MAROC
05/02/2019 18h:59 CET | Actualisé 05/02/2019 22h:54 CET

"Mousganistan", la première exposition personnelle du photographe Mous Lamrabat

Avec une "Kim Kardashian" en niqab servant un bered d'atay.

Mous Lamrabat/Instagram
Le photographe belgo-marocain Mous Lamrabat détourne le logo de McDonald's avec le drapeau du Maroc ou une khmissa.

PHOTOGRAPHIE - Coup de projecteur sur Mous Lamrabat. La première exposition personnelle du photographe belgo-marocain a été inaugurée le 31 janvier à Sint-Niklaas, une ville flamande proche d’Anvers, dans le nord de la Belgique.

Connu pour ses clichés décalés mêlant objets traditionnels marocains, références de la pop culture et produits d’enseignes mondialement connues comme McDonald’s ou Louis Vuitton, l’artiste présente au grand public 70 photographies dont certaines n’ont jamais été dévoilées auparavant. Baptisée “Mousganistan”, cette exposition se tient jusqu’au 24 mars dans le hall d’exposition Zwijgershoek de la ville flamande. 

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Have a blessed friday #tb Jummuah moubarek ❤️

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Accueillis par le message en lettres capitales rouges “Tous les Marocains doivent rentrer chez eux en Turquie”, en référence à la phrase prononcée en 2014 par un militant de l’extrême-droite néerlandaise, les visiteurs plongent d’emblée dans l’univers teinté de dérision du photographe. Ce dernier questionne son identité plurielle à travers des oeuvres et installations artistiques à la fois absurdes, kitsch et empreintes de nostalgie.

Âgé de 35 ans, le photographe né au Maroc mais installé en Belgique depuis son enfance a en effet toujours dû jongler entre les différents environnements culturels dans lesquels il a grandi. “Je suis Marocain, je suis musulman, je suis africain, les gens me voient comme un arabe, c’est donc 4 minorités en une! Quoi que je fasse en tant que personne ou artiste, je représente toujours ces minorités sans même avoir le choix”, confie-t-il à Vogue Italie.

Issu d’une fratrie de neuf enfants, éduqué par des parents qui ”étaient plus occupés par les besoins basiques, comme la nourriture, l’école, la langue, que par le monde de l’art”, Mous Lamrabat s’est lancé dans la photographie de mode en autodidacte, après des études d’architecture d’intérieur.

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YALLAH!! #mousganistan

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Un monde nouveau s’ouvre alors à lui. “Je travaillais comme photographe dans le monde de la mode occidentale, je me débrouillais bien mais il me manquait toujours quelque chose. C’est pourquoi je suis retourné aux choses que je connaissais le mieux, des traditions de ma culture à la façon dont j’ai été élevé”, raconte-t-il à Vogue. “Je suis un photographe de mode mais lorsque j’intègre ces objets quotidiens culturels dans une image, ils deviennent tout à coup artistiques”.

Dans ses photos, le spectateur sourira donc devant les msemens servis dans un sachet de frites McDo, les sfenj posés sur la tête d’une jeune femme ou le bered d’atay servi par une “niqabée” (voir photo ci-dessus), clin d’oeil à la posture de Kim Kardashian sur la célèbre couverture du magazine américain Poster. “J’aurais suscité les critiques si j’avais utilisé une bouteille de champagne à la place d’une théière”, confie-t-il à Vice Belgique.

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Wayaw wayaw mom is making sfenj!! @artsimous

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Si le voile, le niqab ou la burqa sont des éléments que l’on retrouve dans presque toutes ses oeuvres, le photographe n’y voit rien de religieux. “Esthétiquement, c’est très beau, ça a du style et c’est intéressant. Les gens l’associent rapidement à une certaine religion, mais en réalité ça n’a rien à voir. Les gens idolâtrent de nombreux symboles au lieu de l’essence même d’une religion”, indique-t-il à Vice.

Autre obsession du photographe: le pain, ou plus largement, la pâte. Crêpes, beignets, pains ronds traditionnels marocains... Tout y passe. Interrogé sur ce fétichisme, le photographe assume: “J’ai effectivement un fétichisme pour la pâte. C’est tellement satisfaisant de compresser un pain ou un beignet fraîchement sorti du four. Parfois, je les serre même au supermarché et puis je les replace. Je suis dingue de textures.”

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Souvenir Du Maroc #ihavethisthingwithmsmen 😂 @artsimous

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Cette première exposition personnelle du photographe devrait lui ouvrir de nouvelles portes dans les mois à venir. Fin février, Mous Lamrabat part pour Marrakech pour une nouvelle séance photo, annonce la version néerlandaise de la plateforme Fashion United. Et en avril, le photographe partira pour le Japon pour une collaboration avec un designer. “J’aimerais aussi prendre des photos là-bas à la Mousganistan, mais à la japonaise”, confie-t-il.

En octobre dernier, le photographe avait collaboré avec le créateur marocain Artsi Ifrash, fondateur de la maison Art/C, qui signait une ouverture théâtrale pour la semaine de la mode “Hub of Africa” à Addis-Abeba, en Ethiopie. La collection du designer avait fait l’objet d’une série de photographies retraçant avec style la richesse du patrimoine culturel marocain et africain.