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27/09/2019 17h:54 CET | Actualisé 28/09/2019 09h:24 CET

Nabil Karoui: L'ultime espoir?

Et si nous inversions la question: “Et pourquoi pas lui”?

Zoubeir Souissi / Reuters

Depuis quelques semaines, la Tunisie se trouve sous les feux des projecteurs du monde entier et n’a pu, une fois de plus, déroger à la règle de “l’exception Tunisienne”.

26 candidats ont mené une course effrénée pour l’investiture suprême. Un de ces candidats, Nabil Karoui est incarcéré depuis le 23 août dernier pour soupçon de blanchiment d’argent et de fraude fiscale nous dit-on et attend son jugement.

Les élections présidentielles du 15 septembre ont apporté leurs lots de surprises: En effet, plus de 15% des tunisiens ont voté pour Nabil Karoui, homme d’affaires et homme politique, ancien membre du parti Nida Tounes qui n’a pourtant pas pu faire sa campagne comme tous les autres qui ont sillonné le pays du nord au sud, et d’est en ouest pendant près de deux semaines, avec non moins de confrontations parfois houleuses dans certaines régions, pour aspirer être l’heureux chanceux qui poussera les portes de Carthage.

Soit plus de 525.517 voix ont propulsé le magnat de la télé comme beaucoup se plaisent à l’appeler, au deuxième tour des élections présidentielles Tunisiennes.

Pourquoi Nabil Karoui a- t-il caracolé en tête de scrutin? Les Tunisiens ont-ils voté par conviction ou par sanction? Les deux semblerait-il.

Un profond désir de rompre avec la politique de l’échec et du fiasco

Ce que l’on retient des élections présidentielles du 15 septembre dernier, c’est que le peuple, loin d’être dupé, s’est exprimé en faveur de deux candidats, Nabil Karoui et Kais Saied, qui ont été élus avec respectivement un peu plus de 15% et 18% des voix. Par la même occasion, les votants ont exclu de ce suffrage tous ceux qui seraient susceptibles de reproduire le même bilan très lourd de ces dernières années. En effet, trainant comme un boulet des résultats désastreux de plusieurs années de gouvernance autant sur le plan économique que social, plusieurs candidats (chef de gouvernements et anciens ministres) se sont vu retirés magistralement leur épingle du jeu par une majeure partie des électeurs comme pour exprimer leur profond désir de rompre avec un système qui n’a connu que l’échec, la récession, l’inflation, le chômage. Le bilan est d’autant plus déplorable lorsqu’on pense aux domaines sclérosés de l’Education, de la santé  et de l’environnement.

Certains candidats qui ont vu leur côte de popularité chuter et qui, en dépit des discours pseudo rassurants et des vaines tentatives de redressement du pays, n’ont cessé de voir la foudre des tunisiens s’abattre sur eux! Le contrat de confiance est rompu et le peuple aspire désormais au changement!

De toute évidence, il semblerait que le gouvernement actuel ne disposait pas de feuille de route suffisamment étudiée pour relever le pays de tout le marasme ambiant qu’il vit depuis 2011 et dont les Tunisiens ont malheureusement fait les frais à tous les niveaux sous le joug d’une gouvernance foncièrement contre- productive! Dans la logique des choses, il était donc inconcevable de songer à reproduire ce désolant scénario pour les 5 prochaines années! Seule la prolifération de partis politiques embryonnaires s’en est donné à cœur joie. Or, plus il en existe, et plus les divisions sont grandes et profondes. Dans un climat qui présente autant de tensions que de difficultés, autant de conflits que de  tribulations, l’heure est-elle à la division?

Nabil Karoui, seul candidat capable de sortir le pays de cette paralysie économique et sociale qui épuise le pays

Contesté par une partie des tunisiens qui affiche son scepticisme quant à l’élection de l’homme d’affaires à la tête du pays, la propulsion de Nabil Karoui à la tête du scrutin fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi lui?                               

Et si nous inversions la question: “Et pourquoi pas lui”?

Plusieurs paramètres sembleraient le différencier de son principal concurrent.

Nabil Karoui est un homme de terrain

Il semble avoir ce que son adversaire n’a pas, cette profonde sensibilité à la misère sociale. Suite à la mort de son fils Khalil il y a 5ans, Nabil Karoui a fondé  une association de solidarité en hommage à Khalil et l’a nommé “Khalil Tounes”. Profondément ancrée dans les causes sociales, cette association à but non lucratif a levé le voile et braqué les projecteurs médiatiques sur la réalité des conditions parfois inhumaines et indignes dans lesquelles vivent beaucoup de nos concitoyens qui, doit on le rappeler, font partie intégrante de ce pays.

