérialisme couvre en réalité un isolationnisme économique qui pourrait réduire notre économie en cendres. Depuis la crise mondial de 2008, tout le monde tombe d’accord (même le FMI) sur la nécessité d’une intervention de l’État pour réguler le marché; Néanmoins, il ne faut pas confondre intervention et dictature économique de l’État.

Si le marché doit être régulé quand il le faut, il doit aussi conserver une part de liberté pour relancer la croissance Tunisienne.

Comment pouvons nous refuser les accords de libre-échanges, les aides internationales et les IDE quand nous faisons face depuis la révolution à un déficit record?

Certes, Il nous faut un réel système d’imposition juste et équitable avec un contrôle rigoureux du patrimoine de la classe aisée pour financer un service public efficace comme le propose l’extrême- gauche Tunisienne (mais pas que! c’est aussi proposé par Al Badil ou Afek), mais cela ne doit pas se faire au détriment de la relance du privé.

Voila donc, les limites d’un isolationnisme et d’un nationalisme économique, ce qui est proposé par un des extrêmes. Intéressons nous, à ce que propose Ennahda.

L’isolationnisme religieux: un danger pour la république

Le réel souci de l’isolationnisme religieux, proposé par les Islamistes radicaux ou modérées, est idéologique.

Il part d’un principe anti-constitutionnel car il repose sur une autre source juridique, l’Islam, pour définir une ou des politiques publiques.

En réalité, le parti Islamiste tunisien se présente comme un Parti Musulman Démocrate, inspiré par les centristes catholiques d’Allemagne ou de France. Néanmoins, l’influence des Frères Musulmans et les financements étrangers restent présents dans leur fonctionnement politique.

De plus, nous avons vu des méthodes de campagne, pendant les dernières élections (ponctuelles ou généralisées, cela reste a déterminer), qui renvoie a un traditionnalisme dangereux: des Imams qui appellent les croyants à voter pour Ennahda, des militants du parti qui insistent sur la nécessité de voter pour les Islamiste si on veut être récompensé dans l’au-delà...

Ainsi, si la communication globale du parti renvoie a une forme de démocratisation progressif, ses techniques de campagne et ses relations supranationales laissent penser le contraire. Le danger pour la République, c’est qu’une fois le pouvoir obtenu, quelle position vont-ils choisir?

Si la stigmatisation des extrêmes est problématique en démocratie, la normalisation est une question à se poser aussi:
Comment un parti politique peut se présenter comme musulman sans être islamiste?
Qu’est qui le différencie des autres partis, ou l’effectif est en grande partie musulman?

Et surtout, l’Article 1 de la constitution Tunisienne dit “La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l’Islam est sa religion...”, comment donc accorder une place plus importante à la religion sans rentrer dans l’Islamisme politique?

Élaborons donc sur les dangers d’un Islamisme politique en Tunisie: Il n’y a pas si longtemps, la commission de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi établissait des liens entre “une organisation secrète”, responsable de l’assassinat de Chokri Belaid et le parti “musulman-démocrate” Ennahda.

Evidement, le temps que la justice s’en saisisse et statue, Ennahda aura le temps de faire plusieurs mandats et d’étouffer ce qui pourrait ressortir pour les condamner.

Sans continuer dans les suppositions, on peut se demander ce qu’est notre rôle aujourd’hui, nous le peuple Tunisien, pour préserver notre démocratie.

Le peuple contre les populistes

Le rôle des parti auto-proclamés progressistes, c’est d’emmener le peuple dans ce progrès.

Néanmoins, comment le faire quand on abandonne le peuple?

Les politiciens ont une responsabilité: celle de diffuser et d’expliquer leurs programmes respectifs et de démontrer les limites de leurs opposants. Le mot à retenir est “expliquer”. Dans une démocratie naissante, le politique a un rôle didactique, un rôle de professeur. Si le politique explique, le peuple comprend. Quand le peuple comprend, ils demandent aux autres de s’expliquer aussi. Il hausse ses critères de votes.

C’est le meilleur moyen de bloquer les populistes: les confronter au peuple directement. Si c’est les experts qui s’en chargent, le populiste pourra toujours prendre le rôle de l’homme stigmatisé par la “bien-pensance”.

En bref, l’erreur des politiciens Tunisiens depuis la révolution, c’est d’avoir laissé les zones excentrées de la capitale au profit des extrêmes. Il faut travailler à la déconstruction des structures conservatrices et nationalistes: et pour cela, le progrès doit accompagner la population et non attendre du peuple un sursaut.

Cette déconstruction dépend d’une chose: la rupture totale. Pas d’alliance parlementaire, pas de lutte commune, pas de recherche du consensus avec les extrêmes. C’est en les isolant qu’on peut exposer leurs incohérences, et surtout proposer au peuple autre chose, une autre voie.

La rupture la plus efficace, c’est celle où l’on se débarrasse de ce qui nous fait penser à ces extrêmes:
- Nidaa Tounes, qui a axé une campagne électorale entière sur l’anti-Islamisme pour aboutir sur une alliance avec Ennahda.
- Youssef Chahed, qui accepte volontiers le soutien des Islamistes par pure ambition politique.

Qu’est qu’on dis déjà sur les amis des nos ennemis?

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