MAROC
15/04/2019 16h:54 CET | Actualisé 16/04/2019 14h:15 CET

Maroc-Afrique du Sud: Nasser Bourita veut sortir de "l'impasse"

Décryptage de l'interview accordée par Bourita à l’hebdomadaire sud-africain "The Sunday Times".

Anadolu Agency via Getty Images

DIPLOMATIE - Un pas de plus vers un réchauffement des relations maroco-sud-africaines? Quelques semaines après la nomination d’un ambassadeur du Maroc à Pretoria (pour la première fois depuis 15 ans), le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, a appelé, ce dimanche 14 avril, l’Afrique du Sud à travailler main dans la main avec le Maroc pour l’émergence d’un nouveau modèle de coopération interafricaine.

“Au lieu de continuer dans une situation d’impasse, le Maroc et l’Afrique du Sud doivent travailler ensemble pour développer un modèle de coopération interafricaine et de coopération sud-sud” a dit M. Bourita dans une interview à l’hebdomadaire sud-africain The Sunday Times. 

Dans ce cadre, Nasser Bourita a souligné le soutien apporté par le Maroc à la lutte du peuple sud-africain contre le régime de l’apartheid, rappelant que le leader historique sud-africain Nelson Mandela avait été accueilli dans le Royaume depuis le début des années 1960.

Enjeux géopolitiques

Le Maroc et l’Afrique du Sud, qui demeurent deux importantes économies en Afrique, représentent deux plateformes d’entrée dans le continent, a-t-il indiqué, notant que Rabat et Pretoria sont appelés à travailler ensemble pour aider l’Afrique à avancer vers l’émergence économique nécessaire du continent. Bourita a également souligné qu’au vu de leurs positions géographiques, les deux pays “ne doivent normalement pas avoir des problèmes bilatéraux”.

“Nous ne partageons pas les mêmes frontières, nous n’avons pas de problèmes territoriaux”, a-t-il dit, expliquant que les problèmes qui perturbent les relations entre les deux pays s’expliquent par la décision de Pretoria de “prendre position sur une question qui concerne une région située à des centaines de kilomètres, une position qui va à l’encontre de celles de l’ONU et de l’Union africaine (UA)”.

Désaccord sur la question du Sahara

Au cours de cette interview, Bourita a notamment déploré la décision de l’Afrique du Sud d’abriter, les 25 et 26 mars dernier, une conférence de soutien aux séparatistes du Polisario, au siège de son ministère des Relations internationales. “Une conférence qui s’inscrit à contre-courant du processus onusien visant à trouver une solution au différend régional au sujet du Sahara marocain”, a-t-il dit, soulignant que “l’Afrique du Sud, en tant que membre de la communauté internationale, doit aider dans ce sens dans le cadre de la neutralité nécessaire”. “L’Afrique du Sud a choisi une autre voie”, a regretté Bourita.

Si l’Afrique du Sud veut jouer un rôle honnête, elle doit reconnaître ces deux positions différentes l’une de l’autre"

Le ministre a notamment souligné que la question du Sahara ne doit pas être comparée à la situation au Moyen-Orient. “En Palestine, l’ONU a adopté une résolution appelant à une solution à deux Etats. Au sujet du Sahara, il s’agit d’un processus politique en vue de trouver un règlement avec l’Algérie”, a-t-il précisé, en rappelant que la présence d’Israël dans les territoires palestiniens est mondialement reconnue comme une occupation,

Bourita a lancé un défi à l’adresse de “nos frères en Afrique du Sud de trouver une seule résolution onusienne qui qualifie la présence du Maroc au Sahara comme une occupation”. “Si l’Afrique du Sud veut jouer un rôle honnête, elle doit reconnaître ces deux positions différentes l’une de l’autre”, a-t-il ajouté.

Conférence de Pretoria VS Conférence de Marrakech

Le ministre des affaires étrangères a également évoqué la conférence ministérielle africaine sur le différend régional au sujet du Sahara qui s’est tenue en mars dernier à Marrakech, marquée par la participation de 37 pays africains (contre 24 à Pretoria), représentant les cinq sous-régions du continent, avec l’appui de l’Union africaine (UA).

Bourita a souligné que cette rencontre visait à montrer que les pays africains soutiennent la position du Maroc et que la conférence de Pretoria ne devait pas être perçue comme une référence de la position africaine.

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La conférence de Marrakech a également permis de montrer que la rencontre de Pretoria était un moyen de diviser l’Afrique, a-t-il estimé, rappelant le consensus qui s’est dégagé lors du 31è sommet de l’UA tenu à Nouakchott.

“Qui divise l’Afrique? Qui a décidé que ceux qui s’opposent au Maroc devaient se rencontrer?”, s’est interrogé le ministre, soulignant: “notre message était de dire que l’unité était à Marrakech et que la division était à Pretoria”. 

Parmi les principaux domaines qui s’offrent à cette coopération, le ministre a notamment cité le développement de la Zone de libre échange africaine et le transport aérien.