MAROC
24/05/2018 19h:11 CET

"Mouhafidoune", la campagne anti-boycott qui veut défendre l'économie nationale

À coups de hashtags, #محافظون et مقاطعون# s'opposent.

Facebook

BOYCOTT - Boycotteurs boycottés? C’est en tout cas ce que semble atteindre un groupe fraîchement né sur Facebook se faisant appeler “Mouhafidoune” (conservateurs). Portant le slogan “Touche pas à la stabilité de mon pays”, ce groupe, qui compte, pour l’instant, un peu plus de 6100 membres, présente des arguments justifiant sa légitimité. Il affirme vouloir “défendre l’économie nationale” et “combattre les fake news qui se sont énormément multipliées, laissant croire à une manipulation organisée”. Précisant qu’il ne conteste pas que la vie soit chère, le groupe exprime, toutefois, la conviction que “ce boycott n’est pas la solution”. Pis, ce dernier, pour “Mouhafidoune”, représente une menace: “ce ne sont pas seulement des milliers de salariés qui risquent leur emploi, c’est toute la stabilité économique et politique du pays qui sera en jeu”, soutient ce groupe.

C’est une campagne anti-boycott des trois produits des sociétés visées depuis un peu plus d’un mois, Centrale Danone, Eaux minérales d’Oulmès (EMO) et Afriquia, qui est donc lancée depuis deux jours. Certains média avancent que ce groupe est une initiative des Eaux minérales d’Oulméès, ce qu’un responsable de la société dément catégoriquement dans une déclaration au HuffPost Maroc: “Ce n’est pas une initiative de EMO, entreprise, direction et cadres”. Ceci dit, au sein de cette société, on n’ignore pas l’existence de cette démarche, ni que certains de ses employés y adhèrent. 

Vidéos, capsules publicitaires, infographies, photos prises devant des tables de cafés ornées de bouteilles d’eau Sidi Ali... Chacun à sa façon, les membres du groupe justifient leur soutien aux sociétés incriminées. A l’unanimité, au fil des posts le groupe met l’accent sur le poids socio-économique des sociétés qualifiées, ici, de “piliers de l’économie nationale”.

Facebook

Mais face aux “Mouhafidoune”, les “Mouqatioune” (ceux qui boycottent) ne restent pas insensibles. Les deux s’affrontent parfois à coups de commentaires,  notamment lorsque le premier groupe s’adresse au second l’appelant à réfléchir aux impacts économiques de son choix. Le second répond par son maintien du boycott coûte que coûte. Et lorsque les arguments ne suffisent plus, c’est à coups de hashtags que les adversaires occupent le terrain et que s’opposent #محافظون et مقاطعون#. 

Capture Facebook

Une situation qui, pour le président fondateur de l’association de protection des consommateurs à Casablanca, Uniconso, Ouadi Madih, représente “une déviation du sens même du consommateur”. Pour ce militant associative, “créer un groupe contre un autre, c’est diviser les consommateurs en clans”, estime-t-il, soulignant que l’absence de régulation des prix sur le marché y est pour beaucoup. Et d’appeler le gouvernement à activer rapidement le conseil de la concurrence et d’assurer notamment les contrôles des prix.