TUNISIE
01/12/2018 17h:01 CET

Mort de George Bush: l’histoire de cette mosaïque en dit long sur les Bush et l’Irak

Après la guerre du Golfe, Saddam Hussein s'est assuré de fouler George H. W. Bush aux pieds, au sens propre du terme.

Le HuffPost

INTERNATIONAL - George H. W. Bush est mort ce vendredi 30 novembre. Au cours de son unique mandat à la tête des États-Unis, entre 1989 et 1993, il aura marqué les esprits en menant l’intervention américaine de la Guerre du Golfe en 1991. Cette décision lui vaudra la haine de Saddam Hussein qui, pour se venger, a transformé le 41e président des États-Unis... en tapis.

En août 1990, l’Irak envahit le Koweït, déclenchant le conflit désormais connu sous le nom de Guerre du Golfe. L’ONU condamne l’invasion, et une coalition internationale, menée par les États-Unis, réplique en janvier 1991 en menant une action militaire en Irak. Pour les Américains et leurs alliés, c’est un succès, puisque le Koweït retrouve sa souveraineté le 28 février de la même année.

Pour Saddam Hussein et les Irakiens, la défaite est difficile à accepter. Et en guise de (petite) vengeance, le président irakien décide de fouler aux pieds son grand ennemi américain, littéralement. Quelques mois après le retrait des troupes américaines, une mosaïque représentant un George H.W. Bushrenfrogné apparaît sur le sol de l’hôtel Al-Rachid, un des plus prestigieux de Bagdad, avec la phrase “Bush est un criminel”.

Placée à l’entrée de l’hôtel, la mosaïque, qui fait office de tapis, ne passe pas inaperçue, et surtout, les visiteurs peuvent difficilement éviter de marcher sur la figure de l’ancien chef d’État américain en pénétrant dans l’hôtel, comme on put le découvrir malgré eux plusieurs dignitaires américains et étrangers en visite.

 

 

STR NEW / REUTERS
Scot Ritter, inspecteur des armées américaines, évite de marcher sur le portrait de George H. W. Bush en août 1998.

 

 

ASSOCIATED PRESS
Le leader du parti nationaliste russe Vladimir Zhirinovski, sortant de l’hôtel al-Rachid.

 

Bush fils sauve l’honneur de Bush père

Le choix de l’hôtel ne doit rien au hasard. Prisé des hommes d’affaires au temps de la gloire de Saddam Hussein, l’hôtel devient, pendant la Guerre du Golfe, le refuge des journalistes internationaux -y compris américains- qui couvrent le conflit.

Quant au choix de la mosaïque au sol, la symbolique est encore plus forte. Comme l’expliquait The Telegraph, dans la culture arabe, montrer la semelle de sa chaussure à quelqu’un est particulièrement insultant. “La chaussure est considérée comme sale parce qu’elle est en contact direct avec le sol et est associée au pied, la partie la plus basse du corps. Frapper quelqu’un avec sa chaussure montre que la victime est considérée comme ayant un statut encore plus bas”, écrivaient en 2008 les journalistes britanniques.

L’affront ainsi fait à Bush senior sera lavé 12 ans plus tard... lorsque son propre fils et 43e président des États-Unis George W. Bush envahira à son tour l’Irak, après avoir dénoncé “l’axe du mal” formé par le pays de Saddam Hussein, l’Iran et la Corée du Nord, accusés par les Etats-Unis (soutenus par les Britanniques) de détenir des armes de destruction massive.

Sous ce prétexte -depuis éventé-, George W. Bush lance l’assaut sur l’Irak le 19 mars 2003. Le 11 avril, les soldats américains détruisent la mosaïque de Bush père, comme en témoigne cet article de FoxNews daté du jour.

“Jeudi soir, les forces armées ont détruit la mosaïque jusqu’à ce qu’elle soit méconnaissable. Ils ont laissé derrière eux des milliers de petites pièces sur le sol, aussi dévasté que l’hôtel lui-même, qui est désormais inhabitable”, écrit la chaîne de télévision conservatrice. Ultime vengeance: la mosaïque de Bush père est remplacée par un portrait de Saddam Hussein, sans que l’on sache de manière certaine à qui attribuer ce geste.

Plusieurs fois rénové depuis, l’hôtel al-Rachid a récemment rouvert ses portes en 2011 après des travaux estimés à 60 millions de dollars américains.

 

ASSOCIATED PRESS
Un portrait de Saddam Hussein est laissé là où se trouvait jusqu’alors la mosaïque représentant George Bush senior.

 

 

ASSOCIATED PRESS
Des soldats américains devant la mosaïque de George Bush, déjà partiellement détruite en mars 2003.

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