ALGÉRIE
04/09/2019 09h:52 CET

Mouloud Hamrouche appelle à des “passerelles et des confiances” entre le peuple et l’armée

Il faut établir des “passerelles et des confiances” entre les deux corps vitaux de l’Algérie que sont le peuple et l’armée, estime Mouloud Hamrouche dans une contribution publiée mercredi dans El Watan et El Khabar.

AFP via Getty Images
Former Algerian Prime minister and presidential candidate in 1999, Mouloud Hamrouche speaks during a press conference during which he announced his decision not to run in the 2014 presidential election on February 27, 2014 in Algiers. Algerian President Abdelaziz Bouteflika, who suffered a stroke last year, will run in the April 17, 2014 poll. AFP PHOTO FAROUK BATICHE (Photo credit should read FAROUK BATICHE/AFP/Getty Images)

Si l’appel du commandement de l’armée pour l’organisation de l’élection  présidentielle au plus vite paraît comme une “une logique froide de raison”, les conditions sont très loin d’être réunies pour qu’elle soit “exemplaire et originelle”. Les réseaux de corruption sont encore là pour faire dévier la volonté du peuple.

Le président, même avec une constitution qui lui donne tous les pouvoirs, va se retrouver otage des “réseaux” de corruption qui ont annihilé l’embryon d’Etat et entendent préserver leurs statuts. Telles sont les grandes idées du texte de Mouloud Hamrouche qui considère que le Hirak constitue un événement considérable et salutaire, celui de l’intrusion pacifique du peuple pour stopper une terrible dérive.

 Mouloud Hamrouche réfute en effet avec force l’idée que le Hirak soit à l’origine d’une crise ou qu’il soit la “crise”. Il  est une intrusion massive “inattendue” des Algériens qui refusent que leur pays “chute ou sombre dans le chaos”. Le peuple n’a pas créé de “nouvelles difficultés” ou dysfonctionnement “y compris au niveau économique et social” et “Silmiya et Djeich-chaab khawa-khawa” sont des mots d’ordre francs et puissants”.  Le mouvement du peuple est un “sursaut de survie et une action préventive contre une possible déstabilisation généralisée et internationalisée”.

Le bilan qu’il dresse du mouvement populaire est élogieux: fierté retrouvée des Algériens, révélation de l’ampleur du désastre constitué par les “désordres et malversations” impliquant les plus hauts responsables et fonctionnaires des différentes institutions, premiers-ministres, généraux-majors, ministres, hauts-cadres, banquiers, entrepreneurs…”.

A l’encontre des détracteurs du hirak, Hamrouche souligne que le “changement de système est la solution et non le problème”, le peuple le réclame de manière pacifique “en toute lucidité, en toute civilité, sous le vocable “yetnahaw ga3”. Pour cela, un démantèlement ou une déconnection des nuisibles castes d’allégeance et de coercition-corruption est indispensable. Il y va de la cohésion de l’armée et de tout pouvoir national légal”.

Un changement de système sera dur à faire mais il est “réalisable de façon concertée, ordonnée et déterminée, malgré l’hostilité et l’impuissance qui caractérisent nos élites politiques”.

 

Les armes des réseaux: le mensonge, le chantage et  la menace

Mouloud Hamrouche souligne l’ampleur des tâches, des dégradations et des besoins sociaux qui “rendent toute approche naïve ou parcellaire, toute précipitation ou rafistolage plus problématique, et plus coûteux que les vingt-cinq dernières années”. 

Il met en garde contre une volonté des réseaux “d’allégeance et de coercition/corruption a vouloir garder le droit d’autogérer le pouvoir, de préserver leurs statuts…. Des réseaux qui veulent continuer à fixer la posture de l’armée et sa feuille de route”.  Et, précise-t-il, “ils ont leurs médias et leurs relais sont toujours en action de regénérescence ou de renforcement(...) Ils redoutent qu’un simple contrôle de légalité fasse fondre leurs armes : le mensonge, le chantage ou la menace”, des armes par lesquelles “l’Algérie a été stoppée dans son élan et soumis à une régression terrible”.

L’armée, pour toutes ces raisons, “ne peut plus servir de base sociale et politique, ni de régulateur et protecteur de tel pouvoir ou gouvernement…. Une persistance d’une telle pratique serait une “menace mortelle pour l’Algérie, son État et son armée”.

Hamrouche estime que le commandement de l’armée a “bien apprécié” la situation” et a affiché une “position en harmonie avec le hirak en exigeant l’activation de l’article 102 en liaison avec les articles 7 et 8. Donc demander aujourd’hui l’organisation au plus vite d’élections apparaît comme une logique froide de raison”. Mais, rien n’est si simple. Pour aller vers des élections sérieuses, il faut réunir les “conditions, les garanties, l’organisation des vérifications, des contrôles, des voies de recours pour une élection qu’on veut exemplaire et originelle”. 

 

Un système “anti-national” qui fabrique la corruption

Ces questions “graves” peuvent-elles relever d’un “processus de dialogue mené par ceux-là même dont le hirak exige le départ” se demande-t-il. 

Outre, les conditions des élections, Hamrouche estime que la question de la “séparation de l’État… de la vie d’un Exécutif” en relevant le poids considérable des “réseaux qui contrôlent aujourd’hui des administrations gouvernementales et locales et qui possèdent de vrais relais clientélistes. Ils manoeuvreront pour bloquer la volonté des Algériens ou à défaut la faire dévier”. Il pointe le risque de voir le futur président, en dépit d’une constitution qui “lui confère tous les pouvoirs, mais sans mécanismes opératoires. Toutes ses décisions dépendront du soutien ou non de ces réseaux”.

Ces réseaux sont “l’essence du système” qui fabrique la corruption, ne s’accommode d’aucun contrôle légal, de surveillance institutionnelle” et que certains “veulent préserver coûte que coûte”, un “non-système “liberticide, anti-politique, anti-militance, anti-gouvernance, anti-institutions, anti-organisation et anti-national”. Ce sont ces traits qui ont fait qu’il a anéanti “l’embryon de l’Etat, fruit de la guerre de libération, annihilé la loi et détruit la gouvernance”. Et ajoute, Mouloud Hamrouche, il finira, pour sa “survie”, par briser “la cohésion de l’ANP”.

 Ce constat amène à la conclusion qu’aucune structure (partis, associations) ne dispose des compétences et des ressources pour prétendre être une “alternative possible et crédible” ou être capable “d’organiser ou de surveiller une vraie élection ou de conduire un processus de changement”. 

 

Un peuple en processus constituant les vendredis et les mardis

L’ancien chef de gouvernement en appelle à des “phases de structuration, de transformations” à mener en “concertation, librement et démocratiquement”. Il en appelle à l’établissement de “passerelles et des confiances entre ces deux corps vitaux de l’Algérie, le peuple et son armée nationale populaire”, à l’émergence de “médiations porteuses de capacités, de vertus et d’honnêtetés pour contribuer et aider à libérer le pays et l’armée des pièges mortels”.  Pour lui, la plupart de ces “tâches et de ces initiatives reviennent au commandement de l’ANP”. 

Le choix, conclut-il, n’est pas et ne doit pas être entre le “système ou le chaos, mais entre le système et une Algérie meilleure”. Et sur ce question, le peuple a déjà tranché, “il est en processus constituant tous les vendredis et sa jeunesse estudiantine tous les mardi depuis plus de six mois. Un mouvement uni et indivisible”.