TUNISIE
01/04/2019 14h:38 CET

Municipales en Turquie: L’AKP tombe à Ankara et probablement à Istanbul

Depuis 25 ans, les deux grandes villes turques, à savoir la capitale Ankara et la capitale économique Istanbul étaient les fiefs imprenables de l’AKP...

ADEM ALTAN via Getty Images

L’AKP (parti de la justice et du développement) perd la capitale turque d’Ankara et probablement Istanbul à l’issue des élections municipales dont les résultats ont été donnés le dimanche 31 mars.

Depuis 25 ans, les deux grandes villes turques, à savoir la capitale Ankara et la capitale économique Istanbul étaient les fiefs imprenables de l’AKP, le parti au pouvoir, dirigé par le président en place depuis 16 ans, Recep Tayyip Erdogan.

Dimanche 31 mars 2019, les résultats des élections municipales tombent. L’AKP conserve la majorité des suffrages à l’échelle du pays. Cependant, les résultats sont tout sauf satisfaisant pour le parti. L’AKP perd Antalya, Adana et Mersin, mais surtout, il perd à Ankara et est annoncé perdant à Istanbul, où, d’après le président du Haut-comité électoral (YSK) de Turquie, Sadi Güven,  les résultats partiels placeraient le candidat de l’opposition (constitué du CHP (social-démocrate) et de l’Iyi (droite), Ekrem Imamoglu devant Binali Yildirim, candidat de l’AKP.

Les raisons de la déroute

La récession économique. C’est ce phénomène qui paraît être en grande partie responsable du désamour naissant pour l’AKP au sein de l’électorat turc. A l’été 2018, la livre turque est victime d’une violente dépréciation de -30%. Résultat, baisse de la croissance économique et une hausse du taux de chômage qui atteint, au mois de février 2019, 19%. La population, donc les électeurs, sont les premiers à subir les dommages de cette tempête économique avec l’augmentation du prix des produits alimentaires. La désaffection annoncée depuis déjà quelques mois n’a fait que se confirmer lors de ces élections.

Un coup d’arrêt pour l’AKP, un coup dur pour Erdogan

Ce revers est inédit et gâche ce qui aurait dû être une belle soirée pour l’AKP, qui a annoncé, dans la nuit de dimanche à lundi, qu’il demanderait des recours pour réexaminer la validité de 290.000 bulletins considérés comme nuls à Istanbul et 90.000 à Ankara, selon l’agence de presse turque Anadolu.

Cette perte de villes importantes marque aussi un coup dur significatif pour le chef d’Etat, Recep Tayyip Erdogan qui a reconnu qu’il allait devoir lui et le reste de l’AKP, “commencer à travailler pour identifier les faiblesses et y remédier”, lors d’un discours devant ses partisans au siège du parti.

Erdogan, qui s’était beaucoup impliqué dans la campagne des municipales en enchaînant une centaine de meetings et en réitérant l’alliance avec les nationalistes d’extrême droite du MHP. Malgré tous ses efforts, Erdogan n’a pas réussi à garder imprenable les forteresses que sont Istanbul et Ankara (où siège l’AKP). C’est un fait significatif de la baisse de popularité du parti mais aussi et surtout du président Erdogan. 

Les cartes redistribuées?

Dominant depuis 25 ans, l’AKP fait face aujourd’hui à une opposition de poids. En effet, pour faire face à Erdogan, le parti de gauche pro-kurde HDP avait pris la décision de ne pas présenter de candidat à Ankara et Istanbul et ainsi éviter une dispersion des votes sûrement bénéfique à l’AKP, pour laisser la voie libre à l’alliance entre le CHP (social-démocrate) et l’Iyi (droite). Si on compte l’apport du HDP, c’est un monstre à trois têtes qui se dresse face à Erdogan.

Une position délicate pour le président turc qui pourrait voir son pouvoir perturbé et contesté pour la première fois depuis 16 ans.

À 4 ans des prochaines élections présidentielles, cela ne laisse pas beaucoup de temps à Erdogan pour régler les problèmes économiques dont souffre aujourd’hui la Turquie pour regagner de la popularité auprès des électeurs.

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