TUNISIE
26/04/2019 17h:01 CET

Nabil Karoui au HuffPost Tunisie: "Nessma TV dérange car elle refuse de recevoir et d'appliquer les ordres"

Le fondateur de Nessma Tv est revenu sur l'arrêt de diffusion de la chaine, par la force publique, décidé par la HAICA.

FETHI BELAID via Getty Images

Nabil Karoui, fondateur de la chaine privée Nessma Tv, qui a vu sa diffusion arrêtée par la force publique sur décision de la HAICA, jeudi, est revenu pour le HuffPost Tunisie sur cette décision qu’il juge “scandaleuse” et “dirigée”.

Une question “procédurale”

Si la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle explique sa décision par l’illégalité de la chaine, qui continue de diffuser sans se conformer au cahier des charges fixant les conditions et les règles générales d’octroi d’une licence de création et d’exploitation d’une chaine de télévision privée, Nabil Karoui affirme que le problème est “procédural”: “Nous avons obtenu notre licence il y a près de 10 ans, bien avant la naissance de la HAICA. À l’époque, pour obtenir une telle licence, la forme juridique de la société devait être une S.A.R.L. Ce n’est qu’en 2014 ou 2015 que la HAICA a demandé aux chaines de télévision privées de changer de forme juridique”.

Or un tel changement nécessite du temps estime-t-il: “Nous avons des investisseurs étrangers. Il y a de longues procédures à suivre vis-à-vis d’eux. Nous avons expliqué cela à la HAICA mais rien n’y a fait. Je me demande quelle image et quel message cette décision va envoyer aux investisseurs?” s’interroge-t-il.

Nabil Karoui estime que cette “insistance” de la HAICA est d’autant plus surprenante qu’ “un projet de loi présenté à l’Assemblée des représentants du peuple sur l’instance constitutionnelle qui remplace la HAICA n’oblige pas les chaines privées à être une Société anonyme. Il donne le choix entre la S.A et la S.A.R.L”.

Des pertes de revenu à l’approche de ramadan

La façon dont la décision a été appliquée laisse le fondateur de Nessma Tv amer: “la décision dit qu’il faut couper le direct, pas arrêter totalement la diffusion. Normalement, nous aurions dû pouvoir continuer de diffuser nos feuilletons” estimant la perte de revenus à “plusieurs millions de dinars surtout à l’approche de Ramadan, et je ne vous parle que des campagnes publicitaires arrêtées, pas celles qui allaient être lancées”.

Autre point soulevé, l’image renvoyée par cette décision à l’international: “Nessma a un public partout à travers le monde. Nous sommes regardés par 12 millions d’Algériens, 3 millions de Libyens, sans compter la France et l’Europe. Nous avons reçu de nombreux messages de soutien après cette affaire”.

Pour Nabil Karoui, cette “démonstration de force” ne peut-être que politique: “vous pensez que la HAICA seule, peut réquisitionner autant de policiers? J’en doute” dit-il avant de continuer: “Par ailleurs, ce qu’a fait la HAICA est illégal. Ils auraient dû envoyer un avis de saisie, afin que l’on puisse le contester en référé. Cela n’a pas été fait, l’avis nous a été envoyé 3 heures après les évènements”.

Une affaire “politique”?

Selon lui, le symbole politique de cette décision élude et l’emporte sur la question “procédurale”: “L’affaire est surtout et avant tout politique” visant par là le chef du gouvernement Youssef Chahed.

“On a toujours été pris pour cible. Mais nous, on ne travaille pas sous la menace et on refuse de recevoir et d’appliquer des ordres! Nous sommes une voix libre, nous sommes la voix du peuple, la voix des sans voix. On montre en direct tout ce qui se passe comme dysfonctionnements dans le pays” dit-il expliquant que la seule présence de Nessma Tv dans le paysage médiatique “dérange”.

“Avec l’émission ‘Khalil Tounes’ (NDLR: émission qui met en avant le travail de l’association du même nom, fondée par Nabil Karoui qui vient en aide aux personnes démunis), on montre ce qui est une honte pour eux, on montre leur absence, eux qui n’ont pas le courage d’aller voir les gens qui vivent dans la misère à cause de leurs décisions” poursuit-il avant de conclure: “D’ailleurs le président de la HAICA a lui même confirmé que la décision était politique en affirmant ne pas avoir pu appliquer les décisions de son instance sur une autre chaine qui joui d’un soutien politique”.

L’émission en question avait déjà été épinglée par la HAICA en décembre 2017. Cette dernière avait suspendu pour un mois sa diffusion à cause de “l’apparition quotidienne de Nabil Karoui en tant qu’invité dans l’émission alors qu’il est actionnaire dans la société Nessma Prodcast” considérant que cela “vise à valoriser son image”.

La chaine Nessma Tv a organisé, vendredi, une conférence de presse, au cours de laquelle la décision de la HAICA a été décriée évoquant un “harcèlement contre la chaine”.

Les autorités ont procédé, jeudi, par force publique, à l’arrêt de diffusion de la chaine privée Nessma Tv, et ce, suite à la décision de la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle.

Dans un article publié via son site internet, la chaine accuse directement le chef du gouvernement Youssef Chahed d’être derrière cette décision.

″À quelques jours du mois de ramadan, la HAICA et le chef du gouvernement ont décidé d’abandonner 500 familles, dont les membres travaillant pour Nessma” affirme la chaine.

Selon elle, cette décision vient du fait que Nessma ait “refusé de suivre les instructions et de maquiller la réalité” sur la situation du pays.

Le président de la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle (HAICA), Nouri Lajmi, s’est défendu quant à lui de toute intervention politique dans la décision de cesser la diffusion de la chaine privée Nessma TV.

Intervenant sur les ondes de la radio Mosaïque Fm, celui-ci a affirmé que “la HAICA ne prend jamais de décision politique, nous appliquons seulement la loi (...) Il n’y a eu aucune intervention politique ni du gouvernement, ni en dehors du gouvernement”.

Selon lui, la HAICA a laissé à la chaine 4 ans pour se conformer à la loi: “Nous avons fait tout ce qui était possible pendant des années avec la chaine Nessma Tv pour qu’elle régularise sa situation, alors que le décret 116 ne lui donne seulement qu’une année après la publication du cahier des charges”.

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