ALGÉRIE
06/12/2015 05h:51 CET | Actualisé 06/12/2015 05h:56 CET

A Batna, Mouloud Hamrouche évoque les "pères fondateurs" et appelle au réveil de la "volonté nationale"

Mouloud Hamrouche à Batna, le 5 décembre 2015

A Batna, l'ancien chef de gouvernement réformateur, Mouloud Hamrouche a parlé de l'OS (l’organisation secrète), des pères fondateurs du mouvement national et "de volonté nationale". Surtout de volonté nationale, celle qui semble nous faire défaut et qui est au cœur d’une crise qui dure et s’exacerbe.

Le message transmis, samedi, dans la capitale des Aurès n'est pas destiné à ressasser l'histoire mais à parler du présent. Non pas celui sur lequel l'attendent généralement les journaux, comme la lettre du général Toufik par exemple, les batailles des clans ou encore les approximations de la gestion gouvernementale…

Mouloud Hamrouche a parlé d’un présent autrement plus grave, plus menaçant et beaucoup plus immédiat qu'on le croit : le grave affaiblissement de l'Etat national. L’état de crise est là depuis longtemps avec une situation de marasme, de désarroi et de perte de sens corollaire d'une perte de volonté nationale.

"La situation est plus grave qu’on ne le pense. Quand on refuse de prendre au sérieux les signaux de l’impasse, il y a un problème et tout commentaire demeure superflu"

Le statuquo débouche vers la régression et pousse la société à reproduire son passé. Il aboutit à la destruction de la "pensée nationale au profit des penchants régionalistes et laisse notre religion et notre identité la cible d'agressions cruelles et de grave décadence".

La crise est là, avec des structures de l'Etat affaiblies, une "dissolution de la pensée nationale", une perte de la dimension nationale dans les différentes décisions" avec des "pièges multiples porteurs de menaces". Une situation qui paralyse "l'action des hommes et des institutions et place les décisions sous l'empire du conjoncturel. "

"Chaque crise a ses victimes et ses opportunités"

Autant de signaux cliniques d’un statuquo déjà diagnostiqué et dont il ne cesse, avec une grande patience, de mettre en garde contre ses menaces. Mouloud Hamrouche a décidé de ne pas parler des hommes qui sont en définitive dépassés par les logiques du système incapable de résoudre ses propres crises et en génère dans la société.

Que des hommes soient broyés dans l’impasse d’un statuquo mortifère imposé au pays depuis des décennies, cela relève de la nature des choses. "Chaque crise a ses victimes et ses opportunités. Evitons de gâcher ces nouvelles opportunités ou d’avoir de nouvelles victimes."

C’était dans la déclaration du 17 février 2014. Depuis les " victimes" de la crise au sein du régime se multiplient mais les opportunités de remise en cause et de nouveau départ ne sont pas saisies.

Déjà, dans cette déclaration, Hamrouche soulignait qu’il existait une autre voie que celle du statuquo ou du glissement progressif vers la décomposition qui s’accélère ; cette autre voie est celle d’un retour aux fondamentaux du mouvement national, à l’enseignement des pères fondateurs qui ont "su trouver des compromis et élaborer des consensus."

Des hommes qui à "chaque étape et à chaque crise" ont su "préserver l’unité des rangs, la discipline et transcender tout clivage culturel, tribal, régional en préservant l’identité et le projet national. " Ces hommes ont avancé et ont fait avancer la société et le pays. Ils ont été les acteurs d’une Algérie en mouvement et d’une affirmation d’une volonté nationale.

C’est cette idée que Mouloud Hamrouche sème depuis des années quitte à paraître, à tort, dans la position de l’analyste et non celui du politique. Parler des pères fondateurs à Batna n’avait pas pour but de parler de l’histoire mais de la convoquer pour éclairer un présent inquiétant.

Ne pas capituler face à la crise

Pour appeler au réveil d’une "volonté nationale" assoupie, endormie et presque perdue. Parler des fondateurs, des dirigeants de l’OS, c’est rappeler qu’il s’agit d’hommes qui ont su transcender une situation autrement plus critique avec peu d’atouts, une absence de conscience nationale, un océan d’ignorance pour affirmer une "volonté nationale" et l’ont imposée au "régime colonial" et aux "hésitants.".

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C’est cette "volonté nationale", véritable système immunitaire qui a permis au pays d’avancer et de se libérer qui fait aujourd’hui défaut et crée les régressions hideuses vers les régions, les tribus, les clans.

Aujourd’hui que le constat de l’impasse du régime est fait, son incapacité à générer des solutions et à sortir de l’échec établie, il ne reste aux Algériens, ensemble et dans le consensus, qu’à faire de la crise une «opportunité ».

"La crise est là, devant nous, que devons-nous faire ? Les pouvoirs faibles et les sociétés fragiles se soumettent à la crise et disent "Allah Ghaleb.". Mais une telle soumission n’est pas permise. "Quand on a des responsabilités"estime Hamrouche, "l'expectative" et "la peur" ne sont pas de mise.

A Batna, Mouloud Hamrouche, quitte à devoir reprendre continuellement son travail de pédagogie dans un environnement politico-médiatique qui personnalise et «clanise » les débats, n’a pas perdu son temps à faire le bilan des gouvernants et encore moins à donner des recettes.

Pas plus qu’il n’était là pour distiller de faux espoirs. Hamrouche – c’est le thème central de son "message des Aurès" – a tenu surtout à rappeler que la nation algérienne est née d’un effort de volonté.

"Je ne suis pas là pour donner de l’espoir mais pour dire que nous avons besoin de volonté.". L’exemple des hommes qui ont fait l’OS et ont décidé d’affirmer une volonté nationale « au milieu d’un océan de faiblesse » est, selon Hamrouche, plus précieux que de donner de faux espoirs. Il ne faut pas "capituler" devant la crise, il faut refuser la "peur et le doute" que la confusion entre "l’Etat et le pouvoir" entretient.

La référence à l’OS, aux pères fondateurs ne signifie pas qu’il ’agit pas de faire une révolution mais d’accomplir la réalisation de l’Etat national. Avec un rappel fondamental : "Dans un État moderne, l'armée protège l'État et non le gouvernement. L'armée n'est pas la base sociale du gouvernement, mais la colonne vertébrale de l'État. Le pouvoir est conjoncturel et change avec le changement des personnes et des politiques, mais l'État ne change pas."

La crise est là. Les Algériens doivent faire un effort de volonté pour recréer le consensus autour d’un projet national encore inaccompli et dont les avancées réalisées au prix de très grands sacrifices, sont dilapidées par le statuquo.

Les temps sont-ils mûrs pour l’affirmation et le réveil de cette volonté nationale qui ne peut se faire que dans le consensus, l’Etat de droit et la citoyenneté ? Pour Mouloud Hamrouche, la cause est entendue : les Algériens n’ont pas d’autre choix.

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