Un profond désir de rompre avec de vaines promesses, avec une indifférence dramatique du gouvernement face à cette pauvreté grandissante, une volonté de rompre avec cette extrême fragilité des classes populaires que les médias ont longtemps occultée sous les ordres de Ben Ali, l’ancien dictateur défunt qui interdisait aux journalistes de diffuser la misère et la pauvreté sur les chaines de télévision de peur de voir sa côte de popularité à la baisse.

Devant des préoccupations sociales grandissantes et face au fossé qui se creuse de plus en plus entre les différentes couches sociales du pays, la mobilisation aussi formidable que spectaculaire de “Khalil Tounes” face à la pauvreté, prend des proportions colossales et ne cesse de sillonner les routes les plus caillouteuses et sur les flancs des montagnes les plus difficiles du pays.

Nabil Karoui est profondément convaincu que ce n’est que par l’inlassable activité de terrain et par la proximité qui font d’un homme politique véritablement efficace. Son parti “9alb Tounes” au cœur d’une ligne d’action bien réfléchie et bien définie, coordonne des activités d’entraide dans les 4 coins du pays sans artifices ni édulcorants sans préjugés ni tromperies et ce, dans la plus grande transparence du monde. 

Fustigé par certains et traité de faire du populisme, il semblerait que ce qui dérange dans cette démarche d’aide aux plus déshérités, osons le dire, c’est cette main tendue, cette compassion démesurée affichée au grand public et à grandes pompes pour les plus pauvres, cette classe qui ferait semble t-il “honte” à nos gouvernants et qui semblerait de surcroit déranger à plus d’un titre quelques élites dans le pays.

Réactiver l’ascenseur social en panne

Ce qu’il faut savoir c’est qu’au-delà des aides distribuées par “Khalil Tounes”, Nabil Karoui représente un véritable rempart contre les inégalités et les injustices sociales, le candidat promet dans son programme de réactiver par là même, l’ascenseur social en panne depuis des lustres.

Au programme de “9alb Tounes”, de nouvelles réformes qui viennent rajeunir et moderniser les anciennes qualifiées de stériles et contre productives, des réformes dans les secteurs sclérosés de l’enseignement, de la santé, de l’environnement, des projets novateurs auxquels les gouvernants précédents et actuels n’ont pas osé sérieusement s’attaquer.

Tous les indicateurs montrent qu’un besoin urgent de sortir de cette paralysie sociale et économique se fait sentir, et face à l’imminence de la situation, le parti de Nabil Karoui à défaut de vendre du rêve, a préféré les actes réels aux vaines paroles. Une des devises du parti de Nabil Karoui, est qu’un acte vaut mille discours. En d’autres mots, pendant que les autres s’accomplissent à conduire le pays dans un précipice social et économique sans précédent, “9alb Tounes” s’estime être déjà dans le précipice et trime corps et âme pour s’en sortir.

Une dynamique extraordinaire qui s’évertue contre vents et marées à guérir des plaies et qui œuvre pour la dignité de plusieurs millions de tunisiens qui ont trouvé en Nabil Karoui l’homme providentiel qui oppose sa vision aux vaines promesses de monts et merveilles.

Un entourage d’experts qualifiés dans plusieurs domaines

Loin de privilégier le copinage et le cousinage comme nous avons pu le constater dans les gouvernements précédents, Nabil Karoui a su s’entourer d’une équipe d’experts qualifiés dans plusieurs domaines dont l’ancien ministre des Finances M. Fadhel Abdelkéfi qui le soutient et le suit dans son projet afin de trouver des stratégies de relance de l’économie et de redressement du pays. En effet, dans un pays ou le surendettement atteint des proportions exponentielles, Nabil Karoui, s’estime capable de diminuer la dette et de relancer le pays dans une dynamique économique et sociale à long terme.

Beaucoup d’autres personnalités dont Nabil Karoui a su intelligemment s’entourer comme Ridha Charfeddine homme d’affaires chevronné, Samira Chaouachi, ancienne dirigeante de l’UPL, et beaucoup d’autres encore, tous symboles de réussite et d’ascension sociale issus de tout les corps de métier avec un profond désir d’impliquer et de consulter davantage un éventail plus large d’acteurs sociaux.

Nul doute que ce que prône Nabil Karoui dans son programme, c’est le rehaussement des valeurs sociales, de l’équité et de la justice. Des projets et des mesures sont sérieusement étudiés pour faire diminuer le chômage en encourageant les jeunes à l’entrepreneuriat. Ces jeunes qui se situent en bas de l’échelle socio-professionnelle et qui sont prisonniers d’un système foncièrement sclérosé.

