MAROC
08/10/2019 10h:01 CET

Neila Tazi: "Nous devons connaître de plus près les pratiques culturelles des Marocains" (INTERVIEW)

"Il est nécessaire de mettre en place des programmes de formation parce qu’il y a des vocations à susciter, des métiers à créer."

CGEM
Neila Tazi, présidente la Fédération des industries culturelles et créatives (FICC), lors de la première édition des assises des industries culturelles et créatives

CULTURE - La première édition des Assises des industries culturelles et créatives s’est déroulée, du 4 au 5 octobre au Rabat, avec pour objectif de mettre l’économie de la culture au centre des débats. L’événement a été organisé par le ministère de la culture et de la communication (MCC) et la Fédération des industries culturelles et créatives (FICC) de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Le HuffPost Maroc a posé quatre questions à Neila Tazi, la présidente de la FICC, pour avoir une idée de ce qu’il faut retenir de cet événement.

HuffPost Maroc: Quel bilan dressez-vous suite à cette première édition?

Neila Tazi: Un bilan très intéressant, tout d’abord parce que c’est une première édition que nous avons réussie à tenir malgré les délais et une conjoncture assez complexe. Ces assises nous ont permis de réunir 600 personnes, de nombreux acteurs de bords très variés et qui sont tous fortement concernés par le sujet. Des professionnels, des syndicats d’artistes, des exploitants, des responsables publics, des acteurs privés, des parlementaires, des experts, des journalistes etc. De plus, des sujets importants ont été soulevés dans les débats, pour évoquer la manière d’aller plus loin dans la construction d’une industrie culturelle plus forte et plus structurée. Quelles synergies? Quels leviers? Quels moyens? etc.

Cette démarche est le fruit d’un partenariat public-privé, entre le ministère de la culture et de la communication, et la Fédération des industries culturelles et créatives de la CGEM. C’est la démonstration d’une volonté de croiser des visions pour essayer d’activer les leviers et trouver le moyen d’améliorer et de dynamiser l’écosystème, ce qui permettra aux professionnels de travailler dans de meilleures conditions et avec plus de visibilité.

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Le panel n°5 des assises des industries culturelles et créatives.

Comment sont nées ces assises?

Une convention entre le ministère et la fédération a été signée le 9 juillet dernier. Lorsqu’on a travaillé avec le ministre et ses équipes, nous avons élaboré un certain nombre de recommandations et parmi les sujets qui ont été actés dans le cadre de cette convention, il y avait la tenue des assises, pour susciter ces débats, cette nécessaire prise de conscience de toutes les parties concernées, pour mieux dialoguer. Il faut des synergies avec le ministère de l’éducation, du tourisme, avec les collectivités locales, avec la formation professionnelle, pour atteindre un palier supérieur, et travailler ensemble sur une meilleure façon de capitaliser sur le potentiel et les talents, sur toutes les perspectives qui s’ouvrent devant nous pour que la culture soit un des axes importants du nouveau modèle de développement.

Quelles sont les recommandations les plus importantes qui ressortent de ces assises?

Les recommandations qui ont été énoncées par le secrétaire général du ministère de la culture sont prioritaires. Tout d’abord, l’élaboration d’un plan stratégique national en faveur des industries culturelles et créatives, ensuite, entre autres, l’actualisation et le renforcement de l’arsenal législatif puisqu’il y a des lois qui sont insuffisantes et qui ne sont pas nécessairement adaptées à l’évolution de ce secteur.

La question du renforcement du cadre qui concerne le droit de propriété intellectuelle et des droits d’auteurs a été également posée, car c’est un pilier de l’industrie culturelle. Il y a également une question fondamentale, celle de l’institutionnalisation du soutien à cette industrie, de définir ce qu’est une entreprise culturelle, puisque lorsqu’on définit une entreprise culturelle, on peut travailler sur toute l’articulation de ce qui l’encadre, sur le plan fiscal, la simplification des procédures, etc.

Une des recommandations a été de créer un fonds national dédié au soutien de ces industries. Il y a aussi la nécessité de mettre en place des programmes de formation parce qu’il y a des vocations à susciter, des métiers à créer, il faut faire remonter ces besoins pour pouvoir les transformer en programmes de formation et préparer les générations futures à répondre aux besoins du marché. Il y a également une recommandation très importante qui est de demander au Haut-Commissariat au Plan (HCP) d’inclure les pratiques culturelles dans les recensements, nous devons connaître de plus près les pratiques culturelles des Marocains.

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Panel n°4 des assises des industries culturelles et créatives.

Pensez-vous qu’il y aura une seconde édition l’année prochaine?

Nous l’espérons bien sûr. Le but de cette première édition était de poser un grand débat, et de susciter une dynamique nouvelle. C’était une chose nécessaire pour pouvoir aller plus loin, d’oeuvrer à construire un cadre plus organisé, plus structuré. D’ailleurs, ça a été souvent évoqué lors de cette première édition. 

Nous avons eu Ahmed Chami, président du Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui a rappelé qu’en 2016, il y a eu un avis du CESE sur l’économie de la culture, qui conclut sur un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles une stratégie nationale, une législation adaptée, la dimension régionale, la culture des droits d’auteurs, le recours au partenariat public-privé (PPP). Il faut voir comment décliner ce PPP en actions concrètes pour le développement du secteur culturel. Aujourd’hui, nous sommes à la veille d’un remaniement ministériel, nous attendrons donc de voir ce qui va se passer au niveau gouvernemental pour pouvoir engager la suite des discussions avec les responsables concernés dans le différents ministères.