ALGÉRIE
06/10/2019 09h:27 CET

Mouloud Hamrouche totalement dans l’esprit du Hirak et de la silmiya

Getty Editorial
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Depuis plus de trente ans, y compris durant la période relativement courte où il était au gouvernement - septembre 1989 – juin 1991 -, Mouloud Hamrouche développe une réflexion complexe et élaborée sur “l’état de l’Etat”, sur les risques que l’effondrement inéluctable du système n’emporte le pays dans son sillage, sur l’impératif de s’inspirer des “fondateurs” pour  reconstruire un consensus national basé sur la citoyenneté et la démocratie. 

La cohérence de cette réflexion qui évolue tout en conservant les fondamentaux d’une vision résolument démocratique d’un Etat astreint dans son fonctionnement par la loi et, à l’obligation de rendre des comptes  pour ceux qui exercent des responsabilités, ne s’est jamais démentie. Mais elle a été trop souvent dénaturée - quelquefois de bonne foi, le plus souvent avec beaucoup de mauvaise foi - dans un pays plongé dans l’anormalité politique et éthique depuis 1992.

Contre la cooptation

Tout ce que pouvait dire Mouloud Hamrouche était retourné contre lui, les moins durs le traitant de velléitaire, les plus mal intentionnés n’en finissant pas de l’accuser d’attendre “qu’on l’appelle”, “On” étant les haut-gradés qui font les présidents… Pourtant, une grande partie de la réflexion critique que faisait Mouloud Hamrouche pointait justement la perversité du système de cooptation. En 2003, pour ne pas remonter à l’entretien fleuve publié dans La Nation dans le milieu des années 90, Mouloud Hamrouche renouvelait son appel à un changement de démarche. 

L’heure n’est plus à la cooptation d’hommes. Elle n’est plus aux transitions chimères, ni aux élections inhibitrices. La cooptation a favorisé le reniement et l’irresponsabilité. La transition a généré des agressions liberticides, des renonciations sociales et la rapine économique. L’élection factice a mis l’Etat hors droit et dépossédé les institutions de leur rôle de régulation. Le moment n’est pas non plus à l’attisement des haines ni à la construction d’autres socles pour de futures violences.”

C’était en 2003 et le constat peut s’appliquer de manière tout à fait saisissante à la situation d’aujourd’hui.

Les interventions de Mouloud Hamrouche, malgré le bizutage dont elles ont fait l’objet, ont été constamment un repère, y compris pour ses détracteurs, pour déterminer si l’offre politique émanant du système était sérieuse ou non. Et chaque intervention ne faisait que souligner que le sérieux n’est pas au rendez-vous et ceci explique la franche détestation qu’il suscite au sein du régime. 

Mais ces interventions, entièrement habitées par le souci de ne pas aggraver la situation, de ne pas ajouter aux confusions et de ne pas susciter de faux espoirs, ne répondaient pas à ceux, nombreux, qui sincèrement posaient la question du “que faire?” ou bien souhaitaient le “voir faire”, quelque chose.

“Ne pas mentir aux gens”

Les citoyens qui sont allés chez lui, samedi, pour lui demander de s’engager dans l’élection présidentielle en sont une illustration. Des situations semblables n’ont pas manquées par le passé, la différence est que Facebook est passée par là donnant à voir un échange direct bien plus puissant que n’importe quel entretien avec des journalistes.

Ce sont les conclusions de cette pensée complexe qui étaient données en brut et sans détour et elles répondent en bonne partie aux questions de nombreux Algériens, perplexes et en quête de sens dans un contexte devenu ces derniers mois de plus en plus anxiogène. Des réponses qui ne devraient pas du tout plaire au pouvoir en place engagé dans une marche aux forceps vers la présidentielle. 

Pourquoi Mouloud Hamrouche ne s’engagerait-il pas dans la bataille ? Parce qu’il ne veut pas mentir et donner des faux espoirs à ceux qui croient - ou veulent croire - qu’il existe une opportunité de changer le cours des choses. ”Il vaut mieux vous dire la vérité dès maintenant. Même si je me présente et je suis élu, je ne pourrai rien faire dans ces conditions” (...)  “Je n’ai jamais menti aux gens, il y a des choses que je ne peux pas dire, mais ce que je dis est une part de la vérité…. Je ne vais pas mentir aux gens pour sortir demain, une fois élu, leur dire “on ne me laisse pas faire, on me crée des difficultés”.

On ne peut mieux dire l’inanité d’une opération électorale qui ne va résoudre aucun problème mais qui va en créer beaucoup d’autres.  “Ce dont l’Algérie a besoin, c’est quelque chose de nouveau”, d’un “projet Algérie, d’un projet de l’Etat Algérien..” mais les conditions ne sont pas réunies pour le faire. “Le peuple qui est sorti le 22 février nous a donné une opportunité, il a donné une opportunité au régime et au pays de tourner la page de trente ans de terrorisme et de corruption...”.  Mais manifestement, cette opportunité n’est pas saisie. 

La solution, c’est un système démocratique

A ceux qui lui demandaient de laisser la “porte ouverte”, il a répondu qu’il est un “militant” ne ferme jamais la porte et que s’il y a une “opportunité de faire quelque chose, je le ferai”.  La formule va probablement être, encore une fois, détournée de son sens, alors que le propos est clair et totalement dans l’esprit du Hirak: la solution n’est pas dans un homme miracle mais dans “un système démocratique, un état-national fort et un système politique contrôlé par le peuple.”

Cette brève et intense rencontre a été l’occasion pour Mouloud Hamrouche de dire sa foi dans la poursuite d’un hirak pacifique et uni.  “Du moment que le Hirak est uni et  soutenu par les Algériens qui y participent et tant qu’il est pacifique, personne ne pourra le faire tomber. La victoire sera le résultat … Le Hirak doit rester pacifique. Préservez le pacifisme”

C’est bien ce que répètent les Algériens les vendredis et les mardis avec leur mot de ralliement qui est en même temps une exigence de retenue et de civilité pour tous: “Silmiya”.