MAROC
30/08/2018 16h:42 CET | Actualisé 30/08/2018 17h:51 CET

Muté à Taroudant, le "médecin des pauvres" a été bloqué à l'entrée de l'hôpital de Tiznit

Une “simple mutation habituelle", assure le ministère de la Santé.

Mehdi Echafi/Facebook

SOCIÉTÉ - Après un retour de congés sous tension, le chirurgien-pédiatre Mehdi Echafî, poursuivi et condamné cet été pour avoir dénoncé les conditions de travail au sein de l’hôpital Hassan 1er à Tiznit, s’est vu ce jeudi matin bloqué à l’entrée de l’hôpital, par les agents de sécurité de l’hôpital provincial, comme il le rapporte dans une vidéo partagée ce matin sur les réseaux sociaux, comme vous pouvez le voir ci-dessous:

https://www.facebook.com/mehdi.echafi.355/videos/315377425878524/

 

 

 

Le motif de cette interdiction? Une mutation soudaine du médecin à l’hôpital de Taroudant. “Suite à la congestion que connaît le centre hospitalier provincial Hassan 1er et les répercussions négatives sur la qualité du service médical que cela engendrerait [...], je vous informe qu’il a été de décidé de vous muter exceptionnellement au centre hospitalier provincial Al Mokhtar Assoussi à la délégation du ministère de la Santé à la province de Taroudant”, peut-on lire dans le document officiel remis le 30 août au médecin, (voir document ci-dessous).

Une “simple mutation habituelle qui n’a ni a priori, ni arrière pensée”, assure au HuffPost Maroc le directeur de communication du ministère de la Santé, Abdelghani Drhimer.

“Le ministère n’a pas à donner des explications par rapport à des mouvements tout à fait normaux de personnels”, poursuit Dr. Drhimer. “Si quelqu’un a une doléance à exprimer, cela doit se faire dans les circuits habituels réglementaires du ministère pour recevoir les réponses adéquates”, rappelle-t-il.

Mais pour celui que l’on surnomme “le médecin des pauvres”, la mutation “sort de l’ordinaire”et “ne rentre pas dans le cadre des mutations annuelles”. “C’est la seule chose qu’ils ont trouvé pour répliquer. C’est comme si on me disait que je pouvais crier aussi fort que je le voulais, il n’y avait rien à faire, et je blâme le ministre de la Santé qui n’a pas pris la peine de m’écouter”, déclare Mehdi Echafî au HuffPost Maroc, tout en récupérant ses affaires dans son bureau à l’hôpital de Tiznit, auquel il a finalement pu accéder après plus d’une heure d’attente, avec l’intervention d’un huissier de justice.

“Avant d’avoir recours à une mutation, il faut d’abord me consulter et prendre en considération mon domicile, parce que cela engage aussi ma vie personnelle”, s’indigne le médecin.

Malgré cette décision du ministère de la Santé, Mehdi Echafî assure au HuffPost Maroc qu’il n’ira pas exercer à l’hôpital de Taroudant, situé à plus de 150 kilomètres de Tiznit. 

“Je faisais déjà plus de 100 kilomètres pour venir chaque jour au travail. Je ne suis pas un pion, je n’irai pas à Taroudant”, assure-t-il en soulignant qu’il déposera à nouveau sa démission, qui lui avait été refusée une première fois.

“Si l’on me refuse encore une fois ma démission, je me retirerais tout simplement”, déclare-t-il, en précisant qu’il n’exclut pas l’option d’exercer sa profession à l’étranger.

Le chirurgien-pédiatre avait été condamné le 6 août dernier à une amende de 30.000 dirhams après avoir été poursuivi pour “insulte et injure” à l’encontre de son supérieur hiérarchique, le directeur de l’hôpital Hassan 1er. Echafî avait ensuite fait appel dans l’espoir que la justice revoit son verdict.

Dans une vidéo publiée, jeudi 30 août, sur son compte Facebook, le chirurgien précise qu’il n’y a “pas de médecin à Tiznit qui pourrait soigner ses patients”, contrairement à ce que dit le document de mutation du ministère de la santé. Le médecin finit sa vidéo en lançant un appel aux médecins du secteur public: “À tous les médecins qui subissent des abus et des injustices, vous devez réclamer vos droits. La solution n’est pas de fuir. Si ça m’est arrivé à moi aujourd’hui, ça peut arriver à vous demain”, prévient-il.