MAROC
01/04/2019 16h:21 CET

Mort d'Imane Fadil: Souad Sbai continue de mettre en cause l'ambassadeur du Maroc en Italie

Elle persiste et signe.

CAPTURE D'ÉCRAN/LA7

JUSTICE - La mort mystérieuse d’Imane Fadil, ex-mannequin et témoin clé dans l’affaire du Rubygate (scandale sexuel impliquant l’ancien Premier ministre italien Silvio Berlusconi) continue de susciter des interrogations. La journaliste et ancienne députée italienne d’origine marocaine Souad Sbai a réaffirmé, dimanche 31 mars dans l’émission “Non è l’Arena”, diffusée sur la chaîne télévisée italienne La7, qu’elle pense que l’ambassadeur du Maroc en Italie, Hassan Abouyoub, a quelque chose à voir dans cette affaire.

“Trente jours après la mort d’Imane Fadil, le silence de l’ambassadeur est anormal. Pourquoi, alors qu’il sait qu’un citoyen de son pays est mort, il ne décroche pas son téléphone? Je ne comprends pas”, a-t-elle déclaré pendant l’émission, selon ses propos rapportés par le quotidien italien Libero Quotidiano. “Je n’ai pas parlé de l’ambassade du Maroc mais de l’ambassadeur. Il connaissait tant de jeunes femmes”, lance-t-elle encore.

Interrogée par le présentateur de l’émission Massimo Giletti pour savoir si c’est quelque chose qu’elle sent ”à l’intérieur d’elle-même”, Souad Sbai répond par l’affirmative. “Je le sens au fond de moi. Quand j’ai entendu à la télévision qu’elle avait probablement été empoisonnée, beaucoup d’amis m’ont envoyé des messages pour me dire: ‘elle, elle n’a pas survécu, toi oui’”, raconte-t-elle, faisant référence au fait qu’elle avait, elle aussi, été empoisonnée il y a dix ans après avoir mangé une cuillerée de couscous lors d’une fête au centre culturel Averroè qu’elle préside à Rome. Aujourd’hui encore, les coupables ne sont pas connus même si elle avait soupçonné, à l’époque, des intégristes islamistes.

Sur Twitter, Souad Sbai a écrit hier soir qu’elle était “contente et certaine que le consulat et le nouvel ambassadeur du Maroc suivent l’histoire de la mort d’Imane Fadil”. En août dernier, le roi Mohammed VI avait nommé Youssef Balla, actuel ambassadeur du Maroc au Pérou, à la tête de l’ambassade du royaume en Italie. Ce dernier n’a pas encore pris ses fonctions officiellement.

La journaliste a également appelé à faire “attention aux instrumentalisations et interprétations erronées” sur ses déclarations. “Je n’ai jamais fait de déclarations sur les services secrets marocains et au sujet de la mort d’Imane Fadil j’ai simplement demandé au désormais ex-ambassadeur de s’engager pour la vérité et la justice”:

Le 18 mars, l’ambassade du Maroc en Italie a démenti les allégations portées à son encontre par Souad Sbai, annonçant avoir déposé une plainte contre l’ancienne députée pour les “accusations graves contre le Royaume du Maroc et ses institutions, notamment diplomatiques, dans le cas de la mort d’Imane Fadil”, formulées dans une interview qu’elle avait accordée la veille au quotidien italien La Repubblica.

Selon l’ambassade marocaine, Souad Sbai “avance des informations mensongères, manipule les faits et se substitue à la justice italienne”, alors que l’autopsie de la victime n’avait pas encore été réalisée. “Face à une telle diffamation, l’ambassade du Royaume du Maroc à Rome a formé un recours contre l’intéressée devant le tribunal de Rome pour diffamation et diffusion d’informations mensongères visant à ternir l’image du pays”. “Pour l’instant je n’ai rien reçu (de la part de l’ambassadeur, ndlr). Nous sommes habitués à ses menaces”, a-t-elle indiqué dimanche soir sur le plateau de l’émission.

Interrogée par nos confrères de Yabiladi, Souad Sbai, également connue en Italie pour son militantisme pour les droits des femmes, avait affirmé qu’Imane Fadil “fréquentait régulièrement l’ambassade”, qu’elle était “une amie de l’ambassadeur du Maroc en Italie” et qu’elle aurait pu être empoisonnée avec “aldoun” (plaque de plomb, ndlr), faisant allusion à une pratique de sorcellerie utilisée par les Marocains.

Imane Fadil, 34 ans, est décédée le 1er mars à Milan après un mois d’agonie. Une autopsie a été réalisée le 27 mars mais les résultats des analyses n’ont pas encore été révélés. La jeune femme d’origine marocaine avait écrit un livre pour raconter ce qu’elle avait vu et entendu lors des soirées “bunga bunga” organisées dans la villa d’Arcore, propriété de Berlusconi située près de Milan. Le titre de son livre, qui n’a pas été publié et se trouve désormais entre les mains des magistrats, était sans équivoque: “J’ai rencontré le diable”. L’ancien Premier ministre italien a pour sa part indiqué n’avoir jamais rencontré la jeune femme.