“Je veux que cet Etat confie aussi à sa jeunesse le passage de l’ancien modèle économique vers une nouvelle économie” a-t-il affirmé.

Nabil Karoui s’oppose frontalement à l’obscurantisme et à l’Islam Politique

Un point fort pour les progressistes réside dans le fait que Nabil Karoui ancien membre du parti Nida Tounes a toujours affiché son opposition frontale au parti islamiste Ennahdha et à tout parti qui désire faire de l’islam politisé. La porte-parole du parti “9alb Tounes”, Mme Samira Chaouachi a en outre déclaré lors d’une conférence de presse: “Nous sommes prêts à travailler avec tout le monde sauf avec Ennahdha”.

Depuis l’affaire “Persepolis” et l’attaque des islamistes contre la chaine de télévision Nessma, les tensions entre les deux partis ne font que s’accumuler. L’un cherche à éradiquer la pauvreté et à instaurer un pays libre et démocratique, l’autre occulte totalement cette dimension pour en revanche instaurer les principes de la “charia” et se montre farouchement conservateur à toutes avancées sociétales et tout projet démocratique.

Un simulacre de démocratie

Alors que dans d’autres pays démocratiques, les candidats aux élections présidentielles ayant des démêlés avec la justice auraient bénéficié d’une trêve judiciaire, tout semble nous montrer que l’arrestation de Nabil Karoui à un moment propice de sa campagne (une arrestation qui a eu lieu immédiatement après avoir caracolé en tête des estimations) lui donne un goût amer de règlement de compte politique et a par la même, hypothéqué la transition démocratique Tunisienne.

Les démêles de Nabil Karoui avec la justice ont commencé en 2016. La question que beaucoup de posent est de savoir pourquoi n’a-t-il pas été jugé cette année là? Pourquoi a-t-il fallu attendre la veille des élections et le lendemain des résultats des estimations le propulsant en tête pour réactiver l’horloge judiciaire? Plus farouche encore, pourquoi l’a-t-on violemment arrêté alors que Nabil Karoui s’est toujours montré coopératif et docile avec la justice? Force est désormais de constater en outre que le processus démocratique s’est vu d’autant plus usurpé par plusieurs tentatives d’écarter le candidat à la course présidentielle mais qui ont été, fort heureusement avortées comme cette “loi d’exclusion” faite sur mesure pour l’ éviction de Karoui de la course présidentielle. Une loi qui s’est vue certes votée au parlement mais que le Président défunt Beji Caied Esebssi a refusé de signer. Tout porte à croire qu’il s’agit là plus d’un règlement de compte politique que d’une affaire purement  juridique. Tout semble savamment orchestré pour barrer la route au candidat que beaucoup estime dangereux pour avoir vu sa côte de popularité grimper.

Un coup de force qui a vraisemblablement porté préjudice et qui est revenu comme un coup de boomerang aux principaux responsables.

Une impasse judiciaire et de vains appels aux valeurs démocratiques

Loin de vouloir contester l’indépendance de la justice, maints recours ont été déposés pour faire libérer Nabil Karoui mais ont tous été refusés. La machine judiciaire fait sourde oreille, pire se trouve même face à un casse-tête judiciaire sans précédent. Les médias ont été interdits de l’interviewer en prison, des voix se sont levées et ont appelé à la libération immédiate de Nabil Karoui comme le Dr Abdelkrim Zbidi, Salma Eloumi, Fadhel Abdelkefi et beaucoup d’autres  encore.

Des associations Européennes et des députes européens se sont en outre exprimés face à cette arrestation arbitraire dont est victime Nabil Karoui qui l’ont considéré comme étant un prisonnier politique; Plus encore, des rencontres officielles ont eu lieu au palais de Carthage entre le Président de l’ISIE, Nabil Baffoun et le Président de la République pour espérer une libération du candidat. Rien n’y a fait, l’homme est toujours derrière les verrous et le processus démocratique se trouve plus menacé que jamais.

Beaucoup d’analystes politiques estiment que dans un pays aux véritables valeurs républicaines et démocratiques, une libération conditionnelle serait de rigueur afin de permettre au candidat de faire pleinement sa campagne au même titre que son adversaire. Dans notre pays où même le pire des terroristes n’est pas traité de la sorte, beaucoup de questions turlupinent les esprits.

La Tunisie, grande pionnière du “printemps arabe” qui, bien qu’à bout de souffle, scrute la moindre occasion électorale pour renaitre et sauver le pays de cette paralysie économique et sociale qui pullulent le pays.

Aux urnes citoyens!

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